Critique – Maman pleut des cordes
Critique – Maman pleut des cordes

Critique – Maman pleut des cordes

Diffusé le 12 février sur Canal+, le moyen-métrage Maman pleut des cordes (co-produit par Laïdak et Dandelooo) a rencontré pour la première fois le public, en attendant de trouver une période propice pour sortir au cinéma suite au bazar de la Covid19. Chez Little Big Animation, on avait grande hâte de le découvrir après avoir vu le work in progress lors du festival d’Annecy 2020 et en avoir plus appris sur la production du projet avec une interview de son réalisateur, Hugo de Faucompret.

Jeanne, 8 ans, est une petite fille au caractère bien trempé. Sa mère, en revanche, traverse une dépression ; elle décide de se faire aider et envoie sa fille passer les vacances de Noël chez sa Mémé Oignon. Jeanne part en traînant les pieds : à la campagne, il n’y a rien à faire, et la maison de Mémé pue l’oignon ! Pourtant, contre toute attente, les vacances s’avèrent être une véritable aventure.

Le résultat final est fidèle à toutes les promesses du projet : des décors oniriques et soignés, des ambiances lumineuses ravissantes qui installent une atmosphère de réalisme magique, des personnages attachants et admirablement incarnés par les comédiens de doublage Céline Sallette (la maman), Yolande Moreau (Mémé Oignon), Arthur H (Cloclo)… On aime particulièrement le franc-parler de Jeanne, campée avec talent par Siam Georget-Rolland.

Le film laisse percevoir ici et là une atmosphère à la Ghibli (dont les productions sont effectivement une source d’inspiration pour Hugo de Faucompret) : quand Mémé Oignon attend l’arrivée de Jeanne, à moitié cachée sous un parapluie façon Totoro, dans l’omniprésence des plantes au sein des habitats, ou encore dans l’onirisme des rencontres (entre Cloclo et Jeanne notamment) et un certain animisme de la forêt. La magie n’est effectivement jamais loin : une pomme qui s’épluche toute seule, Cloclo qui prend son envol… Avec fluidité et malice, le merveilleux s’immisce dans l’histoire sans qu’on ait envie de le questionner car il semble être à sa juste place.

Le personnage de Jeanne, dans ses colères et ses détresses, est particulièrement touchant. Elle se retrouve chez sa grand-mère sans avoir compris où sa mère était partie pendant ce temps-là, et c’est lors d’un face à face avec la grand-mère qu’elle se voit expliquer la situation difficile que traverse sa mère. Dans cette scène très juste et émouvante, c’est par l’intermédiaire de l’explication poétique de Mémé Oignon que la dépression est frontalement nommée, non pas comme une fatalité mais comme un état qui peut être dépassé. Un discours positif qui soulage l’héroïne et laisse entrevoir des jours meilleurs.

C’est aussi un temps d’apprentissage et d’évolution pour Jeanne qui grandit, comprend, découvre et change. Si le Hameau de l’Enfer où vit sa grand-mère n’attire au départ pas du tout Jeanne, elle finit par y trouver des avantages, de nouveaux amis, et même le plaisir de cuisiner les fameuses tartes à l’oignon qui se transmettent de mère en fille !

Et puis, il y a des idées et mises en scène particulièrement réussies dans l’animation : les cheveux de Jeanne qui réagissent à ses émotions comme s’ils faisaient partie du caractère même du personnage, le dynamisme d’objets pourtant inanimés qui se secouent lorsqu’une porte est claquée, la gestuelle bondissante de Mémé Oignon et celle, lourde et encombrante, de Cloclo… Globalement, l’animation est pleine d’énergie et c’est un régal pour les yeux !

La musique de Pablo Pico (L’extraordinaire voyage de Marona) souligne cette belle histoire avec un thème principal sifflé en notes mineures qui évoque à la fois la tristesse de Jeanne mais propose aussi de nombreux morceaux rythmés et espiègles qui accompagnent les découvertes, les jeux d’enfants, ainsi qu’un motif presque symphonique en crescendo sur un registre effrayant lors de la rencontre avec Cloclo. Une bande-son particulièrement diversifiée qui se mêle à merveille aux images. On retient la très belle scène de la forêt qui chante, où des sons presque organiques se mêlent au thème du film.

On regrette presque que les 26 minutes ne soient pas plus longues car Maman pleut des cordes passe à une vitesse folle, tant il se passe de choses. Un rythme et une histoire maîtrisée, qui donnent un film juste, touchant et beau.

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