Le Making Of de Stoopid Buddy studios fut l’occasion d’échanger avec Matthew Senreich, l’un des fondateurs du studio et Marge Dean, récente General Manager qui se retrouve avec la tâche d’emmener la structure grandissante vers une professionnalisation qui bénéficie du contexte favorable dans le domaine de la création de contenu pour les plate-formes SVOD. Itinéraire d’un studio créé par hasard.

Nicolas : Je dois D’abord vous dire que, hélas pour nos compatriotes français, Robot Chicken n’est pas une série très connue en France, et n’est diffusée que depuis assez récemment sur La Grosse TV, une chaîne télé sur le web. Aussi, Warner Brothers nous a gratifié d’un coffret réunissant les trois épisodes spéciaux de Robot Chicken Star Wars, et c’est tout.

Matthew Senreich : Vous avez eu le meilleur, ça suffit amplement ! (rires)

Nicolas : Alors, Robot Chicken… comment on en arrive là ? (rires) Et comment garder une fraicheur pour ce qui est la série en stop-motion la plus longue de la télé américaine ?

Matthew Senreich : C’est une bonne question (rires). Robot Chicken relève d’un genre spécifique, qui est celui de la comédie à sketches, comme le Saturday Night Live, donc quelque chose qui est en vigueur depuis bien quarante ans, et c’est une formule que nous ne faisons qu’exploiter.

À la base, nous écrivons sur ce qui nous fait rire, avec une base tournante de personnages, et nous avons une rotation quasi infinie de personnages car nous avons une réserve infinie de jouets que nous pouvons transformer en marionnettes. Garder certains scénaristes, en amener d’autres pour secouer un peu la formule, il y aura toujours quelque chose pour vous faire rire.

Muriel : Quels ont été les plus grosses inspirations, ce qui a été vraiment fondateur pour vous avant la création de la série ?

Matthew Senreich : Il y en a tellement. Enfant, j’avais l’habitude de regarder Richard Pryor à la télévision, des séries comiques sur HBO, beaucoup les Monty Python, qui ont été très inspirant, les premières saisons du Saturday Night Live. En même temps, je regardais de très mauvais films, comme Les Aventures de Bob & Doug McKenzie : Strange Brew, ou des films très bizarres qui me faisaient rire. J’ai grandi avec HBO et je regardais tout ce qui passait sur cette chaîne, et il y a habituellement des choses très drôles et je me marrais.

Aujourd’hui, des séries comme Silicon Valley à Veep, que j’adore, ou Rick et Morty, il y en a tellement de fantastiques à découvrir !

Nicolas : Le mélange de la série est assez unique, aviez-vous un modèle en tête lorsque vous vous êtes lancés ?

Matthew Senreich : Zeb Wells et moi voulions commencer à faire une série plutôt comic-book, une comédie, parce qu’on ne voit pas beaucoup ça. La série qui se rapprochait le plus de ce dont nous avions l’idée est The Venture Bros mais avec une dose de Johnny Quest, et on s’est posé la question avec Zeb, qui venait de réussir à percer dans la bande dessinée.

Je voulais juste prendre ce monde fantastique issu des bandes dessinées et en faire quelque chose de plus banal, et c’est comme ça que ça a commencé. Pour nous, à part la bande dessinée, la première chose que j’ai vendu à Hollywood fut des comédies dramatiques d’un format d’une heure, donc la transition ne fut pas si compliquée.

Faire ce que je faisais avec Zeb, ce fut l’accident qui nous est arrivé. Je pense qu’aucun de nous pensait d’aucune manière que c’est ce qui deviendrait notre travail à temps plein. Seth Green était acteur, je faisais des scénarios de comédie dramatique… On était tous dans nos domaines respectifs lorsque Robot Chicken s’est produit. Ce fut un succès et on s’est tous exclamé “Oh, c’est de notre faute !” donc ce fut une grosse transition pour certains d’entre nous.

Muriel : Comment gérez-vous cette période actuelle, très riche en remakes et en réinvention de concepts, une chose dont Robot Chicken se nourrit en permanence ?

Matthew Senreich : Non, pas vraiment. Si c’est mauvais, c’est mauvais. C’est bon… par exemple, ce qui se passe avec la nouvelle série Voltron, qui a une super équipe derrière elle ! On peut prendre l’exemple de ce que fait Marvel actuellement, c’est magique. Chaque film qu’ils sortent, tu te mets devant, et c’est parti. Il suffit d’avoir quelqu’un de créatif à la tête, un univers fort et ça fonctionne.

Kevin Feige a son plan de grande envergure pour cet univers, et tu fais “Wow”, et ils ont amené un grand nombre d’acteurs et actrices talentueux, des réalisateurs, des scénaristes pour que tout ça se produise, c’est clairement mon modèle.

Pour les autres, je ne sais pas à quel point ils sont inspirés par du visuel ou par des entreprises, mais il est certain que les entreprises de ce milieu qui ne sont pas aux mains de personnes ayant une vue créative passent par des temps difficiles… Tout dépend des talents qui se trouvent derrière le projet, qui doit être quelque chose que, je pense, vous devez avoir envie de voir.

Il y a des films que je vais suivre pour les réalisateurs, d’autres que je vais suivre pour les scénaristes. Je suis certains univers pour les mêmes raisons. Je suis très excité à l’idée que Geoff Johns prenne les rênes des films DC, ça va être tellement intéressant de voir ce qu’il va faire. Ce sont les choses qui me font vibrer, et j’espère qu’il y en aura encore plus.

Nicolas : Certains sketches sont plutôt affolants en termes de sexualité et violence. Comment faites-vous passer ça ?

Matthew Senreich : Adult Swim est très sympa avec nous et nous laisse faire ce qu’on veut la plupart du temps. On a de très bonnes relations avec Mike Lazzo, le président de la chaîne Il n’essaie pas de nous faire aller vers quelque chose de plus large en terme d’humour. Il aime que l’on ait une spécificité propre.

Quand il nous donne son avis, ce ne sont pas des remarques agaçantes comme “faites vos sketches courts plus longs et vos sketch longs plus courts.” Il nous dit des choses plus constructives comme “ce dialogue n’est pas drôle, mettez-lui un peu de punch !”. Il veut que ce soit notre série, ils sont sympas et je suis moi-même surpris qu’il nous laisse faire ce que l’on veut.

Marge Dean : Vous posez cette question parce que vous imaginez qu’une partie de ce qu’on fait est conçu comme risqué pour les autres chaînes ?

Nicolas : En partie… Je pensais plus au fait qu’il y a une certaine crispation autour de la sphère geek actuellement, comme si on avait l’impression qu’une partie de ces objets de passion relèvent désormais du culte. Je pense aux récentes polémiques entourant Batman notamment. Est-ce que c’est un aspect qui vous a déjà fait reculer pour un sketch ?

Matthew Senreich : Nous pointons dans la série des choses qui sont bêtes parce qu’au départ nous les adorons, et c’est pourquoi nous continuerons à plaisanter sans relâche. Star Wars ! On adore Star Wars plus que tout au monde, et nous continuerons à plaisanter avec Star Wars plus que tout le reste.

Mais ce n’est pas parce qu’on manque de respect. On les adore profondément, ils font partie de notre passion et on ne se moque jamais d’eux.

Marge Dean : Et je pense que cet amour se voit clairement dans ce qu’ils font. Et c’est pour ça que les fans ne réagissent pas négativement avec ce qu’ils font. Les gens y comprennent qu’il n’y a rien de sacré en ce monde, autre que d’être amusant.

Matthew Senreich : On ne s’amuse avec eux et jamais à leur détriment, c’est une manière d’honorer cet impact qu’ils ont eu sur nous. On s’amuse avec ces jouets, et nous n’avons pas d’autres prétention que ça, avec des thématiques dont vous avez vous-même certainement déjà parlé autour d’un verre avec vos amis, et c’est ce qu’on projette sur l’écran

Muriel : Enfin, en lien avec le making of de Robot Chicken, quel fut le jouet le plus difficile à trouver et à acquérir ?

Matthew Senreich : Ah, ce n’est pas une question facile (Rires)… Il y en a un dont je ne me souviens plus, mais l’autre, je me souviens que c’est une batmobile Mego de la série Batman des années 60, dont on a trouvé un exemplaire encore en boite chez une dame qui conservait les jouets de ses enfants dans un état impeccable.

Elle nous a fait payer un prix exorbitant assorti de la promesse que nous devions en prendre soin. Hélas, cette même voiture a fini dans un sketch de poursuite où elle est victime d’un accident et explose, ce qui fut d’autant plus tendu car nous n’avions qu’un seul essai pour la faire sauter. Il n’empêche, je me suis senti un peu mal pour cette dame après ça, malgré la satisfaction que tout se soit bien déroulé.

Nicolas : Marge, vous êtes depuis peu manager général de Stoopid Buddy, comment se passe votre expérience dans ce nouveau cadre ?

Marge Dean : C’est un nouveau défi. Je dois structurer tout ça.

Matthew Senreich : Oui, il est clair que ce n’est pas une tâche facile pour Marge. Chez Stoopid Buddy, nous sommes tous un peu hyperactifs et loin d’être les plus qualifiés pour gérer une entreprise qui se diversifie de plus en plus, entre Robot Chicken, SuperMansion, et d’autres projets qui vont arriver après ça. Marge va nous aider à consolider tout et à tenir les murs de cette maison de fou !

Muriel : Il y a d’ailleurs une nouvelle série dans les tuyaux, avec Netflix…

Marge Dean : Oui, c’est Buddy Thunderstruck, qui sera une série pour la jeunesse, avec une première saison de 12 épisodes de 11 minutes. Voyez ça comme un mélange cinglé de Shérif fais-moi peur et de Fantastic Mr Fox ! Beaucoup de courses-poursuites, d’engins motorisés et de choses comme ça dont la destination prioritaire sont les enfants de 6-10 ans.

Nicolas : Et Muriel ! (rires)

Muriel : Oui, complètement ! (rires)

Nicolas : Enfin, grâce à la magie d’internet et l’absence de verrous géographiques, nous avons pu regarder Friendship All-Stars of Friendship. Que pensez-vous du changement de format et des voies que ça ouvre ?

Matthew Senreich : C’est assez complexe. Il est clair qu’avec le web, il est possible de toucher bien plus de monde que sur une chaîne dans un pays, mais le souci majeur, c’est l’argent.

En tant que créatifs, nous avons besoin de cet apport pour créer nos émissions, d’où le fait qu’une série comme SuperMansion soit sur Crackle, qui est un réseau de distribution de contenus entièrement sur internet. Et bientôt Buddy Thunderstruck sur Netflix, car de notre côté, on travaille un peu partout pour répondre à une demande de fournisseurs de contenus, qui n’a jamais été aussi grande.

J’imagine que tout cela finira par se concentrer à nouveau à un moment car l’offre est actuellement très éclatée, avec de nombreuses séries intéressantes disséminées un peu partout. C’est une période très animée, mais très intéressante. Le futur nous le dira !

Merci pour cette interview.

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