Critique – Même les souris vont au paradis

Après un passage au festival international du film d’animation d’Annecy, Même les souris vont au paradis, co-production franco-tchèque, réalisé par Denisa Grimmová et Jan Bubeníček est sorti en salles le 27 octobre grâce à Gebeka :

Après un malencontreux accident, une jeune souris au caractère bien trempé et un renardeau plutôt renfermé se retrouvent au paradis des animaux. Dans ce monde nouveau, ils doivent se débarrasser de leurs instincts naturels et suivre tout un parcours vers une vie nouvelle. À travers cette aventure, ils deviennent les meilleurs amis du monde et la suite de leur voyage leur réservera bien des surprises…

Sur une base de buddy movie de l’au-delà, la souris Whizzy et le renard Whitebilly vont dans un premier temps devoir se supporter , puis s’entraider à porter leurs bagages de leur vie passée. La première partie de leur aventure se fait sur un flot continu de reproches et de piques, avant d’entamer une réelle remise en question de leurs choix afin de mieux s’assumer soi-même. La jeune souris déroge au trope de l’héroïne, portée par sa compassion et sa douceur, en étant bouffie par son égoïsme et son orgueil, confortée par son héritage paternel.

Elle va se montrer extrêmement blessante envers Whitebilly, son compagnon d’infortune, mais va devoir accepter ses failles pour avancer plus sereine dans l’au-delà. Ce dernier, froussard et sensible doit lutter contre la violence familiale incarnée par la figure imposante de Grands Crocs, patriarche affamé de sa tribu de renards. Les échanges piquants entre ces deux personnalités a priori incompatibles apportent de la substance aux deux protagonistes mais aussi distance et sagesse à ce voyage.

L’exploration du monde de l’après se fait par différentes strates, où Whizzy et Whitebilly doivent faire le point avec eux-mêmes et leur rapport au monde. Ces strates sont représentées par des mondes avec une forte dimension symbolique : l’école, les bains du paradis, le miroir de l’éternité, la forêt des forêts… Ces étapes deviennent transformatives pour les personnages car elles les mettent en face de chaque rouage et blocage de leur personnalité. On est impressionné par le sens comme l’ampleur de ces décors animés en stop motion. La fête foraine s’anime de façon vivifiante avec ses jeux et lumières, tandis que la forêt des forêts garde toute ses nuances naturelles dans sa révélation des peurs de nos héros. On retrouve la fantaisie des peintres Brueghel et Bosch avec une représentation ludique et départie d’une fraicheur destinée à un public familial. Ce long-métrage est d’ailleurs l’occasion d’ouvrir la conversation sur la mort avec vos enfants dans une ambiance plus détendue et avec une facilité désarmante.

Même les souris vont au paradis propose une vision construite de la mort et fait traverser une trajectoire mature et franche de ses protagonistes. Le film arrive à apporter la subtilité et le point de vue qu’il pouvait manquer à Soul sur la même thématique. Il est aussi agréable de découvrir cette coproduction européenne, portée par une technique de stop motion ambitieuse et de qualité qui allie le savoir-faire étendu des techniques tchèques avec des extensions de décors numériques et une post-production aux petits oignons : tout est d’une propreté admirable sans jamais perdre cette texture qui caractérise l’animation en stop motion, un défaut qui touche notamment les films des studios Laika. Si vous avez l’occasion d’aller découvrir le film, n’hésitez plus ! Vous ressortirez conquis.e par un tel spectacle.

Même les souris vont au paradis, actuellement en salles via Gébéka.

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Muriel
Créatrice et rédactrice en chef de Little Big Animation, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr !
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