Critique – Ville Neuve


Deuxième long-métrage pour Félix Dufour-Laperrière, Ville Neuve reste néanmoins sa première tentative animée dans ce format, avec des constante esthétique spécifique à ses envies de réalisation : omniprésence des nuance de gris, importance des espaces négatifs et positifs, attachement sensitif à ses personnages : plus que de mode d’emploi, Ville Neuve fait figure de manifeste.

Un été en bord de mer sur les côtes arides de la Gaspésie. Joseph s’installe dans la maison d’un ami. Il convainc Emma, son ex-femme, à venir l’y rejoindre. Tandis que la campagne référendaire de 1995 sur l’indépendance du Québec bat son plein, des maisons brûlent, des discours s’affrontent, un couple se retrouve et s’aime. Se défera-t-il à nouveau ?

Inscrit dans la compétition Contrechamp du Festival international du film d’animation d’Annecy, on comprend sans mal ce qui a séduit le comité de sélection : la proposition de Félix Dufour-Laperrière est pertinente et résonne avec la situation sociale actuelle. A ce titre, la séquence d’ouverture donne le ton de l’époque évoquée, via son pugilat maladroit et néanmoins violent entre l’un des protagonistes et un inconnu.

Si le premier référent confère une certaine empathie, ce sont les deux suivants, Emma et Ulysse, qui donneront réellement le tempo de cette histoire fanée qui cherche un second souffle. Dans des échanges parfois lent, parfois tendus, les personnages confrontent leur vécu, leurs idéaux déçus, leurs espoirs aux seins de décors à la fois dépouillés et évocateurs.

Les comédiens et comédiennes prêtant leur voix au personnages ancrent par ailleurs le film dans une forme de réalisme qui contrebalance avec l’expressionnisme de la mise en scène de Dufour-Laperrière, Leur usage de la langue et des métaphores filées ne sont pas sans rappeler les facétieuses répliques des personnages de Denys Arcand, bien qu’ici le drame en est le vecteur principal.

Ce n’est pas la première fois que la Gaspésie est rendu à l’écran en animation, puisqu’elle avait également été le cadre de Mamie de Janice Nadeau, et ses grandes et vides étendues sont rendues ici en conjonction avec un mixage sonore qui compense le minimalisme de certains plans parfois un peu arides mais nécessaires dans le projet de mise en scène qui nous est donné à voir.

Avec de telles qualités et des oripeaux qui le rendent moins accessible que les autres films de la sélection Contrechamp, Ville Neuve est le courageux testament des volontés esthétiques de Félix Dufour-Laperrière et du labeur de ses équipes, qui ont passé quatre ans à dessiner les intervalles de ce film auparavant passé par la Mostra de Venise avant de compétiter dans les salles annéciennes. Un joli tour de force, mais dont les qualités doivent encore être affûtées pour séduire un plus grand nombre.



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