Pitché au Cartoon Forum en 2016 et présent par deux fois au festival d’Annecy, la dernière en WIP TV, Vanille, spécial TV réalisé par Guillaume Lorin et produit par Folimage est l’une des grosses attentes animées de cet automne :

Vanille, petite fille parisienne fraîchement débarquée en Guadeloupe, va être plongée dans une aventure exotique et teintée de mystère, à la rencontre de personnages pittoresques et d’une fleur magique, le tout relevé d’un zeste de langue créole. Voilà des vacances qui promettent d’être riches en rebondissements !

Le WIP de la version en ligne du Festival d’Annecy avait confirmé toute la positivité liée à ce projet. On y a découvert l’arrivée de Vanille en Guadeloupe, et sa rencontre avec sa tante Frédérique qui va se révéler essentielle dans son acceptation d’elle-même. On a aussi pu se mettre dans l’ambiance grâce à l’interprétation d’une chanson par Frédérique au bar Chez Tatie Loulouze, laissant ainsi ainsi planer une empreinte très forte de la musique sur la narration. Ces extraits étant très prometteurs, il était vraiment tentant d’en savoir plus !

J’ai eu l’occasion d’échanger par mail avec Guillaume Lorin autour de la genèse du projet, ses choix esthétiques et leur réalisation, et la portée politique de Vanille. Nous suivrons avec intérêt la diffusion de ce spécial TV et vous en en reparlerons très bientôt sur le site.

Pouvez vous nous expliquer la genèse du projet ?

Guillaume Lorin : Le personnage de Vanille est né à l’époque où j’étais encore étudiant à l’école de la poudrière. J’étais dans une démarche ou je ressentais le besoin de raconter des histoires qui se passe dans les Antilles et qui mettent en avant l’imaginaire caribéen dans lequel j’ai grandi et qui malgré sa portée cinématographique évidente, me paraissait peu ou pas représenté sur les écrans.

Vanille
Vanille et son entourage tels qu’ils étaient représentés en 2016 lors du passage du projet à Cartoon Forum

Je voulais raconter l’histoire de cette petite fille métisse qui renoue avec ses racines antillaises. J’ai demandé le concours d’Aurore Auguste, co-scénariste et amie, afin de s’assurer que les réactions de cette petite fille soit juste et authentique. Il était important pour moi qu’une femme guadeloupéenne participe à l’écriture de cette histoire qui traite beaucoup de la transmission notamment entre femme. Ensemble nous nous sommes mis d’accord sur le fait de vouloir raconter et partager nos vécus d’Antillais sous la forme d’un conte moderne. Nous avons donc fait appel à Antoine Lanciaux, devenu co-scénariste, pour sa sensibilité et son expérience dans l’écriture de conte. Grâce à ce trio, nous avions enfin un scénario solide et sincère à présenter aux producteurs et diffuseurs.

Après avoir travaillé sur différents projets de courts comme de longs métrages, comment avez-vous appréhendé votre première réalisation sur ce format de 26 minutes ?

G. L. : Il est clair qu’il y a une forme d’excitation de ENFIN réaliser un projet que l’on porte en soi depuis longtemps et le voir se concrétiser amène un joie incroyable. Mais très vite l’esprit saboteur intérieur (que j’associe à l’ego) vient nous faire douter: Aurai-je les épaules? Suis-je crédible? Est-ce que ça va vraiment intéresser les gens? Ce saboteur utilise la peur pour empêcher d’avancer. Tout est nouveau sur un premier film, et bien qu’au sein de l’école de la Poudrière, on ait déjà réalisé des petits courts-métrage, c’est tout à fait autre chose; du coup c’est assez impressionnant.

Puis il y a cette autre petite voix, plus sensible plus douce (que j’associe à l’intuition) qui encourage, rassure et qui te rappelle que tu n’es pas seul. Il y a des personnes formidable qui ont accepté de travailler avec moi et m’ont aidé à donner vie à ce film. C’est grâce à elleux que j’ai compris que malgré les grosses difficultés tout ira bien. L’un de mes plus gros challenges aura été de transmettre ma vision aux chefs.fes de poste et de leur faire confiance pour servir cette vision tout en l’enrichissant avec leur sensibilité et univers propre. Je suis hyper heureux du résultat et je leur suis entièrement reconnaissant d’avoir supporté mes doutes et mes moments « saboteur » haha.

Comment avez-vous construit les personnages de Vanille, Frédérique et leur entourage guadeloupéen ? Y-a-t’il eu des inspirations personnelles pour ces personnages ?

G. L. : Vous avez bien compris, chaque personnage est un condensé de personnes que je connais et surtout que j’aime! Vanille c’est un peu moi, un peu ma sœur, ma mère, un peu Aurore Auguste qui a signé la majorité des dialogues. On tenait à ce que Vanille soit une petite fille avec du caractère qui sait ce qu’elle veut, un peu à l’image des femmes et filles avec qui j’ai grandi. Une jeune fille forte, POTO MITAN (pilier central) comme on dit aux Antilles, qui pour sûr allait diriger l’histoire avec énergie et panache. Quant à Frédérique, elle est ENTIÈREMENT inspirée de la magnifique chanteuse Tricia Evy que j’ai eu la chance de rencontrer lors d’un concert en Guadeloupe et dont la personnalité et la sensibilité ont complètement guidé la façon dont le personnage vit dans le film.

Ces rencontres fortuites sont des cadeaux qui permettent d’ancrer le film dans un réalisme et une authenticité que je trouve indispensable au cinéma. Quant aux autres personnages ils sont tous.tes inspiré.es de personnes de ma famille et de rencontre. J’estime qu’il est bien plus évident de parler de son propre vécu que de s’approprier un « sujet » et d’en faire un film certes exotisant mais qui risque de véhiculer encore des clichés ou des images fausses des personnes concernées.

L’histoire s’enroule autour d’une intrigue mêlant réalité et fantastique, à l’image des productions de Cartoon Saloon. Comment avez-vous géré l’équilibre de ces deux univers à l’écriture ?

G. L. : J’adore les films de Cartoon Saloon !! J’ai eu la chance immense de travailler sur Le Peuple Loup, le prochain long métrage de Tomm Moore et Ross Stewart. En vivant là-bas, je me suis rendu compte à quel point le rapport au mythe est proche dans nos deux cultures pourtant si différentes. En Guadeloupe il est très commun d’évoquer des figures qui ont attrait au folklore et à l’imaginaire. c’est encore très présent. Enfant, j’ai eu la chance de bénéficier de la tradition orale des contes créoles où le fantastique côtoie le réel et c’est tout à fait normal, il n’y a pas de remise en question de cela. Il m’a même semblé enfant avoir assisté à l’apparition d’un Soukounian (boule de lumière volante qui parcourt les campagnes la nuit à la recherche de victimes). C’est un souvenir encore vivace qui m’émoustille à chaque fois que je l’invoque et qui d’ailleurs m’ amené à le mettre en scène dans le film.

Quelle a été la démarche créative d’intégration entre l’animation 2D et les décors en live action ?

G. L. : J’aime bien dire que c’est parce que je ne sais pas dessiner les décors haha, mais la réalité c’est que je voulais perpétuer cette façon qu’a le conte créole d’ancrer les récits imaginaires dans un monde réel afin de créer le trouble chez le spectateur. C’était aussi une façon visuelle de représenter ce que Vanille ressent la première fois qu’elle arrive en Guadeloupe. un dépaysement total. A Paris, les décors sont complètements dessinés. Ce n’est qu’en arrivant en Guadeloupe que la vidéo prend le dessus et plonge la petite Vanille, toujours dessinée, dans un monde qui lui est complètement différent et en même temps terriblement attirant et familier.

Le court métrage Hair Love de Mathew Cherry a amené la question du cheveux comme revendication politique vers le grand public. Comment avez-vous travaillé cette question dans l’élaboration du film ?

G. L. : J’ai l’impression que la question du cheveux se retrouve dans toute la diaspora africaine. Autour de moi, beaucoup de femme et jeune filles sont prêtes à payer une fortune pour altérer la nature de leur cheveux et suivre un canon de beauté imposé par toutes les représentations auxquelles elles sont soumises. Je suis pour que chacun fasse ce qu’il veut avec son corps, mais quand je vois que cela découle d’un désamour de soi cela m’attriste et j’y vois une grande injustice. Il existe tellement de beautés que je trouve dommage qu’un seul type prédomine. Aujourd’hui on assiste de plus en plus au retour du cheveux naturel et c’est vraiment super car avec lui revient aussi un amour de soi qui fait plaisir à voir et qui je trouve est à la base de la guérison de beaucoup de blessures. Dans le film le cheveux représente une partie manquante qui compose l’identité de Vanille qui lorsqu’elle la retrouve, lui permet de se sentir à l’aise et d’agir pour résoudre les problèmes. Je souhaitais m’allier à ce mouvement et y participer en m’adressant directement aux petites filles et aux petits garçons qui aujourd’hui encore malheureusement peuvent ressentir ce décalage.

Le débat autour de la diversité chez les comédien.nes de doublage est d’actualité, notamment suite au départ de Jenny Slate de la série Big Mouth, remplacée il y a peu par Ayo Edebiri. Avez-vous envisagé cette problématique lors de votre casting de voix ? Quel a été votre démarche de travail avec les acteurs et actrices au moment de l’enregistrement ?

G. L. : Je vous avoue ne pas y avoir pensé une seconde. Pour moi il était évident que je travaille avec des acteurices Guadeloupéen.nes ou Antillais.es. Il était vital que l’accent créole soit présent et naturel et avec une bonne connaissance de la culture. Tricia Evy à été notre pierre angulaire car c’est à partir d’elle qu’une bonne partie du casting  » locale » a été trouvé, le frère de son filleul qui joue le rôle de Oba, son cousin, qui se trouve aussi être une bonne relation de ma mère qui joue Papi Sarbacane, Jocelyne Béroard avec qui elle avait chanté et qui joue le rôle de Loulouze, bref un casting plutôt familial à l’image du film et c’était vraiment agréable de travailler avec elleux.

La politique française n’a jamais brillé dans sa mise en valeur des départements d’Outre Mer, et la récente fermeture de France O ne fait que confirmer une fois de plus cette intention. La diffusion de Vanille au plus grand nombre est-elle pour vous un moyen de rouvrir le débat et d’attirer l’attention du gouvernement sur ces sujets ?

Je ne sais pas si le film attirera l’attention du gouvernement en ce sens, bien que ce soit tout le bien que je lui souhaites, mais le fait que France tv soutiennent le film et semble vouloir le mettre en avant ( le film fait partie d’un programme qui sera diffusé sur toutes les chaînes Première) est plutôt bon signe.
Je tiens à préciser que pour nous les auteurs, Vanille est avant tout l’histoire d’une petite fille qui apprend à se construire en retrouvant ses racines, une histoire somme toute universelle, humaine qui s’adresse à tous.tes, dont les héros sont noir.es et qui a la particularité de se passer aux Antilles.

C’est aussi une façon de dire que tous les vécus méritent d’être contés et qu’ils sont aussi intéressants que d’autres auxquels nous sommes habitués. Nous sommes persuadé.es que cela n’empêchera personne de s’identifier aux personnages et de ressentir de l’empathie pour elleux, bien au contraire.

Rendre normal le fait d’avoir accès à du continu qui met en avant la richesse de la diversité sans que cela soit extraordinaire participera grandement à faire avancer les mentalités. Il est temps de rétablir un équilibre et une justesse dans les représentations et si Vanille y contribue alors mon contrat est rempli et je suis prêt à re-signer.

Un grand merci à Jeremy Mourlam et à Guillaume Lorin pour l’organisation et le temps accordé à cet entretien.

Le spécial TV Vanille est prévu pour une diffusion durant l’automne sur l’une des chaînes du groupe France Télévisions.

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