Critique – Soul, vague à l’âme
Critique – Soul, vague à l’âme

Critique – Soul, vague à l’âme

Après Là Haut et le très remarqué Vice Versa, Pete Docter était attendu au tournant. Pour les fêtes de fin d’année, nous avons découvert Soul sur Disney + et nous y revenons à tête reposée et en détails dans notre critique :

Passionné de jazz et professeur de musique dans un collège, Joe Gardner a enfin l’opportunité de réaliser son rêve : jouer dans le meilleur club de jazz de New York. Mais un malencontreux faux pas le précipite dans le « Grand Avant » – un endroit fantastique où les nouvelles âmes acquièrent leur personnalité, leur caractère et leur spécificité avant d’être envoyées sur Terre. Bien décidé à retrouver sa vie, Joe fait équipe avec 22, une âme espiègle et pleine d’esprit, qui n’a jamais saisi l’intérêt de vivre une vie humaine. En essayant désespérément de montrer à 22 à quel point l’existence est formidable, Joe pourrait bien découvrir les réponses aux questions les plus importantes sur le sens de la vie.

Malgré les apparences, Soul possède plus de ressemblances avec Là Haut qu’avec Vice Versa, dont il ne retire que la hiérarchisation bureaucratique de concepts intangibles. Là Haut et Soul se rejoignent sur le besoin de validation via le “fameux” badge manquant, élément unissant 22 et Russell dans leurs quêtes respectives. Aussi, Soul reproduit dans son entame la stratégie émotionnelle déployée dans Là Haut en nous faisant assister à différents accomplissements personnels et professionnels dans la vie de Joe pour lui enlever momentanément et brutalement tout espoir.

On l’accompagne sur l’escalator abstrait vers le Grand Après pour plonger vers le Grand Avant où s’ouvre une possibilité de revenir à la vie réelle en s’occupant d’une jeune âme récalcitrante, 22. Le Grand Avant possède un nombre incroyable de règles et une logique d’entreprise pour le moins froide. On peut toutefois retenir la règle du dernier badge qui n’est pas sans rappeler le jeune scout Russell (Là Haut) et la validation par un mentor de renom. L’avalanche de blagues sur l’oubli des âmes et la vidéo d’entreprise n’appuient pas plus la valeur des mentors eux-mêmes et ne sont qu’un moyen de nous faire passer un temps beaucoup trop long dans ce Grand Avant.

L’esthétique éthérée et l’humour des Jerry ne font simplement office d’enveloppe gracieuse pour cette spiritualité d’open space. Comme il manquait quelque chose, rajoutons des pirates aux rituels New Age pour y ajouter encore une porte de sortie dans un univers où les consignes sont déjà trop nombreuses. L’abus de règles de ce système et la nonchalance vis à vis de ce dernier apportent un relâchement par rapport à la responsabilité de ses propres personnages et rétrospectivement de la valeur au final de Là Haut beaucoup mieux tenu sur la longueur du métrage.

Ce déséquilibre transparaît aussi sur la musique pourtant exposée comme pierre angulaire du film. Les compositions du binôme Trent Reznor et Atticus Ross, et le jazz de Jon Batiste sont tous les deux qualitatifs mais on a l’impression que la face A dévore la face B, ce qui est dommageable pour la part vibrante du personnage principal.

Le passage sur Terre avec le switch des âmes entre 22 et Joe aurait quant à lui mérité qu’on s’y attarde plus. Poussés par le sentiment d’urgence de la représentation de Joe, les deux personnages courent d’un point d’intrigue à l’autre, résolvant au passage certains problèmes de vie du pianiste. Le moment de pause chez Dez le barbier prend une place particulière car Joe ouvre enfin les yeux sur ce qu’il loupe au quotidien. Mais qui est Lisa ? Quelle est la vraie source de la rancœur de Paul ?

Ces sujets restent effleurés, tout comme le passage dans son quartier, donnant une vision confortable de la vie de Joe et n’apportant ainsi que des réflexions existentialistes plutôt consensuelles. Pourtant, Soul n’est jamais meilleur que lorsqu’il se laisse porter par des moments d’observation, ce qui ne survient que trop peu, et ce que confirme la découverte du court métrage Pixar Pop-corn sur l’univers New-Yorkais, dont la respiration et l’ humanité auraient eu tout à fait leur place au cœur du métrage.

soul

Gardner rejoint d’ailleurs les personnages en crise de la quarantaine chez Pixar, après le parcours de ce pauvre Bob Indestructible (quelle ironie). Malgré ces réserves, le passage sur Terre est ce qu’on retiendra de Soul car ses ambiances baignées d’une lumière naturelle et la vie quotidienne déploient un potentiel remarquable que j’aurais vraiment aimé voir exploré au-delà du fameux court Pop-corn.

La plume et la vision de Kemp Powers auraient mérités de profiter d’un espace plus grand au lieu de se retrouver dans l’étroitesse de ces intervalles, pilés entre les moments dédiés au Grand Avant. On ne peut non plus s’empêcher de tiquer sur le fait que 22 (Tina Fey) soit pendant les moments les plus importantsdu personnage la voix principale de Joe, comme si un homme adulte n’était pas en capacité d’évoluer par lui-même…

Ce film est possiblement la dernière réalisation de Pete Docter avant longtemps et on ressent un épuisement de ses thématiques préférées : l’approbation des ainés et la volonté de mettre en images des concepts intangibles. Au vu du résultat final de Soul, il est temps que Pixar et son nouveau directeur artistique laissent la place à des créateurices qui renouvelleront les voix esthétiques et les discours narratifs au sein du prestigieux studio.

Après une attente incroyable dans un contexte compliqué, Soul finit par s’écrouler sous ses multiples ambitions narratives et m’a laissé sur ma faim. On peut toutefois lui reconnaitre que sa profusion d’angles satisferont un plus grand nombre. Il sera intéressant de voir si le film de bénéficier de cette aura bienveillante avec le temps car il ne faut pas oublier que l’année dernière, par sa dureté, était le parfait écrin pour ce film aux allures de doudou pixarien.

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