Critique – Wendell et Wild


Passé en Work In Progress au festival du film d’animation d’Annecy, Wendell et Wild du binôme Henry Selick et Jordan Peele est disponible depuis le 21 octobre sur Netflix :

Il raconte l’histoire de deux frères démons, Wendell (Keegan-Michael Key) et Wild (Jordan Peele), qui demandent à Kat Elliot, une ado difficile rongée par la culpabilité, de les aider à rejoindre le monde des vivants. Mais ce que Kat souhaite obtenir en retour les propulse dans une aventure aussi étrange que comique, une épopée fantastique qui défie les lois de la vie et de la mort.

Des les premières minutes, on nous pose les jalons du parcours compliqué de Kat : de la vie avec ses parents gérants de la distillerie de la petite ville de Rouilleberge, la mort soudaine de ces derniers à la prison pour enfants. La jeune héroïne possède un passé complexe qui la met face à des institutions plus attirées par le profit que par leur propre vocation sociale. Kat s’affirme dans la colère et dans la mise à distance des contacts qui pourraient lui sembler plus insistants. Elle est portée par sa cette authentique rage et il est précieux d’avoir ce parcours qui sort des chemins balisés de la compassion instantanée pour résoudre le moindre problème.

Wendell et Wild, petits démons éponymes possèdent un impact limité dans le sens où ils ne sont que les fourmis travailleuses de la chevelure du démon Belzer. Ils se dessinent tels des éléments déclencheurs dans les choix de vie discutables de Kat. Leur maladresse va permettre à l’héroïne de prendre le recul nécessaire dans sa quête personnelle. Elle va aussi trouver des mains tendues avec son ami Raul et la très solide Sœur Demonia (interprétée royalement par Angela Bassett) dont les soutiens vont lui permettre d’avancer vis à vis de ses démons intérieurs qui, de manière ironique, ne sont pas Wendell et Wild.

Les thématiques sociétales s’étendent tout au long du métrage avec le couple Klaxon, incarnation d’un capitalisme effréné et d’une politique réactionnaire. Ces diaboliques souhaitent prendre le contrôle de Rouilleberge par des voies nauséabondes et passéistes. Cette exploitation sans répit du couple Klaxon nous renvoie à une réalité carcérale et politique actuelle qu’il ne faudrait pas glisser sous le tapis du divertissement. Cette étendue en toile d’araignée des enjeux s’inscrit dans l’écriture incisive de Jordan Peele (Nope, Us) avec en prime une accessibilité grand public.

On retrouve la signature d’Henry Selick dès la scène d’ouverture via la chanson du grand démon Buffalo Belzer, très fête foraine, se révélant comme une réponse à la séquence d’Oogie Boogie de L’Étrange Noël de Monsieur Jack. Sa mise en scène si particulière se distingue durant le métrage dans l’utilisation de la verticalité, comme avec l’exploitation du clocher de l’école catholique et des hauteurs de la zone industrielle. L’espace est ainsi occupé de manière théâtrale lors des moments dialogués entre les protagonistes, respectant ainsi le cadre imposé par la technique de stop motion. Mêlée à l’écriture de Jordan Peele, Wendell et Wild dénote et se rapproche dans sa narration du très cinglé Monkeybone, ce qui m’a valu de sacrés fou rires.

La bande originale de Bruno Coulais (Les Choristes, Le peuple loup) apporte décalage et candeur à l’ambiance funeste qui règne dans Rouilleberge. Cette touche française se ressent jusque dans la piquante sélection musicale du film imprégnée de gospel, de rnb et de punk. Elle se ré-écoute avec plaisir après le visionnage de ce nouvel opus d’Henry Selick.

Wendell et Wild peut décontenancer par son rythme et ses thématiques mais répond haut la main à la maturité et à l’ambition que l’on peut espérer pour un long métrage tous publics. La technique de stop motion se place dans le haut du panier car elle garde la matérialité propre au medium, ce qui est une raison supplémentaire à lancer le visionnage du film. Il mérite toute votre attention et votre soutien, il serait dommage de passer à côté !



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