Critique – Ruby tombée du nid

Après un passage remarqué en Work in Progress au festival international du film d’animation d’Annecy, Ruby tombée du nid, co-réalisé par Mickey Please et Dan Ojari et produit par le studio Aardman, arrive ce mercredi 24 novembre sur Netflix :

Élevée par une famille de souris, une jeune et optimiste rouge-gorge fait un vœu devant une étoile de Noël. Découvrira-t-elle enfin qui elle est et comment voler ?

La famille souris vit pauvrement dans un terrier et survit de chapardages de nourriture dans les maisons environnantes. Après une maladresse suivie d’un échec cuisant, la jeune Ruby se met en tête d’aller chercher de quoi manger afin de satisfaire les besoins des êtres qui lui sont chers. La trajectoire de l’oiselle-souris se fait en toute indépendance car elle ne recherche pas à se rattacher à un nom mais seulement à apporter bonheur et chaleur à son entourage. Lors de son aventure, elle va rencontrer la pie Magpie, interprétée par Richard E. Grant, une figure solitaire et brisée préférant collecter des objets en tous genres à toutes formes de sociabilisation. Magpie représente sans conteste le Scrooge de ce moyen métrage.

Leur relation d’infortune va revêtir une tonalité touchante au fur et à mesure que le binôme fait face à l’adversité incarnée par le Chat. Même si la pie ronchonne beaucoup, jamais elle ne contredit violemment Ruby sur son identité propre. Cette question reste toujours abordée avec subtilité et respect, mais s’inscrit aussi dans une modernité d’écriture des héroïnes animées, depuis Ma mère est un gorille (et alors !) à Calamity, une enfance de Martha Jane Cannary où elles évoluent en pleine autonomie et font preuve de caractère.

Ruby tombée du nid se découvre par sa technique de stop motion laineuse accompagnée de couleurs incandescentes et naturalistes presque terreuses. On a l’impression de plonger dans un livre d’images évoquant l’univers riche d’Amélie Fléchais (Les Bergères Guerrières, L’Homme Montagne). Le travail de photographie se déploie dans toute sa diversité et donne de l’envergure à des décors déjà somptueux, passant de guirlandes de Noël d’intérieur avec des tons chauds à une scène de lever de soleil incroyablement touchante entre Ruby et Magpie. L’utilisation de la laine pour les personnages fait sens tant cette histoire est remplie de douceur.

Les compositions musicales, crées par The Bookshop band, groupe composé de Beth Porter et Ben Please, participent à cette ambiance chaleureuse de fin d’année. La comptine de chapardage « Sneak song » reste longtemps  en tête tandis que les morceaux du chat et de la pie sont empreints d’une certaine mélancolie. Surgit alors ce sentiment curieux de retrouver cette impression lancinante des films animés de Tim Burton et Don Bluth. Cette bande originale peut vous bercer jusqu’à Noël et vous permettre d’échapper aisément à l’anxiété ambiante induite par cette période de l’année.

Ruby tombée du nid peut vous réconcilier sans problème avec la période des fêtes car il possède ce qu’il faut de sensibilité et aborde la question de l’identité avec une franchise bienvenue. De plus, l’esthétique laineuse sied plutôt bien aux studios Aardman dans le traitement de ce concept original apporté par les réalisateurs Mickey Please et Dan Ojari. On vous invite à Netflix and Chill devant ce petit bijou de stop motion.

Tous mes remerciements à Benoit Berthe Siward et sa plateforme professionnelle The Animation Showcase pour la vision anticipée du film.

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Muriel
Créatrice et rédactrice en chef de Little Big Animation, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr !
Publications: 291