Zero Impunity, première oeuvre de Stéphane Hueber-Blies, Nicolas Blies et Denis Lambert, s’attaque à un sujet très difficile, celui des violences sexuelles en temps de guerre, crime restant aujourd’hui complètement impuni. Avec ce documentaire semi animé, parviennent-ils à leur but ?

« Zero Impunity » est l’histoire contemporaine d’une ironie. Alors que nous disposons d’un arsenal juridique qui permettrait de condamner les violences sexuelles en temps de guerre, l’impunité reste totale. Survivants et lanceurs d’alertes se sont alors indignés et ont libéré leur parole. « Zero Impunity » est un film sur l’amour qu’ont ces hommes et ces femmes pour la vie et l’humanité.

Le documentaire axe sa démonstration des violences sexuelles au cœur des conflits grâce à un chapitrage successif permettant d’aller des témoignages à des explications aussi bien sociétales que politiques. Avec l’appui de journalistes d’investigations, les abus sont contextualisés et décryptés pour soutenir les paroles des victimes encore sous le choc de ce qu’elles ont subies. L’animation entre en scène au moment de la reconstitution pour évoquer les méthodes des autorités militaires sans jamais dans le sensationnel. La mise en scène des moments traumatisants prend de la distance en plaçant la caméra au dessus ou loin des victimes et permet de préserver la dignité des personnes abusées.

La recherche autour des différents interlocuteurs est impressionnante, les témoignages mettent en avant les victimes mais vont aussi du côté des institutions militaires et politiques en pointant l’indifférence de l’ONU au problème. Les réalisateurs ont investi une grande part de ce film à décortiquer et à comprendre le système hiérarchique qui gère par la subtilité du « non ordre » l’installation de cette maltraitance quotidienne. Le viol comme arme de guerre se retrouve ainsi démystifié et proche de nous avec l’exemple de Guantanamo.

Zero Impunity

Le bémol, parce qu’il y en a un, consiste à l’utilisation des mappings sur les murs des différentes villes de conflits avec des personnes qui se cachent soit les yeux, soit la bouche. On comprend la mise en place d’un langage universel afin de propager l’injustice subie par les victimes mais ces insertions s’affichent en étant de trop face à la force des témoignages. Ces instants m’ont hélas sorti du documentaire pour rentrer dans la phase communicationnelle. Ces vidéos ne m’auraient pas dérangées dans la promotion même du documentaire afin de monter l’implication du public sur ce sujet.

Zero Impunity remplit le contrat du documentaire sur l’aspect explicatif et la richesse des témoignages, mais se laisse submerger par sa volonté de communication autour du sujet. Le viol comme arme de guerre est sujet qui mérite une voix la plus puissante possible, surtout que l’ONU, en avril dernier, a réfusé de voter une résolution contre ces abus à cause du barrage des Etats Unis. Malgré mes réserves purement formelles, je vous invite à voir Zero Impunity et à en parler autour de vous.

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