Critique – Dreams


Vétéran de l’animation, Kim Hagen Jensen a notamment travaillé sur les production de Don Bluth dans les années 90, comme Rock-o-Rico ou Les aventures de Zak et Crysta dans la forêt tropicale de FernGully. Il est ici aux commandes de son premier long-métrage, Dreams, basé sur une idée originale qu’il a en projet depuis plusieurs années et sortant chez nous le 29 juillet via KMBO.

Emma est une jeune fille qui partage sa chambre avec Coco son cochon d’Inde. Une nuit, dans son sommeil, elle bascule dans un monde merveilleux. Elle découvre alors qu’elle a le pouvoir d’entrer dans le monde des rêves et de changer le futur. Sa vie devient extraordinaire ! Jusqu’au jour où revenir dans le monde réel s’avère plus compliqué que prévu…

Co-écrit avec Søren Grinderslev Hansen, Dreams prend le parti de raconter une histoire dramatique reposant essentiellement sur ses personnages : Emma est fille unique de John et vivent sous le même toit, la maman ayant décidé de les quitter pour poursuivre sa carrière dans la musique. Si Emma ressent le manque de sa mère, c’est sa relation privilégiée avec son père qui fait tenir leur foyer sur de bonnes bases.Ces dernières seront vite mises à mal avec l’arrivée de Jenny, sa nouvelle demi-sœur et de sa mère, la nouvelle partenaire de John. Le rapport de force entre les deux enfants est immédiat, leur antagonisation mutuelle prenant tous les atours de personnalités blessées pleines d’insécurités aux réactions abusives autant qu’absurdes.

Une escalade qui prend un tour bien plus dangereux lorsqu’Emma découvre l’envers du décors de ses propres rêves : un veste endroit plein de possibilités où chaque personne possède un plateau où leurs songes sont mis en scène comme une pièce de théâtre. Le créateur de ses rêves, Gaff, un être bleu à la tête d’une armée de petit robot, fait tout ce qu’il peut pour soutenir Emma, mais la jeune fille sait désormais qu’elle peut accéder, et même modifier, les rêves de ses proches. De là émerge le désir de changer la personnalité de Jenny, un acte plein de conséquence qui va mettre en danger sa demi-sœur.

Dreams

Si l’illustration de l’intériorité des gens et de leurs rêves par la métaphore d’un plateau de tournage n’est pas neuve, c’est ici l’univers parallèle où ils se déroulent qui devient un élément important de la narration : Emma peut temporairement sortir de son plateau est visiter/influer les rêves d’autrui au grand désarroi de Gaff, qui est tiraillé entre la peur d’être découvert par sa hiérarchie et sa tendresse pour cet enfant en souffrance.

Hagen Jensen et Grinderslev Hansen font toutefois un excellent travail dramatique en insérant ce qu’il faut de personnalité au personnages secondaire entre Jenny, ravagée par un désir de validation et sa mère, dont la personnalité a pris un sacré coup à cause de sa précédente relation. De même, les différentes décisions d’Emma sont montrées comme impactantes et malgré une colère au départ légitime, les actions d’Emma deviennent condamnables et provoquent la catastrophe : un aspect encore trop rare dans nos productions locales, où la colère et la tristesse sont encore proscrites dans ce type de production alors même qu’elles sont constituantes de la personnalité d’un enfant ou d’un adolescent.

Techniquement, ce premier long-métrage pour Hydralab s’avère de très bonne facture, renforcé par le fait que l’histoire comporte un nombre limité de personnages et de décors qui ont pu être soignés au maximum. Si on retrouve les habituels clichés visuels de départ entre Emma et sa sœur Jenny, les silhouettes des parents sont en accord avec leur personnalité, et c’est une joie d’enfin voir un père qui dépasse le statut de « papa gâteau » et qui veut reconstruire sa vie relationnelle tout en gardant un lien avec sa fille. De même, Dreams n’a pas honte de montrer la mère de Jenny comme une personne qui a besoin de se reconstruire et sur laquelle sa fille presse durement pour obtenir ce qu’elle veut.

Dreams

Le coté cartoon des personnages du monde des rêves ajoute un peu de burlesque à ces séquences, entre les techniciens comme Gaff et les acteurs bleu jouant les personnages au sein des songes, ou encore les petits robots chargés des décors, la possibilité pour l’héroïne d’influer sur la mise en scène donne lieu à des moments de gags et de danse un peu fous avant l’erreur définitive qui fait basculer le film dans une aventure intérieure et sentimentale.

Pour ce dernier segment, Hydralab fait preuve de beaucoup d’inventivité en recyclant tous les morceaux de rêves passés jetés dans les profondeurs du monde entre les rêves, un aspect très réussi et lisible qui appuie le côté dramatique de cette recherche entre sœurs tout en évitant l’habituel climax final qui n’a ici aucun lieu d’être.

Au final, je vous recommande cette production danoise qui a le courage d’aller au bout de ses ambitions narratives et nous montrer des personnages qui assument leurs choix et se responsabilisent quant à leur mauvaises actions : On souhaite à l’avenir plus de personnages comme l’héroïne de Dreams !

Dreams, actuellement en salles via KMBO.



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