Avec la sortie de Mirai, ma petite soeur, c’est l’occasion de revenir sur les œuvres de Mamoru Hosoda. Aujourd’hui, La Traversée du temps !

La Traversée du temps, réalisé par Mamoru Hosoda est sorti en France le 4 juillet 2007. On y trouve Satoko Okudera au scénario et Kiyoshi Yoshida pour la bande originale. Le film est une adaptation de la nouvelle de Yasutaka Tsutui, connu pour avoir écrit Paprika, dont l’adaptation cinématographique par Satoshi Kon (Perfect Blue) connaîtra également une renommée mondiale.

Makoto Konno, est une lycéenne de 17 ans comme les autres. Pleine d’énergie et de bonne volonté, elle joue au base-ball avec ses deux meilleurs amis Chiaki et Kôsuke. Elle a des examens surprises. Elle est tellement maladroite, qu’une après-midi elle glisse sur une noix au milieu du labo de chimie. C’est le 13 juillet. Et à 16h, en rentrant du lycée, son vélo dévale la grande descente de la rue où passe la rame de métro. Plus de freins. Le choc est rapide, violent. Pourtant, Makoto se réveille quelques instants plus tôt. Le train est passé. Elle est tombée de son vélo bien avant la collision prévue. Elle a remonté le temps.

Le film a été longtemps pour moi un mystère à déchiffrer. Comme si je n’avais pu l’apprécier qu’en le comprenant. Voici donc quelques clés symboliques et sous-lectures possibles :

Au début du film, il y a un grand trait rouge qui scinde l’écran noir. Et un tintement régulier. C’est une ligne de nombres, la ligne rouge du temps, de chaque seconde et milliseconde qui passent. Celle-ci s’arrête et c’est le début de l’histoire de Makoto. Son réveil sonne. Ce fil rouge fera, comme son rôle l’impose, le lien avec le pouvoir qu’elle tente de comprendre et de maîtriser. Il nous permet de nous rapprocher davantage d’elle, d’avoir un accès concret à cette énigme.

Au Japon, la couleur rouge peut recouvrir de multiples significations, mais ce qui revient le plus communément c’est le rapport à la vie, l’harmonie, l’union et le bonheur que l’on souhaite lors des départs. Dans un animé qui semble être une ode à la jeunesse et au changement, il me semble approprié de penser que les éléments rougeâtres sont souvent révélateurs d’un mécanisme important dans l’intrigue. On notera donc que, comme la ligne numéraire est rouge, le parapluie de Makoto, le vélo synonyme d’accident, la coccinelle qui lui révèle la réapparition du chiffre 01 et même la chevelure de Chiaki soit nuancée de rouge.

Traversee du temps

Alors, évidemment le temps. Le passé et le futur. Les causes qu’entraînent ou qu’encouragent les changements et les choix. « Time waits for no one » lit Makoto en début de film. Et ces répliques lancées par Chiaki et Kôsuke : « Tu devrais prendre le temps. » « Sois carrément en retard la prochaine fois ». La descente à vélo, comme on dégringole dans les événements. L’Horloge du train qui est animée par les petits personnages. Le temps c’est tout le monde à la fois. Il y a un équilibre à préserver, sinon l’un d’entre eux pourraient en être lésés. Et bien sûr, l’amour et la mort. Deux événements qui changent la vie, et figent le temps sur un instant, une date.

Le plus beau symbole de cette jeunesse qui cherche à ne pas regretter, à remonter le temps c’est cette dernière scène où Makoto court, dans le plus grand silence et où l’on n’entend que sa respiration effrénée. Elle remonte l’écran vers la gauche, comme si elle rattrapait littéralement la bande du film.

« Tempus fugit » disait notre vieux philosophe grec…. « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve », « de l’eau a coulé sous les ponts »… L’eau et le temps sont intrinsèquement liés par nature. On retrouve l’élément à plusieurs endroits dans le film, l’étang devant lequel passe régulièrement Makoto ou même Chiaki, les ricochets fait à plusieurs reprises par les enfants, la première traversée dans le temps qui se fait entre rêve et noyade, le premier saut dans l’eau pour Makoto, la pluie….

On ne peut pas parler de temps et d’émotions sans parler de musique. Cet art qui traverse les époques, et avec elle, les sensations et réceptions de ses contemporains. Elle a une place importante dans l’animé et ne cesse de nous aiguiller sur l’émotion à choisir… J’ai un coup de coeur particulier pour la chanson principale, qui est l’identité du film : Hanaku Oku- Kawaranai Mono.

L’animé nage entre rêve et réalité, et le spectateur peine à trouver son rythme dans celui du film qui est très lent et parfois abstrait. Mais on s’attache vite à Makoto, ses maladresses, et son désir de toujours bien faire. On s’accroche à ses mésaventures, à ses envies.

C’est un film réussi sur la jeunesse et l’adolescence. La difficulté des choix à entreprendre, leurs conséquences, et la prise de conscience du temps qui passe, de l’amour (sujet traité à travers les amourettes de Kôsuke et la déclaration de Chiaki) et de la mort (les accidents de vélo et la tableau peint en temps de guerre, ce tableau qui semble être une suspension de douceur dans un moment d’atrocités).

Le saviez-vous ? La tante sorcière, Kazuko Yoshiyama (conservatrice dans le musée et qui restaure le fameux tableau), c’est avant tout l’héroïne de la nouvelle éponyme. Le clin d’œil est assumé : « Cela arrive souvent aux jeunes filles de ton âge. » dit-elle à Makoto lors de sa première traversée. Telle une légende urbaine cela pourrait être l’illustration du dérèglement hormonal qui arrive à toutes les jeunes filles.

Je finirai par vous rappeler que nous vivons tou.t.e.s des traversées du temps… Et oui, le phénomène du « déjà -vu » (le rééquilibrage du cerveau lors de grosse fatigue), vous l’avez déjà expérimenté, non ?

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