Critique – White Snake


Light Chaser Animation, studio chinois prolifique depuis sa création en 2013 par Gary Wang, n’a pas chômé ces dernières années : depuis Little Door Gods, ce ne sont pas moins de trois longs métrages qui sont ont été produits, dont Oscar et le monde des chats. White Snake dévie de la formule « family friendly » du studio pour proposer une œuvre plus sombre et adulte avec l’ambition de toucher ce même public. Pari réussi ?

Une jeune femme nommée Blanca a été sauvée par un chasseur de serpents, Xuan. Mais elle a perdu la mémoire et elle est loin d’être hors de danger. Ensemble, ils partent à la recherche d’indices sur son identité. Tout au long du chemin, ils font face à de dangereux obstacles et développent progressivement des sentiments l’un pour l’autre. Alors qu’ils sont tout près de découvrir qui elle est vraiment, une catastrophe se profile.

Gary Wang cède le siège de réalisateur à Amp Wong et Ji Zhao pour cette nouvelle relecture de la légende du serpent blanc, classique mythologique chinois déjà adapté par la Toei en 1958 (et diffusé cette année au festival dans la rubrique Annecy Classics) et une demi douzaine de fois dans le cinéma asiatique (dont une adaptation libre par l’excellent Tsui Hark en 1993).

Le duo de réalisateurs a donc mis en scène une nouvelle interprétation du mythe via le scénario de Damao, et le résultat impressionne. White Snake montre les muscles dès ses premières séquences, dopé par des décors certes un brin statiques mais d’une beauté tout à fait confondante, tandis que les différentes personnages,, qu’ils soient humains ou mythologiques, sont animés comme il faut. On retrouve le savoir faire développé par Light Chaser sur les films précédents et la combinaison des talents rend ici plus digeste une histoire au fond simple mais pourtant bien trop dérivative.

White Snake

Mais peut-on blâmer White Snake de souffrir d’un mal qui touche 80% des films actuels ? D’autant plus que le métrage déploie tous les efforts du monde pour tenir sa narration, entre le méchant général qui poursuit notre héroïne amnésique, elle-même soupçonnée de défection par son peuple… coincés entre deux faces d’un monde bien décidé à se faire la guerre, le trio composé de Blanca, Xuan et Doudou le chien peureux a fort à faire. Impossible non plus de faire l’impasse sur les passages obligés de la romance, mais la carte jouée par Amp Wong et Ji Zhao de déchaîner les codes visuels du Wu Xian fonctionne très bien, et m’a rappelé les grandes heures de Zu, les guerriers de la montagne magique.

Déluge de travelling de suivi, de personnages haut en couleurs qui volent, se transforment et luttent à l’aide de sortilèges quand ce n’est pas via des armes blanches, White Snake possède la panoplie du film d’action et tente même l’ultime compromis en proposant un side-kick qui se met seulement à parler au bout d’une demi-heure (ce qui est assez cher payé pour Doudou car à l’image de la version chinoise d’Oscar et le monde des chats, le chien se fait ici très largement malmener).

White Snake

Le plus grand tord de White Snake est peut-être d’avoir voulu compenser la faiblesse de son classicisme en multipliant les fils narratifs, noyant les relations entre les personnages dans une série de rencontres parfois excellentes, parfois moins… ces tentatives de muscler les péripéties instaure un faux rythme palpitant à l’ensemble, confondant rapidité et imprévisibilité.

Pour une première tentative en dehors de la classique formule familiale à la DreamWorks, Light Chaser Animation s’en sort toutefois avec les honneurs, et donne envie de voir plus de films de ce style avec un scénario moins touffu et plus confiant envers ses personnages, dont certains ont un gros potentiel (ce que confirme la scène de moitié de générique final) pour une suite, bien que le piège du traitement adulte (sexualisation très prononcée des corps féminins, humour gras) ne soit pas esquivé.

Au final, White Snake fait largement penser à Monkey King : Hero Is Back dans sa volonté de rafraîchir un mythe en proposant un métrage perfectible  mais faisant montre d’une belle maîtrise. Il ne reste que peu de choses à maîtriser pour que les productions chinoise ne prennent définitivement d’assaut le box office occidental. Le distributeur américain Gkids en a d’ailleurs fait l’acquisition !

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