Reparti du Festival International du Film d’animation d’Annecy avec le prestigieux Prix Paul Grimault, Decorado est le dernier long métrage en date d’Alberto Vázquez après Unicorn Wars et Psiconautas qui sont comme lui deux adaptations de ses œuvres précédentes.
Arnold, une souris de la classe moyenne au chômage, traverse une crise existentielle profonde. Il vit dans une ville ou l’entreprise ultralibérale A.L.M.A. dirige tout ; abrutissant la population pour mieux imposer sa loi. Contrairement à sa femme María, Arnold a depuis longtemps l’impression que ce monde est irréel et faux Décidant de se rebeller contre la société, quitte à devoir affronter ses soi-disant amis, ses voisins, ses médecins, Arnold élabore un plan astucieux pour s’échapper de la ville afin de commencer une nouvelle vie.
Adaptant à nouveau l’un de ses courts métrages primés, Vázquez change totalement de forme pour Decorado, passant du noir et blanc à la couleur et approfondissant avec le scénariste Francesc Xavier Manuel Ruiz les différents personnages tout en se concentrant sur le couple formé par Arnold et María. Assisté pour la première fois par José Luis Agreda (Mon ami Robot, Buñuel après l’Age d’or) pour la direction artistique, le réalisateur espagnol rend une copie plus intéressante et touchante que Unicorn Wars et aborde plus frontalement des thématiques sociales et économiques par le prisme mélodramatique.

La crise que subit Arnold est déjà l’objet d’un nombre incalculable de films, mais la torsion que lui applique Vazquez transcende le concept : tout est décor et toute sortie potentielle ne donne que sur une autre vue scénique, encore et encore, jusqu’à retourner au début et se réveiller le matin. Que ce soit l’infantilisation de la société autour des personnages, une bienveillance hypocrite de la part de ceux qui représentent l’autorité, les comportement addictogènes menant à des séquences de folies dont la réalité est discutée, tout dans Decorado rappelle la futilité de postures sociales quand la société elle-même est vampirisée par une forme de capitalisme mort vivant, ici représenté par ALMA.
ALMA contrôle tout et tout le monde dans l’univers de Decorado, chaque strate de la société dont essaye de s’extirper Arnold en est une extension, depuis la drogue au médias jusqu’à la police, et ce mélange explosif contribue à enrichir le métarécit du film tout en restant fidèle aux inspirations habituelles d’Alberto Vazquez en tant qu’artiste, que l’on retrouve précisément dans sa galerie de personnages : la star déchue Roni Duck, Ramiro le Rat assassiné qui revient sous forme de fantôme, l’horrible Gregory l’esclave modèle d’ALMA, ce petit monde haut en couleurs possède et évolue dans une esthétique évoquant les vieux cartoons des années quarante.

Côté animation, certaines séquences sont extraordinaires, comme la renaissance de Ramiro, mais je ne préfère pas détailler plus que ça ces morceaux de bravoure absurdes dignes d’être découverts sur grand écran et faisant passer les tentatives d’évasions de Numéro 6 dans Le Prisonnier pour une ballade de santé.
On pourrait être surpris par l’absence de réel rapport avec la religion dans Decorado, une thématique souvent récurrente chez Vázquez, mais c’est ici une arrière pensée puisqu’on évolue dans une récit ou nul ne croit plus en rien et au danger qu’il en découle.
Véritable Ouroboros représentant le malaise actuel, on n’échappe pas indemne de Decorado sans faire preuve d’un peu de cynisme, d’autant plus que le film, plus un constat qu’un appel à l’action, montre qu’il n’y a que l’affection des individus entre eux qu’il reste à sauver, et ce en dépit de tout.
Decorado sort en salles cette semaine.