Avec la sortie de Mirai, c’est l’occasion de revenir sur les œuvres de Mamoru Hosoda. Aujourd’hui, Le Garçon et la bête !

Après le très bon succès critique et public des Enfants Loups, Ame & Yuki, Mamoru Hosoda et le studio Chizu remettent le couvert avec Le Garçon et la bête, projet qui a attiré les convoitises d’un plus gros distributeur puisque ce film a été récupéré par Gaumont. Au revoir donc Eurozoom et sa politique d’installation du film dans la durée et bonjour au commencement des ennuis…

Shibuya, le monde des humains, et Jutengai, le monde des Bêtes… C’est l’histoire d’un garçon solitaire et d’une Bête seule, qui vivent chacun dans deux mondes séparés. Un jour, le garçon se perd dans le monde des Bêtes où il devient le disciple de la Bête Kumatetsu qui lui donne le nom de Kyuta. Cette rencontre fortuite est le début d’une aventure qui dépasse l’imaginaire…

Mais avant de revenir sur l’exploitation décevante du film, parlons de sa production : pour la première fois, Mamoru Hosoda se retrouve seul aux commandes du scénario et de la réalisation, et l’on retrouve évidemment des thématiques connexes à ses précédents métrages, comme la recherche du père, la notion de ce qui constitue une famille et l’apprentissage de son personnage principal. Si Les Enfants Loups, Ame & Yuki se concentrait sur le rôle de la mère, on est ici en face d’un film sur le lien filial et la paternité, Kyuta et Kumatetsu formant un duo à la fois tendre et improbable et se nourrissent l’un et l’autre de leur force.

Esthétiquement splendide, le deuxième film du Studio Chizu, plus ambitieux à tout les niveaux, porte en lui une prolongation des thèmes engagés dans Ame & Yuki, et la relation entre Kyuta et Kumatetsu rythme le film plus que tous le reste, préservant son émotion mais mordant du même coup sur la fluidité de la narration, surtout lorsque s’opère le basculement de Kyuta, de retour dans le monde des humains à la rencontre de nouveaux personnages qui n’ont pas le temps de vraiment s’épanouir (le père, Kaede).

Quelque part Le Garçon et la bête souffre de son univers très riche et de ne pas être aussi contenu et diffus que la manière dont le fantastique est manipulé au sein de Ame & Yuki. En effet, on ressent parfaitement les intentions du film mais la priorisation des concepts fait que dès que l’on quitte le monde des monstres l’intérêt baisse sensiblement, bien que la thématique de se trouver soi-même reste très pertinente, l’antagoniste de Kyuta, Ichirôhiko, souffre lui aussi d’un sous-développement (il n’est finalement qu’un simple miroir du héros) qui nuit encore une fois à la narration.

Si la formule de fabrication est désormais totalement maîtrisée grace à la mise sur pieds du Studio Chizu et d’un certain nombre de collaboratrices et collaborateurs aux postes clés, Le Garçon et la bête pose toutefois la question même du développement du sujet qu’Hosoda souhaite traiter dans ses films.

Le genre de film importe finalement assez peu pour l’artiste, et basculer d’un drame familial intime vaguement fantastique avec une forte substance sociale comme le fut Les Enfants Loups, Ame & Yuki. C’est ici une quête intérieure sur l’évolution d’un jeune garçon dans une famille reconstituée au sein d’êtres surnaturels est admirable mais provoque, en France tout du moins, une perte de spectateurs assez élevée au passage.

En cause, ce changement de genre : Si Les Enfants Loups possédaient quelques chose qui le rapprochait du cinéma social vaguement fantastique qu’un certain nombres d’artistes japonais pratiquent, comme Kiyoshi Kurosawa, les apparats plus shonen du Garcon et la Bête avec ses combats, ses créatures plus typées et son point de vue plus tardif qui revient au monde des humains a pu refroidir un public plus sélectif qui avaient finalement sauté le pas début 2013 avec le festival Télérama, au terme d’une longue exploitation très bien menée par Eurozoom (alors que Gaumont a pour ce film forcé au maximum les exploitants de leur réseau à le diffuser, pour un résultat finalement inférieur…).

Summer Wars n’a pas été détrôné par Le Garçon et la bête, dont la thématique en fait pourtant un film frère d’Ame & Yuki. Malgré ses idées fortes, j’ai trouvé que le métrage dansait un peu trop d’un pied sur l’autre en délaissant certains aspects qui auraient mérités d’être plus explorés. Le Garçon et la bête n’est pas un grand film, mais un bon film qui promet un beau futur au Studio Chizu, ce qui, dans le contexte de l’époque, était déjà une bonne chose.

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