Critique – Liz et l’oiseau bleu


Véritable talent au sein de Kyoto Animation, Naoko Yamada a occupé bon nombre de postes au studio avant d’accéder à celui de réalisatrice avec l’adaptation en long-métrage de Silent Voice. Liz et l’oiseau bleu, passé par Annecy l’année dernière et critiqué à ce moment-là par Coralie, a la chance de sortir sur les écrans français via Eurozoom, et confirme sans peine la maîtrise de sa réalisatrice.

Nozomi est une jeune femme extravertie et très populaire auprès de ses camarades de classe, doublée d’une talentueuse flûtiste. Mizore, plus discrète et timide, joue du hautbois. Mizore se sent très proche et dépendante de Nozomi, qu’elle affectionne et admire. Elle craint que la fin de leur dernière année de lycée soit aussi la fin de leur histoire, entre rivalité musicale et admiration. Les 2 amies se préparent à jouer en duo pour la compétition musicale du lycée Kita Uji. Quand leur orchestre commence à travailler sur les musiques de Liz und ein Blauer Vogel (Liz et l’Oiseau Bleu), Nozomi et Mizore croient voir dans cette oeuvre bucolique le reflet de leur histoire d’adolescentes. La réalité rejoindra-t-elle le conte ?

Issu de la série Sound ! Euphonium, Liz et l’oiseau bleu se démarque toutefois un peu plus de cette dernière, prlongeant le travail de la saison 2, que ce soit au niveau de la direction artistique comme de la mise en scène. Exit les couleurs plus vibrantes et le character design juvénile et rond, c’est ici un film doucement gris et bleu dans ses phases de vie quotidienne et un hommage aux illustrations à l’aquarelle lors des moments plus oniriques dépendant du conte qui donne son nom au film.

Personnages secondaires de Sound ! Euphonium, Nozomi et Mizore prennent ici le devant de la scène et Naoko Yamada développe autour des jeunes filles toute une mise en scène de l’intime qui tranche avec les deux saisons de la série, plus portée sur le collégial et les nombreuses interactions entres les lycéennes composant le club de musique. Le découpage sur les morceaux de corps qui se meuvent, des postures des personnages est proche de la perfection, jamais trop démonstratif et tout en sensibilité.

S’il est facile de faire du shipping avec les deux héroïnes, ce n’est absolument pas le sujet du film, qui possède bien une part d’attirance et de romance, mais dans un contexte de recherche de soi. Le manque d’indépendance de Mizore, pourtant talentueuse mais blessée par l’inconstance de celle qu’elle voit comme sa plus proche amie. La retranscription du malaise adolescent en ce qui concerne la définition de soi passe ici par ce lien rompu entre les deux musiciennes, qui n’arrivent pas à trouver terrain commun pour jouer le dernier acte de Liz et l’Oiseau Bleu.

Cette dépiction des réactions et des émotions de nos deux héroïnes, d’une grande précision tout au long du film est toujours couplée à une esthétique et une animation sans faille qui caractérise les œuvres sortant de Kyoto Animation. Si le dénouement de l’histoire est somme toute assez prévisible, c’est ici une histoire de découverte de soi et de ses forces et de sa capacité à inspirer les autres, puisque si Nozomi fait preuve d’un côté plus ambivalent, Mizore découvre de son côté ce que ça fait d’être admirée par d’autres, d’être ce même oiseau bleu qu’elle ne veut pas laisser partir.

Si Liz et l’oiseau bleu n’aura pas le même impact que Silent Voice, c’est en partie parce qu’il a la tâche ingrate de lui succéder, tout en ayant un but différent. De son côté, le studio Kyoto Animation travaille également à un deuxième long-métrage Sound ! Euphonium se déroulant en parallèle de Liz et l’oiseau bleu et suivant le reste des personnages de la série pour clôturer leur histoire. Mizore et Nozomi auront donc été doublement privilégiées, car peu de personnages secondaires peuvent se targuer d’avoir leur propre film, d’autant moins réalisé par Naoko Yamada !

 



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