Critique – Baby Boss 2 : une affaire de famille

Quatre ans après le premier opus et quatre saisons de série disponibles sur Netflix, Tom McGrath revient avec le plus managérial des bébés avec Baby Boss 2 : une affaire de famille.

Tim et Ted, ex-Baby Boss – sont désormais adultes et se sont perdus de vue. Tandis que Tim est père au foyer, Ted est patron d’un fond spéculatif. Mais un nouveau Baby Boss au caractère bien trempé s’apprête à ressouder les liens entre les deux frères…

baby boss 2

Deux hommes et un couffin

Suite à un bon bottage de fesses de la girlboss Tina, fille cadette de Tim, le père au foyer complexé, l’entrepreneur solitaire qu’est devenu Ted va à nouveau devoir faire équipe avec son grand frère pour découvrir le mystère derrière l’école de surdoués de Tabitha, l’ainée de la famille. Jouant avec la dynamique du buddy movie, on découvre au fil d’une course poursuite trépidante les non dits et les rancœurs d’une fraternité délitée. Au fil des années, Ted s’est transformé en caricature du business man bouffi d’orgueil et de solitude, plus proche du Loup de Wall Street que du beau gosse de Pretty Woman. Quand à Tim, il se ronge les sangs sur l’image qu’il renvoie à sa fille en étant un père artiste s’occupant de la bonne marche du foyer. Leurs complexes respectifs rendent les punchlines savoureuses, et grâce à leur immaturité légendaire ils parviennent à faire entrer Precious, le poney offert par Ted, dans l’équation (déjà bien bordélique).

La relation père-fille se trouve être le centre émotionnel de l’intrigue. Tabitha ne cherche pas à être une bonne fille à papa et Tim ne veut pas la forcer à devenir une autre personne. Il est simplement perdu face aux ambitions de sa fille et ne sait pas quelle est sa place au sein de sa nouvelle vie à l’école du Dr Amstrong. A ce niveau, on sort du schéma classique du père strict voulant attribuer à sa fille des qualités masculines pour aller vers une modernité rafraichissante et bienvenue. Cette évolution positive de la figure patriarcale s’inscrit dans nombres de productions mainstream récentes, comme l’encouragement du père de Giulia dans Luca,  mais aussi de la compréhension pour ceux de Dreams et Dans la lune. On passe ici à une autre étape pour Tim avec le fait de gérer le foyer et de s’affranchir de l’image sociale que ce choix laisse transparaitre dans le regard des autres et à fortiori celui de sa fille.

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Les affaires sont les affaires

De son côté, l’intraitable Ted va devoir sortir de sa solitude en supervisant une équipe de bébés aussi frappés qu’authentiquement naturels dans leur gestuelle incohérente. Le bébé en chef se retrouve à négocier avec des compagnons aux qualités déjantés : celui qui aime la colle, celle qui est flippante et celui qui m’a apporté un gros fou rire en se tamponnant le visage du verbe « Penser » (c’est le meilleur !). Le Docteur Armstrong et son plan diabolique agissent d’abord en miroir grossissant mais attractif pour l’ambition florissante de Ted, mais qui en révélera aussi ses limites. Il est d’ailleurs dommage que la Baby Boss Tina, jeune pousse de Baby Corp, n’ait pas eu sa propre affaire à résoudre car elle possède, disons-le, un potentiel et une autorité à faire trembler Elon Musk, sa fusée et ses robots.

Contre toute attente, Tabitha n’est pas coincée dans une rivalité puérile avec sa petite sœur mais doit faire face au harcèlement et à la pression de ses pairs pour atteindre un haut niveau dans sa nouvelle école. Ses harceleurs ne lui laissent aucun répit entre les cours et lui impose un défi de chanter en public, ce qui la tétanise. Il est à souligner que ce choix d’écriture, en plus de rentrer dans des problématiques actuelles, apporte une dimension et une trajectoire propre à Tabitha. On peut tacler le fait que l’imagination et l’inventivité viennent du père, mais on ne peut pas nier la volonté et la détermination de Tabitha à vouloir réussir dans un milieu aussi agressif. Sa situation est l’air de rien un parallèle à la pression subie par les plus jeunes dans leur choix de vie future. Elle est une girlboss à sa façon !

Baby Boss 2 : une affaire de famille sait se montrer à la hauteur de son ainé par son humour en cascade frénétique et sa qualité d’animation. Avec sa galerie de personnages et ses enjeux multiples, on aurait pu craindre que le navire soit difficile à manœuvrer mais Tom McGrath a su mettre à profit son expérience sur Les Pingouins de Madagascar sur cet opus de Baby Boss. Ce nouveau long métrage touche à une certaine modernité thématique avec le harcèlement scolaire et la pression subie par Tabitha, et ce même s’il laisse la petite dernière dans un coin. C’est un divertissement satisfaisant, idéal pour alléger le poids du quotidien en ces temps de rentrée scolaire qui vous est offert sur les écrans de cinéma.

Baby Boss 2 : une affaire de famille, actuellement en salles.

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Muriel
Créatrice et rédactrice en chef de Little Big Animation, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr !
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