Interview – Atsuko Ishizuka, réalisatrice de « Goodbye »


A l’occasion de la sortie au format DVD / Blu-ray depuis le 4 juillet de Goodbye, premier long-métrage d’Atsuko Ishizuka, nous remettons en avant cette interview de la réalisatrice lors du festival International du film d’animation d’Annecy 2022.

Roma est un jeune garçon qui vit à la campagne. Avec son ami d’enfance Toto ils se font appeler les « Donglees » et ils organisent un petit spectacle de feu d’artifice tous les étés. A l’issue de sa première année de lycée, Toto revient de Tokyo où il étudie. Un nouveau venu, Drop, se joint aux DonGlees pour filmer avec son drone le spectacle vu du ciel. Mais cette fois-ci, rien ne va, les feux d’artifices ne fonctionnent pas et le drone est emporté par le vent. Au même moment, un feu de forêt se déclenche pour une cause indéterminée. La toile s’affole et blâme les DonGlees. Doma, Toto et Drop partent à la recherche du drone pour prouver leur innocence.

Il s’agit d’un premier long métrage en tant que réalisatrice et scénariste, comment avez-vous vécu cette expérience d’écriture et de réalisation sur la production de Goodbye

Je dirais que ça a été une expérience éprouvante, en tout cas c’est comme cela que je continue de le ressentir pour le moment, parce que c’est un combat de longue haleine et un combat que je dois mener seule.

D’habitude, quand je travaille, je demande l’aval du réalisateur qui prend les décisions finales, donc on lui fait des propositions et il tranche. Là, j’ai essayé de partager mes idées avec mes collaborateurs, sauf qu’en définitif, c’était toujours à moi de dire ce qui était bien ou moins bien, donc il a fallu que je fasse à la fois le tri dans ce qu’il y avait dans ma tête et dans ce que mes équipes me proposaient, j’essayais d’échanger avec eux pour avoir leurs retours car ils n’osaient pas en parler. C’est un combat très solitaire, ça a été une expérience éprouvante de ce point de vue.

En termes d’écriture, s’agissait-il d’une démarche abstraite ou plus construite en terme visuel, d’un point de vue storyboard sur les personnages ? 

J’essaye de me souvenir de comment j’ai travaillé concrètement, mais je dirais que j’ai travaillé de façon assez pragmatique pour ce film. Donc, au départ j’avais un synopsis qui tenait en une page, donc j’avais ma trame principale et après j’avais mes personnages en tête. Puis, j’ai fait un transfert sur mes personnages et j’ai essayé de me mettre dans leur tête et de parcourir la trame de départ en me mettant à leur place et c’est comme cela que sont nés les personnages. Enfin, je dirais, l’environnement dans lequel ils devaient évoluer, le visuel est venu après. 

Je posais la question car en tant que spectateur ce n’est pas si souvent qu’on a de l’ironie dramatique, c’est à dire qu’on est informé de la suite des événements par rapport aux personnages, le fait d’avoir un temps d’avance sur les personnages, ça donne un autre genre d’attente. Quand le film se termine et qu’on a le dernier indice narratif, que le film soit circulaire, ce n’est pas quelque chose de facile à faire, surtout pour un premier film, on imagine qu’on essaie peut-être de se faciliter la tâche. 

C’est vrai que c’était un défi pour un long métrage, je pense que du point de vue divertissement ce n’est pas très accessible aux premiers abords, si j’étais partie dans la direction du divertissement ça m’aurait empêché d’avoir cette dimension philosophique et d’initiation qui n’aurait pas pu être autrement que dans cette structure narrative. 

Il y a des choses que je n’ai pu mettre dès le départ mais je suis satisfaite de ce côté tranche de vie où on a l’impression qu’on a pris un morceau de la vie de ces personnages et qu’à l’intérieur de ça il y a quand même un mouvement et un retour sur soi, un apprentissage qui se fait à l’intérieur. 

Ce cheminement est intéressant, même si on peut le trouver ennuyeux, tous les petits morceaux mis bout à bout font qu’on sait qu’il y aura un happy end pour les personnages. On sait qu’ils gagnent au fur et à mesure du parcours, ça me tenait à cœur donc je savais que ce serait compliqué, mais j’y tenais beaucoup.

C’est la singularité du point de vue et c’est ce qui fait un film d’auteur aussi, je préfère ça au pur divertissement.

Je dirais que ce n’est pas si commun dans l’animation japonaise non plus, car en général on a des trames qui sont plus simplistes où on va mentir dans le bon sens du terme pour que ça arrange l’histoire donc il y a un effet de commodité qui fait que les événements vont s’enchaîner jusqu’à la conclusion du film, alors j’avais en tête des films comme Stand by Me où on a l’impression qu’il y a une tranche de vie. J’étais censé faire un film d’animation mais au bout d’un moment dans ma tête, j’avais plutôt des films en prises de vues réelles qui me venaient à l’esprit, donc plutôt de cette influence là. 

C’est quelque chose qui m’a interpellé dans le film, on a souvent une échelle de plan qui est assez proche des personnages, assez proche des visages, et leurs expressions. Aussi, le format du film, je crois qu’on est sur du 1:85, dans l’animation il va y avoir plus de scope même si là ça sert à la fois le personnage et les décors qui sont en superposition. J’ai apprécié ce côté tranche de vie et le fait que le chara design des personnages tranchent avec les décors. Cette manière de mettre en scène ces deux éléments et de les superposer. Est-ce qu’une fois passé le storyboard cela a été complexe à mettre en scène ?

Il y a des choses qui ont été imposées, des contraintes de départ, c’est à dire il n’était pas question de faire un film en cinémascope, on m’a demandé de travailler en 1:85 cette contrainte m’a été imposée par le studio. 

Comme cela correspondait aussi à un écran de télévision, je me suis dit que ce serait bien de faire quelque chose d’aussi appréciable sur un écran de TV que sur un grand écran. Il y a ce contraste entre les décors et les personnages, ça a été clair assez tôt dans ma tête, j’avais envie que les personnages, plus on les dessine avec précision, plus il est difficile de les animer, de les faire bouger, or j’avais envie de quelque chose de plus libre au niveau du mouvement, c’est pour cela que c’est plus simple au niveau du character design et qu’ils aient ce charme de l’animation, qu’on puisse rire en voyant leurs expressions. 

D’un autre côté, c’était important pour moi que les décors ne soient pas plats, qu’il y ait une atmosphère, ce sentiment qu’il y ait un monde dans lequel on respire vraiment de l’autre côté de l’écran. Il y a des séquences où il y a dix couches qui ont été superposées pour donner cette impression de profondeur. C’était important qu’on s’attache aux personnages et à ces décors auxquels on a apporté un soin particulier. 

Le rapport à la musique est extrêmement important que ce soit celle qui habille certaines séquences, comme les personnages qui chantent. Comme vous avez commencé avec des clips vidéos, est-ce que cela vient de là ou cela fait partie du processus de fabrication ? ou alors de manière totalement spontanée ? (même au niveau de l’écriture et du storyboard) Comment cela s’est-il implanté dans votre processus créatif ?

Alors, j’avais envie d’un film avec des chansons dès le départ. la bande son je l’ai pensé dès l’écriture du scénario, en animation c’est assez qu’on utilise pendant les films des chansons avec des voix masculines, là en l’occurrence ce sont des personnages masculins. J’en avais très envie mais on m’a très vite demandé pourquoi, car ça empêche d’avoir du dialogue, soit d’intégrer d’autres effets sonores ou d’autres informations. Quelque part, j’avais très envie que ce soit un chant de révolte de la part de ces jeunes gens, que ça montre leur habilité à découvrir le monde.

J’avais envie de quelque chose d’un peu rock, et quand on dit rock au Japon on a tendance tout de suite à penser à de la J-pop (de la variété japonaise), c’est à -dire un genre un peu à part, donc ce n’est pas ça que je voulais. Il était question qu’ils aillent à l’extérieur, j’avais envie d’une musique sans frontière, c’est pour cela que j’ai choisi les paroles en anglais, j’avais envie qu’on se dise que, du moins pour les japonais, ceci n’est pas une musique uniquement destinée aux japonais. J’ai eu cette idée en tête très tôt et j’ai mis un peu de temps à la faire comprendre, il y a aussi une influence du rock anglais (UK) et de musique d’ambiance pour les décors. J’avais très envie qu’on me pose cette question sur la musique, merci beaucoup. 

Goodbye est disponible au format DVD / Blu-ray depuis le 4 juillet.

Tous mes remerciements à Aude Dobuzinskis pour l’organisation de l’interview et Léa Le Dimna pour la traduction.



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