O.A.N.I. – Roujin-Z

O.A.N.I. – Roujin-Z

Alors que Nicolas vous parlait de réalité virtuelle et Meuporg dans sa critique de SAO : Ordinary Scale, revenons sur un OAV mêlant médecine, nouvelle technologie et éthique : Roujin Z réalisé par Katsuhiro Otomo, sorti en cassette (ça ne nous rajeunit pas !) en 1991 et actuellement édité chez Kazé. J’ai longtemps hésité à vous proposer une critique classique, mais le film possède ce brin de folie dû à la liberté totale des OAV de cette époque, qu’il s’accorde tout à fait avec la rubrique O.A.N.I.

Dans un futur proche, l’humanité a réussi à dompter la technologie et bénéficie de tout le confort moderne. Mais un dernier enjeu pèse sur la société : le vieillissement de la population. Pour résoudre ce fléau grandissant, la médecine est remplacée par la robotique avec la création d’une machine nommée le « Z-001 », capable de prodiguer tous les soins nécessaires aux personnes âgées. Kijûrô Takazawa est le premier cobaye contraint à tester ce robot, bien qu’il aurait préféré rester avec son ancienne infirmière, la jeune Haruko. L’expérimentation tourne mal et le Z-001 se transforme en arme de destruction massive…

L’action démarre dans une banlieue paisible, avec en véritable mascotte son gros chat râleur, où la jeune infirmière Haruko prend soin du vieillard malade Kijuro Takazawa. Dès l’arrivée du Ministère de la Santé Publique, la jeune femme va prendre à cœur de défendre le bien-être du vieux monsieur en s’opposant au chef de la délégation, le borné Takashi Terada. Elle agit avec force, naturel et détermination ce qui rend certaines situations drôles, notamment avec ses collègues infirmières et le seul infirmier qui se voit souvent renvoyé d’où il vient lors de ses tentatives de drague lourdingue. Le quotidien médical est respecté dans le sens où on les voit vivre normalement aux côtés des patients, avec toute la fatigue et les pauses nécessaires du milieu hospitalier.

Parmi les bonnes surprises, on retrouve une bande de vieux hackers qui vont prêter main forte à notre équipe d’infirmiers, Haruko en tête. Ils sont dépeint en toute décontraction : clope au bec, pantoufles et peignoirs, ce qui leur apporte un certain swag. Il faut le dire, on voit assez peu de personnes âgées avoir un rapport aussi familier avec la technologie. En plus d’une connaissance encyclopédique des ordinateurs, ils bricolent et touchent aux pièces informatiques à l’image d’un mécanicien et de sa voiture.

Le chara-design des personnages possède un trait typique des animes des années 90 (Dominion Tank Police, Nicky Larson) avec des strabismes divergents tout à fait charmant chez les personnages féminins et cet air terriblement idiot chez les pour leurs contreparties masculines. Ce côté cartoony et un peu crétin des postures s’avère être une bouffée d’air car rappelons-le, l’intrigue principale n’est pas glamour.

Revenons à notre lit multitâche ! (Oui, ça en jette dit comme ça !) Conçu dans le but d’assister les vieux sur le déclin, cette machine a la capacité de soigner tout en s’adaptant continuellement à l’état de santé psychologique comme physique du patient, ici Kijuro. Sur le papier, tout va bien mais cette invention va s’emballer dès lors que l’intelligence artificielle va émuler un « fantôme » de l’épouse défunte, s’emparant du lit high-tech. Le lit va alors s’étendre avec une mécanique bricolée et immense fin de satisfaire la dernière volonté du vieil homme. On assiste à un combat des volontés entre Haruko et la machine, mais aussi entre Haruko et Mr Terada qui défendent chacun un point de vue différent sur la médecine. La première soutient l’importance de l’humain dans sa fin de vie tandis que le second promeut une approche scientifique par le biais de la technologie.

Cet OAV réalisé par Hiroyuki Kitakubo et scénarisé Katsuhiro Otomo concentre les thématiques chères aux réalisateur d’Akira, comme la place de l’humain au sein de la technologie et des méchas imposants (Steamboy). L’évolution du lit donne un mécha aux détails impressionnants évoluant dans des décors soignés. Roujin Z se place dans cette vision prospective du futur que l’on pouvait fantasmer dans les années 80, avec cette touche amusante de machines encore imposantes, couplé à ce sens de l’action que l’on retrouve dans d’autres réalisations d’Otomo (on pense au sketch Stink Bomb de Memories), la dernière demi-heure du métrage prenant la forme d’une fantastique course-poursuite.

Alors que nous vivons dans un monde où l’électronique s’incruste partout, Roujin Z résonne encore étrangement aujourd’hui (le film a plus de 25 ans) et donne à réfléchir sur l’implication de la robotique dans nos vies. On dit souvent que la vieillesse est un naufrage mais elle se révèle être profonde et poétique à travers l’histoire de Kijuro et son lit multitâche. J’ai été agréablement surprise par la maladresse et l’humanité des personnages ayant pris pour mission la fin de vie du vieux, mais aussi touché par cette machine qui se meut dans une volonté ultime.

On est clairement dans le haut niveau des OAV produits dans les années 90, jetez-vous dessus ! Vous en ressortirez conquis !

Roujin-Z – bande annonce



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