Critique – Pil, de Julien Fournet

Le 11 août est sorti sur les grands écrans le film Pil signé Julien Fournet des studios TAT. Après une conférence de presse des plus prometteuses fin juillet, que nous offre réellement Pil et sa ville de Roc-en-Brumes ?

Attention, cet article contient des spoilers.

Pil est une petite orpheline qui vit dans les rues de la cité médiévale de Roc-en-Brume. Avec ses trois fouines apprivoisées, elle survit en allant chiper de la nourriture dans le château du sinistre régent Tristain, qui usurpe le trône. Un beau jour, pour échapper aux gardes qui la poursuivent, Pil se déguise en enfilant une robe de princesse. La voilà alors embarquée malgré elle dans une quête folle et délirante : accompagnée de Crobar, un gros garde maladroit qui la prend pour une noble et de Rigolin, un jeune bouffon cinglé, Pil va devoir sauver Roland, l’héritier du trône victime d’un enchantement. Une aventure qui va bouleverser tout le royaume et apprendre à Pil que la noblesse peut se trouver en chacun de nous.

Une animation et une esthétique de qualité

Je vous avais déjà parlé de la volonté esthétique d’inscrire Pil dans un décor inspiré de l’Occitanie médiévale, pour les détails je vous invite à relire l’article sur la conférence de presse. On peut ajouter à la liste le fameux « Coucarel », régulièrement ponctué dans les phrases de Crobar qui rappelle à l’Occitanie son « Macarel » bien moins châtié ! J’ai aimé la précision du travail sur les costumes très colorés, les tapisseries et l’ambiance musicale.

Il y a un très beau passage musical lorsque nos valeureux compagnons traversent le domaine jusqu’au Bois Maudit, où les paysans chantent sur une musique d’Oliver Cussac, empreinte d’une sonorité médiévale plus classique, plus latine qui fait du bien à l’oreille et change du traditionnel violon enjoué que l’on trouve dans l’animation anglophone (sensé, je suppose, rappeler une campagne irlandaise…).

En ce qui concerne les textures et les couleurs, Pil propose un travail de qualité avec de belles prouesses sur les animaux en terme de fourrure et de fluidité. Les chevelures et tissus ont des mouvements du plus bel effet. Et la luminosité rempli parfaitement les critères d’illuminations et d’émerveillements. C’est une direction artistique brossée et divertissante. Les mouvements et dynamismes des personnages ont une rapidité et une cadence parfois un peu trop proche d’une série télévisée, mais l’œil s’y habitue et se raccroche aux instants de ralentis intenses. C’est clairement un long métrage qui n’a pas grand chose à envier à sa concurrence.

Une intrigue sincère, noyée dans une densité de rebondissements épiques

Il faut le dire, avec un sous-titre aux allures anti-clichés et féministes, je craignais le faux pas. Mais finalement, il n’est jamais réellement question des qualités requises pour être une bonne princesse ou d’ailleurs, une bonne fille. Au contraire, j’ai trouvé l’intrigue assez moderne et simple. Pil a un enjeu personnel de survie et d’acceptation dans une société féodale, et son mensonge n’est jamais présenté comme étant odieux. Elle est égoïste par nécessité.

Et lorsqu’elle doit dire la vérité, c’est essentiellement parce qu’elle ne peut pas tenir sa promesse d’adoubement, n’ayant pas le bon lignage pour l’exercer. C’est donc,du côté de l’enjeu en lui-même, un joli sans faute. Rajoutons que le prince Roland lui-même n’est là que comme un prétexte de quête, et un sujet de bestiaire assez comique (telle une classique et désuète princesse en détresse). Bien sûr, la quête de noblesse et de l’usurpation d’identité n’est pas nouveau (déjà vu chez Kuzco, l’empereur mégalo, Raiponce ou encore Shrek), mais ce sont après tout des enjeux de récits épiques et ce genre de valeurs sûres quasi classique sont toujours attrayantes. Rajoutons un peu d’humour social via Rigolin/Maître Crapulo qui dénonce le système féodal où les uns s’enrichissent du labeur des autres, Crobar et sa quête de l’honneur qu’on lui refuse et voilà un joli trio marginal qui fait plaisir à suivre et à encourager.

Bien que complètement anachronique, j’ajouterai aussi que l’humour de Maître Crapulo, basé sur la lutte des classes, propose un angle de vue, bien plus assumé qu’ailleurs, sur la difficulté de se tenir à son destin lorsque celui-ci ne dépend pas que de la volonté à faire le bien. Cet aspect destiné aux plus grands m’a rendu plus sympathique et plus crédible le propos de Pil sur la noblesse du cœur.

En revanche, le film est rempli de scènes d’actions (qui sont d’ailleurs très léchées, les impacts et explosions sont très intenses et énergiques) et de rebondissements fantasy qui vous laissent peu de temps pour respirer. (Entre autre : un garou licorne, une sorcière viking, un dragon chien, un incendie, une explosion de bâtiment, une explosion de cité, deux combats armés…) Bref, cet enchaînement ne laisse pas vraiment le temps au spectateur de s’attacher à certains personnages. Là où la scène de Crobar offrant un cadeau modeste à Pil relève d’une plus grande subtilité, les deux fausses morts et trois sacrifices de personnages perdent de leur impact.

J’ai eu la sensation que le film ne s’autorisait pas trop de silences où de moments d’introspections qui parfois sont nécessaires aux émotions. On pourrait penser que la réalisation subit encore trop l’influence des attentes d’une série télé ? C’est ici le principal bémol que je trouverai à Pil, et c’est un bémol qui peut trouver satisfaction chez les plus jeunes mais qui est peut-être moins pardonné par un public adulte de plus en plus habitué aux longs-métrages d’animations fonctionnant sur des modèles de narration dramatiques éprouvés.

Pour conclure, ciblé plutôt pour le jeune public, je recommande un peu de patience aux parents qui sauront trouver dans l’esthétique et les décors de quoi se faire plaisir et passer un bon moment. Pil est un film divertissant qui, malgré un rythme intense de série télévisée, offre un joli conte sur la noblesse du cœur, la sincérité des amitiés, la quête de sa place dans une cité, la revanche sur la solitude… dans un décor médiéval pittoresque et enthousiasmant !

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