Le 16 septembre, vous avez rendez-vous avec un loup, une araignée, deux chauves-souris et des vers de terre. Comme beaucoup, vous n’êtes pas fan de ces bêtes ? Vous en avez peur ? Raison de plus pour aller voir Les Mal-aimés qui vous propose quatre courts-métrages pour changer d’avis.

La réalisatrice Hélène Ducrocq a travaillé pendant 5 ans avec la volonté de permettre au jeune public de découvrir autrement ces animaux qui souffrent d’une mauvaise réputation. Enfant, elle voulait être soit photographe animalière, soit dessinatrice chez Disney. Avec les Mal-Aimés, elle conjugue ses deux rêves en un programme pour le cinéma de quatre films d’animation sur la biodiversité.

Quelle vie peuvent bien mener des créatures que l’on ignore, que l’on méprise ou pire que l’on combat ? Les aventures des Mal-Aimés racontent la vie mouvementée de ces animaux dont la vie est parsemée d’embûches.

Par ici pour la bande annonce :

Lupin – 11 minutes


Quand on parle de loup aux enfants, la figure monstrueuse du Grand Méchant Loup, qui fut également abordée dans l’anthologie Loups tendres et loufoques, émerge rapidement. Lupin s’inscrit en contre point, pour proposer une histoire de louveteau perdu auquel des enfants de chasseurs vont porter secours. Ce court-métrage, à hauteur d’enfant et de louveteau, engage le jeune public, en réveillant leur esprit critique vis à vis des images et discours préconçus véhiculés par les adultes et les appelant à se remettre en question.

Les Mal-aimés

Le grand méchant loup du conte est ici un petit animal vulnérable car éloigné de son environnement naturel et de sa meute. Cette jolie boule de poils, semblable à une peluche, reste pourtant sauvage. Bien qu’inexpérimenté et maladroit, son instinct de prédateur est clairement identifié par ses jeunes sauveteurs. Ils n’ont donc pas d’autres choix que celui de le ramener dans la forêt à laquelle il appartient. Au delà de sauver le louveteau, la fin de film indique aussi que les actions des enfants ont infusé auprès de leur chasseur de père. Il les amène maintenant se promener en forêt armé non plus d’un fusil mais d’un appareil photo.

Grâce à la technique du papier découpé dans une palette de bleu nuit et de noir et blanc qui évoque le théâtre d’ombre, Lupin revisite le conte dans une version écologiste tout en poésie et sobriété. Coup de cœur pour les effets de transparence qui soulignent avec beaucoup de charme le côté DIY, assumé avec élégance tout au long de ce joli premier court métrage.

Comment j’ai vaincu ma peur des humains – 9 minutes


Vous êtes arachnophobe ? Ce court métrage est conçu spécialement pour vous aider à dépasser cette peur, par une ancienne arachnophobe. Hélène Ducrocq explique :
“Les premiers plans montrent Dédalia, l’héroïne du film, de très loin, toute petite, elle n’est pas du tout effrayante. Et au fur et à mesure de l’histoire, les plans se rapprochent. Cela laisse le temps au spectateur de s’habituer à la présence de l’araignée, c’est une méthode de psychologue pour vaincre ses peurs et rassurer au fur et à mesure. […] En inversant la phobie et en adoptant le point de vue d’une araignée, j’espère maximiser l’empathie.” Des couleurs pop, des décors au fini poudré, comme à l’aérographe, ajoutent beaucoup de joie et de douceur à ce deuxième court métrage.

Les Mal-aimés

Il raconte l’histoire de Dédalia, une araignée artiste qui a une peur panique des humains. Celle-ci va voit sa vie défiler devant ses yeux alors qu’un gros pigeon s’apprête à la dévorer. Lors de ce flash-back bien mené, elle regrette que sa peur des humains l’ait empêcher de visiter New York avec sa meilleure amie la mite Ykari. Dédalia est accompagnée par un binôme de choc : une mite courageuse au sens de l’humour ravageur, qui va aider Dédalia à dépasser sa peur pour vivre sa meilleure vie. Quand l’araignée lui explique qu’elle est traumatisée d’avoir vu tous les membres de sa famille se faire exterminer par des humains, Ykari la mite lui réplique “Tu sais qui a tué mes sœurs ? Ta mère”.

Pour Ykari, qui aurait de bonnes raisons d’avoir peur des araignées, le passé de sa famille n’est pas un obstacle à leur amitié. Les circonstances du voyage vont ensuite pousser Dédalia, forte de l’exemple de son amie, à prendre le pas sur sa peur des humains pour vivre pleinement sa vie d’araignée artiste avec Ykari.

Maraude et Murphy – 8 minutes


Ce troisième court-métrage s’attaque à la mauvaise réputation de la chauve-souris en partant du principe que la peur est issue d’une méconnaissance de l’autre et qu’il est donc important d’aider à mieux connaître/comprendre les animaux qu’on souhaite protéger. Pour transmettre son message écologique, le spectateur est invité à suivre le parcours de Maraude et Murphy : deux chauves souris d’espèces différentes qui vont donc adopter pendant le film des comportements différents. Maraude, une belle femelle d’un rouge rayonnant, est une chauve-souris rhinolophe : elle vole près du sol et ne tolère pas la lumière. Alors que son acolyte mâle noir et blanc, Murphy, est un minioptère qui vole au-dessus des arbres et peut se régaler des insectes attirés par la lueur d’un lampadaire.

Les Mal-aimés

Mettre en scène efficacement ces différences entre les 2 chauves-souris permet déjà de s’extraire de la généralisation et de susciter la curiosité plutôt que la peur. On verra ensuite Maraude, une héroïne déterminée et volontaire, se confronter aux intempéries, aux prédateurs, à la pollution, aux voitures ou à la nécessité de trouver un refuge pour se mettre en sécurité la nuit. Le spectateur est happé dans le point de vue de Maraude pour affronter ces épreuves.

Elles sont représentées en vue subjective, dans un style crayonné très épuré, qui contraste avec les décors structurés qui constituent la trame initiale. En découle une impression de vivacité et d’urgence, accentuée par un effet de shaky cam, qui rend parfaitement la difficulté des acrobaties en vol qu’effectue la chauve-souris pour se tirer d’affaire. Par ce savant mélange bien contrasté entre les scènes calmes, plus pédagogiques dans des décors évoquant le théâtre d’ombre, et les scènes d’action à la première personne qui rythment la narration en ramenant du suspense et des émotions fortes, Maraude et Murphy m’a embarquée dans la team chauve-souris.

Terre de vers – 8 minutes


Pour clôturer le programme en fanfare, c’est une comédie musicale qu’offre le quatrième court-métrage ! Un choix audacieux pour mettre en scène un animal étrange et un peu répugnant de prime abord : le ver de terre. Dans un décor qui évoque à la fois la carte du métro et un bel album pour enfants aux couleurs vibrantes, les vers de terre s’activent.

Ils font d’abord la démonstration bourrée d’humour de toutes leurs fonctions de jardiniers du sol et leur rôle dans l’écosystème sur un air entêtant (le refrain va vous accompagner un moment, croyez-moi !). Puis ils évoquent les dangers qui les guettent avant d’en être victimes sous nos yeux ébahis : la joyeuse comptine prend des tonalités mineures. C’est l’hécatombe chez les vers de terre qui se démenaient dans la bonne humeur deux minutes avant de tomber sous un coup de pelle, écrasés par un tracteur ou asphyxiés par des produits chimiques.

Les Mal-aimés

Le solo du dernier ver de terre survivant, déclamé les larmes aux yeux, est assez déchirant. Il fait écho au glas qui retentit aussi ceux qui vivent à la surface… Heureusement, il y a de l’espoir pour les vers de terre qui sont définitivement doués pour retourner une ambiance mortifère en party time ! En cela, on sent l’inspiration de La petite boutique des horreurs que cite Hélène Ducrocq comme référence.

Une nouvelle fois, le message écologique est mis valeur par la forme du film. Ici le visuel très franc et la chanson bien écrite et bien interprétée imprègnent le spectateur pour y laisser leur empreinte sensorielle. Le glissement de l’euphorie vers l’apocalypse ajoute une dimension dramatique qui ancre l’histoire émotionnellement également. Tout cela avec des touches d’humour plein d’à propos qui aident à faire passer la pilule.

Je vous laisse avec le karaoké des vers de terre : quitte à avoir l’air en tête, autant connaître les paroles non ?

Chez Citron bien, qui produit le programme de courts métrages, on sent l’envie de porter le message de la biodiversité avec enthousiasme et conviction. Des spécialistes de chaque animal ont été sollicités pour vérifier l’exactitude des scénarii, des artistes locaux sont choisis pour le doublage et le chant. Une démarche cohérente qui donne de l’âme à cette anthologie.

Pour découvrir ce projet plus en profondeur (comme un ver de terre !), vous pouvez visiter le site des Mal-aimés où vous retrouverez des contenus bonus pour chaque court métrage, à partager pour les petits et les grands qui apprendront aussi beaucoup que ce soit sur les animaux ou les techniques d’animation.

Pour ma part, j’ai été subjuguée par le tutoriel d’animation par substitution de Lupin que je vous recommande vivement.

Les Mal-aimés, sorti le 16 septembre via Cinéma Public Films.

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