En sortant du work in progress de Blue Sky sur Snoopy, j’ai eu la chance de croiser une nouvelle connaissance avec son vélo. Elle m’a alors proposé de me transporter et me déposer à l’Impérial Palace où elle avait aussi rendez-vous. C’est donc détendue par le fun de la balade autour du lac que j’ai retrouvé le réalisateur Steve Martino et Nash Dunnigan, le directeur artistique, pour leur poser quelques questions sur Snoopy et les Peanuts, le film.

Quel est votre premier et meilleur souvenir, en bande dessinée ou en animation, avec les Peanuts ? 

Steve Martino : Mon souvenir préféré… j’en ai deux en fait. Le premier fut de voir Le Noël de Charlie Brown quand j’étais enfant. J’avais sept ans, ce fut un moment magique de voir Snoopy faire sa fameuse danse, qui fut mon moment préféré du film. Je me suis vraiment attaché à Charlie Brown qui porte son petit sapin de Noël. 

Nash Dunnigan : J’ai grandi avec la bande dessinée et j’ai vraiment appris à dessiner grâce à elle. J’ai été chanceux que mes parents gardent mes cahiers de dessins de mes cinq, six, sept ans et à cette époque ils étaient remplis de personnages des Peanuts : Charlie Brown, Woodstock… et Snoopy. J’ai réalisé que cette amitié qu’avaient ces deux-là était quelque chose qui m’avait beaucoup parlé. Ce lien qu’ils partagent, comme deux meilleurs amis, ces endroits de l’imagination qu’ils parcourent. Snoopy, pour un enfant créatif comme moi qui aimait dessiner, je pouvais les reproduire, eux et ce lien qu’ils partagent, et je les dessinais tout le temps.  

Snoopy et les Peanuts sont un classique du comic-strip. Leur héritage aujourd’hui se trouve sur le net, avec un grand nombre de webcomics comme Nimona. En lisez-vous ? Quel regard portez-vous sur ce nouveau type de BD ?    

Steve Martino : Les histoires que nous lisons en BD, sur le web ou en papier, et que l’on apprécie, partagent des thématiques similaires avec celles que Schulz a écrit dans ses comic-strip. Et ces thématiques sont récurrentes. 

Si on prend pour exemple la fille aux cheveux roux, le désir de Charlie Brown de l’impressionner, de la rencontrer, d’être avec elle, de pouvoir lui dire bonjour. Il est si timide, c’est quelque chose qui se produit encore et encore, et c’est une histoire que l’on a trouvé adaptée à mettre dans le film. Car elle se développe en un plus grand thème qui est pour Charlie Brown : “Quelqu’un peut-il m’aimer ?”. J’ai deux filles et lorsqu’elles sont allées au collège, elle sont passées par ce même questionnement, “Mes amis m’aiment-ils ?”, “Suis-je populaire ?”, “Puis-je y arriver ?”. Schulz a écrit sur ces idées universelles qui sont toujours valables aujourd’hui, et qui se diffusent à nouveau. 

Nash Dunnigan : Il y en tant, et si différents !  C’est incroyable de voir leur nombre, comment on peut aussi facilement y accéder. Les éditeurs indépendants de bande dessinée, c’était une chose, mais aujourd’hui c’est fou toutes les histoires qui nous parviennent et c’est marrant car c’est difficile de tout lire. 

Steve Martino : Oui ! Et mon espoir est que ça se développe en une communauté aussi vibrante qu’à l’époque des dessinateurs de comic-strip. Quand Schulz travaillait à l’époque, il avait une manière de se connecter avec les gens : il était dans les journaux dans le monde entier, et il était circonscrit à la page des comics, si toutefois il y en avait une. Mon souhait est que les artistes qui sont les enfants spirituels de Schultz puissent trouver leur public et être une nouvelle voix, créer de nouveaux personnages, de nouvelles histoires qui toucheront tout le public.     

Ce que vous avez montré durant le work in progress était impressionnant. J’ai apprécié cet aspect peint. Quelles ont été les inspirations ?

Steve Martino : La source majeure d’inspiration fut de regarder le travail de Schulz. Il a dessiné tant de cases. Les expressions des personnages viennent toutes de ce qu’il a dessiné. On a eu la chance d’aller au Musée Schulz pour voir son travail de près. J’ai même regardé les dessins qu’il avait fait alors qu’il était en vacances, juste pour voir comment il dessinait. 

Il n’en a pas fait beaucoup mais on les a tous regardé car on se disait qu’on pouvait y trouver un indice, une clé sur la part de couleur, la part de texture, de détails. Mais le comic-strip fut vraiment notre guide car il l’a dessiné cinquante années durant. Il y a tant de matériel, qui fut notre fondation.  

 

Comment avez-vous réussi à atteindre le bon équilibre entre le style de Schultz et cet hyperréalisme du CGI ?  

Steve Martino : C’est ça qui est fou avec Blue Sky. On a à disposition les moyens de faire des rendus très réalistes, de créer une émotion avec une lumière très élaborée et des textures, et on a dû rester sur nos gardes pour ne pas noyer les personnages dessous. Nous avons dû constamment gérer cet équilibre entre les deux car il aurait été facile de laisser la puissance des outils écraser la simplicité des personnages et de leur animation. 

Nous avons vraiment dû jouer aux équilibristes, la tendance et ce besoin pressant de créer des décors très réalistes peut être vraiment compliqué. Après le rendu des scènes, on les regardait et l’on notait qu’il fallait retirer un arbre ici, adoucir tel contour, changer telle ou telle texture pour ne pas menacer le mélange que l’on souhaitait obtenir. Autant de considérations qu’il fallait avoir durant la production.  

Le respect de la signature de Schulz mis à part, comment avez-vous posé cet univers des Peanuts ?

Steve Martino : L’une des choses que je tenais à faire avec ce film quand on a commencé la production était que ce soit une vraie expérience pour le public qui lui donne l’impression qu’elle est plus grande que ce qu’on a créé auparavant. Charlie Brown vit dans un quartier simple, et l’on a ajouté des tas de détails pour lui donner vie, pour donner cette impression que ce monde autour de lui a une existence. 

Ça a son style unique, ce n’est pas une interprétation photoréaliste d’un quartier, ça aura toujours l’air de venir de la main de Charles Schulz mais nous voulions qu’il y ait cette réalité, cette croyance, que le public entre pendant 85 minutes dans ce monde ressente ce que ces personnages ressentent, soient touché par leurs vies et réagissent à leurs expériences. C’est quelque chose que l’on peut faire dans un long-métrage. Peut-être même bien mieux que dans un spécial TV des années 70, qui n’avait pas les mêmes outils. 

Nash Dunnigan : Une partie du fun dans les recherches pour élaborer le voisinage de Charlie Brown dans le comic-strip, parce qu’il a grandi dans un endroit spécifique, Saint Paul dans le Minnesota, est que l’on a remarqué que les arbres qu’il dessinait est une espèce qui pousse là-bas, et que l’on pouvait passer de l’évocation du décor à certains éléments dont la source est réelle. L’érable dans le film, que nous avons conçu, est directement tiré de celui dessiné par Schulz. On a passé beaucoup de temps pour rechercher cette authenticité et l’injecter dans le film. 

Merci à tous les deux pour ces réponses. 

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