Je vous avais parlé de Takashi Yamazaki il y a peu de temps puisque le dernier film du réalisateur, Lupin III – The First, sortira sur les écrans français cette année via Eurozoom, et qu’il est déjà en train de travailler sur Stand by Me Doraemon 2, suite du film du même nom. Netflix délivrant très régulièrement de quoi nous ravitailler en japanimation, nous voici en face du long-métrage 3D Dragon Quest : Your Story, adapté du jeu vidéo Dragon Quest V : La Fiancée céleste, publié par Enix sur Super Nintendo en 1992.

En digne fils de son père, Luca décide d’aller sauver sa mère des griffes d’Erebos le Fou, mais il lui faut d’abord trouver l’élu capable de brandir l’épée zénithienne.

Après la nostalgie de Doreamon, c’est donc à celle, moins aisée, d’un classique vidéoludique à laquelle se frotte Takashi Yamazaki, assisté ici d’un grand nom de l’univers Dragon Quest : Yuji Horii (Dragon Quest – la Quête de Dai, bientôt de retour sous forme animée) pour transposer un récit revisitant plusieurs dizaines d’heures de jeu en un métrage d’une heure et trois quarts d’heures.. pari gagné ?

Flora et Bianca ont un double handicap : une écriture des années 90, et un traitement/fonction qui donnent envie de hurler une fois le twist éventé.

L’aventure de Luca est menée tambour battant après une introduction reprenant l’univers graphique de l’époque, et la vie du jeune héros est tout de même bien mouvementée. Suivant le principe du jeu vidéo, son arc narratif est très balisé, depuis l’évasion des mines où il a été emprisonné depuis la mort dramatique de son père jusqu’à la découverte de l’épée zénithienne, seule l’hésitation sur le personnage féminin et le triangle amoureux apporte un brin d’inattendu, hélas très vite corrigé par la main invisible du mar… du scénariste.

Parlons-en des personnages féminins : avec son autoadaptation du scénario vidéoludique de 1992, Yuji Horii ne se remet pas en question un quart de seconde et nous offre des stéréotypes d’une lourdeur assez folle, et il n’y a rien de plus triste que de voir Bianca devenir une bonbonnière pour offrir un fin au dernier acte du film et Flora se mettre de côté d’elle-même, rappelant désespérément que l’on a affaire à un personnage fonction… là encore, le final tente de légitimer de tels choix mais en 2020, il est difficile de ne pas les contester.

Il est intéressant de rapprocher ce film et Stand by Me Doraemon, car au-delà des similarités dans l’équipe qui les a produit, on retrouve cette tendance à viser un public avec la précision d’un laser, appuyant sur tous les boutons de la nostalgie en proposant un toilettage esthétique plus actuel, bien que la manipulation finale change la donne en terme de réception.

La fin du film livre des éléments réflexifs assez intéressants pour nouer cette balade furtive mais hélas trop mécanique dans l’univers du jeu vidéo, donnant un sens à ce rythme si curieux qui découle du film et devrait même servir à inscrire un nouvel exemple probant à la définition du fan-service, tout en divisant le public sur la réelle nécessité de ce genre de geste.Sans spoiler plus avant, si vous n’étiez pas dans le film dans la première demi-heure, le final ne vous surprendra pas tant que ça, mais si vous avez le malheur d’apprécier le spectacle, le retournement de situation pourrait vous exploser au visage et laisser un goût amer en bouche.

Quêter des dizaines d’heures c’est dur. Alors quêter en 1h45…

Bien que potentiellement déplaisant, la fin de Dragon Quest : Your Story a le mérite de poser la question même de l’adaptation des grands standards vidéoludiques, toujours un des plus gros problèmes lorsque l’on passe au long-métrage, comme peuvent le prouver les nombreuses tentatives depuis une trentaine d’années : faut-il viser une fidélité totale à l’univers, comme Kingsglaive : Final Fantasy XV ou se borner à réaliser un produit plus périphérique, comme ce fut le cas pour les récents ou Resident Evil : Vendetta ?

La voie empruntée par Dragon Quest : Your Story est alternative, mais au vu des nombreuses réactions négatives sur l’internet, il faudra attendre un peu avant de juger l’impact réel de cette tentative, qui ressemble plus à un recueil de souvenirs, d’expérience et d’émotions assemblées linéairement qu’à une réelle transfiguration du matériel de départ, possiblement considéré comme intouchable par Horii.

Une composante absente de la saga Dragon Quest et ne manquant pas vraiment dans cette version 3D est l’absence du character design d’Akira Toriyama. Les personnages ont en effet été redesignés pour se prêter à une meilleure modélisation et le moins que l’on puisse dire, c’est que le film en sort grandi. Le travail de sculpture des personnages est vraiment appréciable et l’on gagne en harmonie et naturel, d’autant plus que Shirogumi et Robot ont donné le maximum pour ce qui est du rendu général.

Profitez de l’un de ces moments de complicité entre Luca et Bianca avant de vous lamenter sur la suite des événements

Si l’on met de côté le montage entre les séquences, ces dernières sont souvent très élégantes, certaines courses poursuites entraînantes et dynamiques rappellent qui est aux commandes du film et cette impatience à voir le film Lupin III – The First, bien que pour le moment la filmographie de Yamazaki ne soit pas le meilleur exemple de narrations abouties.

Pour terminer sur une note plus légère, l’incontournable musique du presque nonagénaire Kôichi Sugiyama est bien présente, insufflant une dimension épique qui décuple certaines séquences du film et chatouillera la fibre de qui que ce soit ayant déjà joué à l’un des nombreux épisodes de la saga. Mais est-ce suffisant ? En tant qu’objet surfant sur l’un des épisodes les plus significatifs de la série, Dragon Quest : Your Story allait forcément s’attirer une attention disproportionnée de la part des aficionados, tout comme ce fut le cas pour le film Final fantasy VII – Advent Chidren. Dans ce cas, la réponse est toute trouvée : rien ne suffira jamais, et les débats seront sans fin.

Bien que Mamoru Oshii fut un précurseur de cette tendance, Dragon Quest : Your Story permet surtout d’affirmer que le Japon est largement capable de facilement produire des films d’animation 3D pour des budgets raisonnables en dehors des conventions établies par l’animation occidentale, malgré le fait que le résultat soit tout aussi imparfait que les œuvres de Shinji Aramaki ou de Polygon Pictures… mais pour combien de temps ?

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