Critique – D’Artagnan et les Trois Mousquetaires

En projet depuis 2016 chez BRB Internacional, cette adaptation en 3D de la série télévisée d’animation hispano-japonaise de 1981 été confiée en 2019 à leur propre studio, Apolo Films, avec à la réalisation Toni García d’après un scénario de Doug Langdale (Cléopâtre dans l’espace). La question se pose : quoi de neuf à raconter en long-métrage depuis les multiples diffusions depuis les années 80 (sans parler des adaptations live de la saga d’Alexandre Dumas père) ?

Le jeune D’Artagnan quitte sa Gascogne natale pour se rendre à Paris avec pour ambition de devenir Mousquetaire du Roi. À peine arrivé, il tombe sous le charme de la douce Constance, la dame de confiance de la Reine… Intrépide et ne refusant aucun combat, il se rend vite indispensable auprès des trois mousquetaires, Athos, Porthos et Aramis qui l’intègrent dans la célèbre garde du Roi. Ensemble ils vont devoir déjouer un complot imaginé par le Cardinal de Richelieu et retrouver le collier de la Reine !

Toni Garcia, qui fut storyboarder sur la série de l’époque, tient ici les rênes d’un long-métrage qui, dès les premières minutes, ne prends aucun risque : le contenu est le même que la série animée et le scénario de Doug Langdale d’après les idées de Claudio Biern Boyd est très linéaire. Les mises à jours se font donc dans la forme, avec un passage à la 3D qui permet d’ajouter des effets que le budget de l’époque ne pouvait pas permettre, comme une ambiance un peu plus dramatique avec de la pluie, des combats à l’épée dont le découpage et moins rapide, tandis que le character design signé Bárbara R. Gragirena  fait un travail fort honnête conciliant le côté cartoon et un réalisme dans les vêtements portés par les personnages.

trois mousquetaires

Ω comme D’Artagnan

La contribution majeure de Langdale à l’histoire de Dumas père aura été d’imaginer une l’épée Oméga, spécifique à la famille de D’Artagnan, le reste étant à l’avenant : le jeune homme se rend à Paris, rencontre coup sur coup Milady, Rochefort, provoque Athos, Porthos et Aramis puis le tout culmine avec un combat avec les hommes du cardinal Richelieu avant une version rythmée du Collier de la reine. Rien de bien nouveau donc depuis les adaptations de Richard Lester.

L’humour apporté par le côté cartoon des personnages est bienvenu mais les échanges sont souvent assez bavards et un peu trop longs, commentant de manière un peu trop détaillée l’action ayant eu lieu ou étant en cours, comme si à l’origine on avait recollé ensemble les épisodes d’un début de saison pour une exploitation cinéma. Résultat d’une trop grande servilité à la narration originale, ou angoisse de perdre un jeune public qui va découvrir ces personnages en compagnie de leurs parents nostalgiques ?

D’Artagnan et les Trois Mousquetaires ne semble jamais choisir et certains aspects renforcent cet aspect vieillot, comme le peu de place laissé aux personnages secondaires, silhouettes dont les personnalités sont réduites à la portion congrue. Seule la Reine a un réel pouvoir mais elle est si peu vue dans cette guerre par proxy entre cette dernière et le Cardinal, qui bénéficie de plusieurs séquences pour détailler ses plans au public. Tout comme les fameux trois mousquetaires, ici simplifiés pour les cantonner à des rôles plus identifiables : Aramis le poète beau parleur ne lit plus de Bible, Athos est obsédé par son physique et Porthos mange autant de petits déjeuners qu’un hobbit.

d'artagnan et les trois mousquetaires

Une souris trop encombrante

Mais à qui bénéficie donc ces choix ?  À Pip, la souris sidekick de D’Artagnan, personnage original de la série de Claudio Biern Boyd, qui prends ici la quasi totalité de la charge dramatique du film sur ses frêles mais irritantes épaules. Le rat, affligé d’un goût immodéré pour les pièces d’or, trahit à tort et à travers tout ce petit monde et finit par ressentir de la culpabilité jusqu’à la classique action rédemptrice. Le temps consacré à ses ruminations prend une place bien trop importante, là où des personnages féminins tels que Constance ou Milady auraient pu briller, voire même densifier l’ennemi qu’est Rochefort. Ce trio est réduit ici à des accessoires ou des fonctions narratives bien trop visibles, d’autant plus que le cumul de l’humour et de la culpabilité sur le seul personnage de Pip est très perfectible quand on voit le peu de substance dans les échanges entre D’Artagnan et ses trois nouveaux compagnons d’aventure au sein des séquences qui leur sont dévolues.

Un peu comme pour Pip, la confiance mise dans la musique est elle aussi un peu trop élevée. Bien que rehaussée par la présence d’un orchestre, celle-ci s’avère assez répétitive dans ses moment d’action, ce qui donne l’impression que peu de liberté a été laissée à Manel Gil-Inglada et la nouvelle chanson romantique composée par Guido & Maurizio de Angelis est loin d’être aussi obsédante que le générique composé en 1981.

Au final, on se retrouve face à un produit de la nostalgie et d’une envie de réactualiser un format assez typique des années 2010. Il y avait matière à pousser le projet plus loin que la simple mise à jour graphique pour nos trois mousquetaires, mais il semble que l’ambition n’allait pas jusqu’ici. Espérons que le prochain long-métrage produit par Apolo, tiré de la série des années 80 Le Tour du monde en quatre-vingts jours (qui n’a aucun lien avec le film de Samuel Tourneux sorti le 8 aout) soit plus inventif !

D’Artagnan et les Trois Mousquetaires sort le 25 août dans les salles via StarInvest Films.

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Nicolas
Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d’animations. Adore fureter sur l’internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.
Publications: 739