Sont arrivés dans une salle Pierre Lamy plutôt bien remplie, tout d’abord Dimitri Granovski, qui nous a ensuite introduit Frances Yoo, productrice au sein de Meditation with a pencil puis Eun Bi Chang, animatrice et traductrice anglophone du panel et enfin Jae-Hoon Ahn, le réalisateur du long métrage.

Jae-Hoon Ahn s’est avancé sur la scène avec son cartable élimé qu’il qualifie lui-même de porte-bonheur pour nous présenter le projet. Le portrait d’une femme chamane est l’adaptation du roman éponyme de Dong-Ri Kim, publié en 1936.

Le film nous raconte l’histoire de Mohwa, mère célibataire, poussée par une révélation chamaniste va la faire sienne et concrétise les rituels du culte, afin d’en faire partie à son tour. Cependant au sein de son foyer son jeune fils, Wook-Yi, se réfugie dans le catholicisme et Nang-Yi, sa plus jeune fille, touchée de surdité, peint de son côté un tableau mystérieux.

Le réalisateur a tenu à nous présenter les différents instruments utilisés dans les traditions chamanes. Il y a eu tout d’abord les cymbales, je vous garantis que si la salle n’était pas réveillée, elle le fut grâce à ce son percutant. Puis, les clochettes cristallines destinées à éloigner les mauvais esprits, nous garantissent que le festival d’animation d’Annecy n’a plus rien à craindre de ce côté là non plus.

Nous avons observé les tenues traditionnelles de Mohwa, constituées de vêtements amples blancs facilitant la mobilité pour les différentes danses et autres accessoires colorés dans des tons rouges et noirs pour son chapeau et ses étoles.

Nous avons ensuite découvert des vidéos de danses rituelles qui ont servies de références aux animateurs pour le personnage de Mohwa. Elles consistent en de multiples sautillements faisant résonner les clochettes dans les airs et aussi de gestes plus amples donnant de la légèreté aux tissus.

Au niveau narratif, il est intéressant de constater que la figure maternelle de l’héroïne diffère des canons occidentaux, car elle avance dans sa passion chamanique avec rigueur et dureté, quitte à en faire pâtir sa famille. Cette dernière, fragilisée, devient alors le théâtre d’un conflit spirituel plus grand, partagé entre catholicisme et chamanisme, à l’image d’une identité culturelle coréenne divisée.

Ayant récemment vu The Strangers de Na Hong-ji, force est de constater que le dilemme spirituel entre catholicisme et chamanisme fait partie intégrante du cinéma coréen contemporain, même si ce dernier film live verse surtout dans le fantastique.

Le Portrait d’une femme chamane et The Strangers se servent tous deux de cette réflexion profonde pour faire ressortir les failles familiales et sociales de la société coréenne. On peut du coup espérer une intrigue pleine de sens concernant Le Portrait d’une femme chamane

Enfin, le studio Meditation with a Pencil produit une animation traditionnelle dont on a pu découvrir quelques images non finalisées. Le chara-design des protagonistes se détache par des silhouettes et des visages élancés évoluant sur des décors d’une sensibilité picturale, le tout au carrefour de la peinture traditionnelle coréenne, la japanime et une forme d’impressionnisme européen.

Le Portrait d’une femme chamane est pour moi un coup de cœur sur le festival car il cumule à la fois une histoire riche en significations et un défi artistique intéressant. Le film sortira dans les salles coréennes en octobre prochain, en espérant qu’un distributeur français sera lui aussi charmé et que nous aurons le privilège d’également en profiter dans nos salles françaises.

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