Critique – Le Chat du Rabbin


Le Chat du Rabbin est adapté d’une bande dessinée du même nom, dessinée et scénarisée par Joann Sfar. Cette BD raconte comment un chat qui parle tente de se convertir au judaïsme afin de pouvoir à nouveau fréquenter la fille du rabbin.

Ce scénario est aussi l’occasion de traiter de la religion juive en général, et de la culture juive en Algérie au début du 20ème siècle. Joann Sfar est lui-même à moitié séfarade(une branche du judaïsme) et à moitié ashkénaze (nom donné aux juifs venant d’Europe Centrale et Orientale), d’où cette volonté d’inclure le judaïsme à son œuvre. C’est après être intervenu dans de nombreuses écoles que Joann Sfar a pris conscience de la force de son histoire, celle de « dédramatiser les histoires entre les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans ».

C’est un film d’animation francophone dirigé par Joann Sfar, en collaboration avec Antoine Delesvaux. Le film est sorti dans les salles françaises en juin dernier et reprends les tomes 1, 2 et 5 de la BD. Il a reçu le cristal du long métrage lors du 35ème festival du film d’animation d’Annecy en 2011.

Alger, années 1920. Le rabbin Sfar vit avec sa fille Zlabya, un perroquet bruyant et un chat espiègle qui dévore le perroquet et se met à parler pour ne dire que des mensonges. Le rabbin veut l’éloigner. Mais le chat, fou amoureux de sa petite maîtresse, est prêt à tout pour rester auprès d’elle… même à faire sa Bar-Mitsva ! Le rabbin devra enseigner à son chat les rudiments de loi mosaïque ! Une lettre apprend au rabbin que pour garder son poste, il doit se soumettre à une dictée en français. Pour l’aider, son chat commet le sacrilège d’invoquer l’Eternel. Le rabbin réussit mais le chat ne parle plus. On le traite de nouveau comme un animal ordinaire. Son seul ami sera bientôt un peintre russe en quête d’une Jérusalem imaginaire où vivraient des Juifs noirs. Il parvient à convaincre le rabbin, un ancien soldat du Tsar, un chanteur et le chat de faire avec lui la route coloniale…

L’animation ne m’attirait pas de prime abord. Les affiches laissaient voir un chat bien laid, squelettique, rachitique. Des yeux verts-jaunes de malheur, le tout me donnait comme une impression des méchants chats siamois de La Belle et le Clochard avec les oreilles de Dumbo. Et bien croyez-le ou non, je l’aime bien maintenant ce chat. Quand aux autres personnages, ils ont tous un chara-design tellement différent, que ce soit le rabbin, sa fille, le peintre russe ou les personnages secondaires, qu’on dirait que chaque animateur a animé son personnage de son côté ! Le résultat donne une impression de melting pot impressionnante, et envoie un message de tolérance : tant de gens différents sont rassemblés par les mêmes croyances.

Les rues d’Alger sont typiques et sonnent vrai. Comme la café de la ville qui n’accepte pas les clients juifs, on ne peut plus nature. Les paysages de l’Afrique sont superbes. On sent le soin apporté aux décors. On visite plusieurs Afriques dans un même film, c’est authentique, et c’est dépaysant.

Les personnages sont humains jusqu’au bout des ongles, et montrent tous à un moment donné leurs limites, et du racisme. Envers une religion, un peuple, un couleur de peau… Chacun pourra se rendre compte que sa largeur d’esprit n’était pas celle qu’il croyait. Pourtant, ils embarqueront dans une jeep à travers le désert à la recherche d’une citée perdu et de l’utopie qu’elle représente : Jérusalem, la cité d’où viennent et où sont chez eux tous les juifs.

Le plus intéressant des personnages et celui du chat. Comme un enfant il découvre la parole et ses facilités, le mensonge et la tromperie. Il va jusqu’à blasphémer. Et s’il désire faire sa Bar-Mitsva c’est uniquement pour que le rabbin accepte qu’il fréquence à nouveau la belle Zlabya, symbole d’érotisme et de fantasmes.

La conversion du chat au judaïsme est donc purement calculée, il n’a aucune croyance en un quelconque Dieu et se plait à remettre en cause les dogmes de la religion comme le ferait un scientifique ou un sceptique, tout simplement. S’il n’a pas toujours tort, il est irrespectueux et perd la parole. Il suit le reste de l’histoire, quasiment en spectateur. Et quand il retrouve la parole, c’est après avoir frôlé la mort et acquis la sagesse. Il grandit au long du film, du statut d’enfant à celui de sage, ou presque… Au final c’est le chat qui se montrera le plus ouvert de tous.

Le plus beau dans l’histoire, c’est que moi qui n’y connais rien en religion, j’ai commencé là à comprendre. Et à m’y intéresser aussi ! Le film entier est un appel à l’antiracisme, à travers la recherche d’un parent commun. D’un berceau commun. S’ils le trouvent ou pas, je vous laisse le découvrir en regardant le film. On notera aussi la référence au très controversé Tintin au Congo !

A lire, un dossier très intéressant sur le film où Joann Sfar parle de la naissance du projet il y a 6 ans. Il parle de ses réflexions sur le style à donner au film : animation ? Cinéma live ? Dans la veine de Miyazaki ? Il a même rencontré des animateurs Pixar ! Une petite interview très sympathique. A lire également le dossier de presse officiel du film, un document pas souvent accessible au grand public.



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