Ernest et Célestine, l’adaptation de Daniel Pennac, par Benjamin Renner, Vincent Patar, Stéphane Aubier

Ernest et Célestine, l’adaptation de Daniel Pennac, par Benjamin Renner, Vincent Patar, Stéphane Aubier

Ernest et CélestineEn ces temps de confinement, nous vous invitons à découvrir, redécouvrir, faire découvrir un petit bijou de l’animation française : Ernest et Célestine. Adaptation des albums jeunesses du même nom de Gabrielle Vincent, voici le quotidien poétique, entre aquarelle et pastel, du couple le plus insolite qui soit, une souris et un ours brun. Le long-métrage est sorti en 2012 (nominé aux Oscars du meilleur film d’animation en 2014), on trouve Daniel Pennac au scénario et la réalisation est menée par Benjamin Renner (Le Grand Méchant Renard et autres contes), Vincent Patar et Stéphane Aubier.

Dans le monde conventionnel des ours, il est mal vu de se lier d’amitié avec une souris. Et pourtant, Ernest, un gros ours marginal, clown et musicien, va accueillir chez lui la petite Célestine, une souris orpheline qui a fui le monde souterrain et traditionaliste des rongeurs. Ces deux solitaires vont se soutenir et se réconforter, et bousculer ainsi l’ordre établi.

Ernest et Célestine
Entre album, comptine pour enfant et discours social, Ernest et Célestine invite à la douceur, aux rires et surtout, au partage…

Ernest et Célestine c’est le récit de l’amitié qui aurait pu exister entre le Grand Méchant Loup et le Petit Chaperon Rouge. Si seulement le Loup n’avait pas eu si faim. Si seulement les codes sociaux n’avaient pas décréter bêtement que les loups devaient manger les petites filles. Mais la petite Célestine est courageuse, perspicace, maline et réfléchie. Loin d’une effronterie sans bornes, elle fait ce qu’il lui plaît, et ce qu’il lui plaît c’est l’autre. Sa curiosité l’amène à vouloir le bonheur de tous, et d’interroger les absurdités du monde qui l’entoure. Le Grand Ernest n’est pas méchant, n’est pas cruel. Il a faim, oui c’est bien vrai et il est malheureux, surtout. Ce qu’il aime avant tout c’est faire rire, raconter des histoires, donner à autrui des mets qui remplissent le cœur et non la panse.

Refus de la différence et désir de liberté, le récit se place du côté des marginaux, de ceux qui dérangent par le bruit ou par l’inefficacité. Ernest est un homme orchestre qui reçoit des amendes pour tapages diurnes alors qu’il n’a même pas de quoi se payer une confiserie ; Célestine aime dessiner et passe son temps à rêver plutôt que de collecter des dents dont elle n’a que faire. Ce duo aurait pu faire la paire si seulement ils n’avaient pas été si différent dans leurs gênes, si l’un n’avait pas été en haut, et l’autre en bas.

Ce n’est décidément vraiment pas que pour les enfants : Daniel Pennac dénonce. La justice, la police, les commerçants, les institutions. Une justice close sur elle-même régit par les peurs et non par les faits. On n’hésite pas à la rendre diabolique. Il y a dans l’animation de Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier le recours à la déformation monstrueuse des visages, les dents pointus, les flammes infernales. Ils nous illustrent une autorité policière qui divise et ne fonctionne que dans la répression. Cette masse présentée comme « mauvaise » ou « injuste » est ridiculisée.

  • Léon entouré des vices contemporains : l’alcool et le gras.

Le scénario de Daniel Pennac nous démontre un engrenage odieux du système commercial de vice et de vertu. Georges sucre et gâte les enfants du quartier pour qu’un jour, Lucienne leur vende des dents neuves. Léon, leur garçon, héritera des deux établissement, alors pas question pour lui d’être cette victime, il sera privé pour mieux régner. Cette partie de l’histoire s’adresse bien plus aux adultes qu’aux enfants : Ernest dévalisant la confiserie jusqu’à plus soif est bien l’image que se fait la société d’un SDF alcoolique, qui ne l’est que par la mise en vente d’une drogue. Créant son addiction, la société met à mal un physique et un psychique qu’elle s’arrange de ne pas accompagner.

On est charmé et on sourit volontiers aux dialogues vifs et perspicaces portés par deux voix au diapason, Lambert Wilson qui nous propose un ronchon tout doux au cœur tendre (tel l’ours en guimauve nappé de chocolat) et Pauline Brunner qui donne à cette toute petite souris un aplomb et une douceur qui séduit, ravit et fait rire. La musique bienheureuse de Vincent Courtois se pare des paroles acidulées de Thomas Fersen. C’est un univers magique qui oscille entre peinture, musique, conte, théâtre et jeux d’enfants. On n’en ressort pas sans émotions.



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