2020 est l’une de ces années pendant lesquelles, depuis cinq ans, les studios Pixar gratifient le public de la sortie de deux films. Si la grande majorité d’entre nous exulte à l’idée de la sortie de Soul (reportée au mois de novembre), ravie d’y retrouver la veine (revendiquée) de Vice-Versa, il faut bien dire que la promotion d’En Avant, première sortie pixarienne de l’année, n’a pas suscité le même enthousiasme. Les rangs des perplexes étaient bien plus gros que ceux des convaincus (ndlr : faisant partie des enthousiastes de la première heure, j’ai eu bon nombre de fois l’occasion de remarquer l’hésitation du camp d’en face, petite poke à Muriel et Nicolas). Et l’une des causes de cette perplexité du public reposait sur l’identité visuelle et scénaristique d’un film qui ne rappelait a priori pas grand-chose de ce qui est consensuellement reconnu comme « la patte Pixar ».

À juste titre, l’analyse de ce film, qui contribue dans son enveloppe et son contenu à fondre les signatures artistiques de deux studios, rapprochés maintenant depuis plus de dix ans, semble particulièrement justifiée et c’est dans ce sens que je vais mener cet article. Moins une énième chronique cinématographique qu’une réflexion sur le scénario d’En Avant et la réception du film par le public, je compte donc poser ici les bases de remarques et questionnements fondés sur les thématiques du film, leur traitement, et in fine, la place de ce nouveau Pixar au catalogue de la firme disneyienne.

Rappelons quand même de quoi il est question :

Deux frères elfes adolescents, Ian et son frère aîné Barley, embarquent dans une quête extraordinaire pour découvrir s’il reste un peu de magie dans le monde…

En avant

Un film ancré dans son époque

Réflexion sur le monde moderne et technologique

Après Rebelle, Pixar fait un retour au pays de la magie, qui était jusqu’ici l’apanage des studios Disney. Mais serait-ce au final pour mieux réaliser une nouvelle démonstration de ce qui est propre à notre monde contemporain, exercice dans lequel ce studio s’est toujours distingué à travers une multitude de portraits familiaux, sociaux, psychologiques ? En effet, au-delà de la quête aventureuse menée par les deux frères Lightfoot, qui est à la fois familiale et identitaire, le sous-texte du scénario d’En Avant cache une autre thématique, ouvrant et fermant l’histoire, et revenant avec une pointe d’insistance à plusieurs moments du film : le retour aux sources.

Précisons le propos. Le peuple de créatures magiques d’En Avant, qui n’est rien moins qu’une version 2.0 de notre société, a cédé comme nous à l’appel du développement technologique et y a laissé son âme, à savoir sa nature magique intrinsèque, la substantifique moelle des origines. Les fées ont oublié comment voler, les centaures comment galoper, au profit de la facilité des technologies et de l’industrie et d’un immédiat connectique. Si cette réflexion n’est pourtant pas davantage mise en avant par le scénario qui se concentre sur l’angle psychologique du deuil des deux frères vis-à-vis de leur père, elle reste en tête tout au long du film et est rappelée ici où là, lorsque la Manticore retrouve sa nature sauvage où quand les fées redécouvrent l’utilité de leurs ailes, par exemple.

En regardant le film, il est donc difficile de ne pas calquer ce propos sur notre propre société pour en dégager une réflexion qui tendrait vers les problématiques écologiques ou minimalistes actuelles, et les appels à se reconnecter à notre environnement premier afin de se détourner du paradigme de la consommation.

Peut-être est-ce mon âme écologiste qui parle, mais on n’arrivera pas à me détourner de l’idée que la patte Pixar d’En Avant, si le film en a bien une, s’exprime par cet angle d’approche purement social et communautaire. Se déconditionner des habitudes prises inconsciemment pour retourner à la source de l’origine, de l’émotion… et de la communication entre pairs. Quel regret cependant que cette thématique ne soit pas davantage partie prenante de l’histoire et ne constitue qu’un background contextuel qui aurait mérité d’être approfondi. Néanmoins, ce thème énonce une grande vérité : l’individualisme et l’hyperconnexion amplifient les non-dits, et nous éloignent de ce qui fait notre nature première, un être de communication. Et heureusement, cet aspect-là est exploité bel et bien dans le trio relationnel Ian-Barley-Papa.

(Admirez la transition.)

En avant

Dialogue est père de solidarité

Caroline de la team Little Big Animation a très justement remarqué la pertinence du propos consacré à la communication entre protagonistes masculins dans le film.

D’une part, entre Ian et son grand frère Barley. Malgré l’omniprésence de ce dernier auprès de son petit frère pendant tout le temps qu’ils ont passé à grandir ensemble, on sent un vide creusé par la différence de parcours et d’intérêts des frères. L’aîné, jeune adulte, a abandonné les études pour consacrer son temps à ses passions de l’histoire de la magie et du bricolage ; le cadet, ado introverti, tente de s’intégrer à l’école et rêve de marcher sur les pas de son père qu’il n’a pas connu. La quête est donc l’opportunité pour les deux personnages de s’apprivoiser l’un l’autre afin de se rapprocher de nouveau et entrer dans une zone de confiance qui instaure les confidences.

D’autre part, entre les deux frères et ce père trop tôt disparu. Barley est le seul à l’avoir connu, et Ian entretient de ce fait un regret inexprimable à l’égard de ce parent qui ne l’a pas vu grandir. Dès lors que l’enjeu de ramener le père à la vie pour une journée fait son entrée dans l’histoire, ce contexte familial prend un sens particulier aux yeux du protagoniste principal. Mais l’entrée dans la quête ne peut se faire que par un adjuvant. Tout d’abord, un incident : le sort foire, on ne ramène du père qu’une paire de jambes, et le compte à rebours s’enclenche pour tenter de terminer le travail inachevé avant le coucher du soleil.

Comment communiquer avec une moitié de parent, surtout lorsqu’il s’agit de la moins expressive ? Cette problématique très importante dans le film est traitée avec un ressort plutôt inattendu mais non moins pertinent. Le père n’ayant que ses jambes et ses pieds pour tout moyen d’expression, il revient aux frères de trouver un moyen de communiquer avec lui, au-delà des mots. Cela est rendu possible par un vieux code complice entre Barley et son père, j’ai nommé “le tapotage de pieds”, via lequel on se reconnecte aux souvenirs d’enfance. La scène de danse dans une station-service, autre ressort de la communication, est en ce point particulièrement drôle et touchante parce qu’elle montre avec acuité que les mots ne font pas tout et que la communication corporelle a sa part d’importance.

Pixar use donc avec pertinence de cet élément scénaristique en faveur d’une démonstration sensible autour de l’expression des sentiments, une difficulté qui survient d’autant plus fort lorsqu’on est ado, qui plus est jeune homme, et qu’on s’est certainement entendu répéter pendant moultes années que les émotions étaient réservées aux filles. Comme me l’a dit très justement Caroline, les jeunes garçons qui auront vu le film sortiront très certainement grandis de cette représentation émotionnelle des pairs masculins. À croire que les codes s’inversent pour de bon : les héroïnes deviennent “badass”, et les héros émouvants… quitte parfois à sacrifier leur existence sur l’autel du girl power (bonjour Kristoff !). Mais ceci est un autre débat, que j’investirai plus tard… ou pas.

Pour conclure sur cette première partie, En Avant est donc un film résolument ancré dans son époque et on peut souligner en sus l’effort d’inclusivité sociale (avec la famille monoparentale puis recomposée de Ian) et de genre (avec le personnage de la policière lesbienne). Même si cette caractéristique reste encore très (trop) marginale, il convient de saluer le propos. Mais si je devais titiller le sujet en allant un peu plus loin, je suspecterais bien la facilité. Dès lors que les personnages d’un film ne sont que des créatures mystiques et pas de véritables humains, ça compte seulement à moitié, pas vrai ? (Ça se voit que j’attends de pied ferme la prochaine incursion sur le terrain de l’inclusivité chez Disney-Pixar).

Quoi qu’il en soit, le combo communication émotionnelle + inclusivité ressemble plutôt bien à l’audace signée Pixar à laquelle on a été habitué.es. De même, introduire le film dans le genre de la fantasy va dans ce sens, même si c’est ce qui le fait inévitablement basculer dans un aspect beaucoup plus disneyien.

En avant

L’entrée dans la fantasy

Les bonnes vieilles recettes font les bons gâteaux (c’est de moi)

C’est le moment où j’étale mon savoir en empruntant au schéma actanciel de la narratologie (à tes souhaits), théorisé par Greimas. Le conte de base est toujours fondé sur une quête entreprise par un héros, lui-même aidé ou empêché par un ou plusieurs adjuvants et opposants. Les studios Disney tirant leur héritage de la plus pure tradition du conte oral et écrit, la plupart des films se basent encore aujourd’hui sur ce schéma qui fonctionne si bien. Dans En Avant, Barley est l’adjuvant qui fait entrer la fantasy dans le présent. Passionné par le passé magique de son peuple, il tire parti de toutes les connaissances engrangées sur le sujet de la magie. Connaisseur du genre, c’est lui qui vient à la rescousse de Ian pour lui faire franchir les niveaux du jeu, en quelque sorte.

C’est une fois qu’on a introduit le personnage geek et passionné de Barley, et saisi l’importance de son savoir magique, que le récit peut basculer dans la quête avec la transmission de l’objet du défunt père. Le jour des 16 ans de Ian, la mère dévoile à ses deux fils l’héritage de leur père : un bâton magique et sa pierre de Phénix, invitant les enfants à tester une formule assez flippante pour tenter de ramener leur père à la vie pour une journée. C’est l’occasion rêvée pour Ian qui a toujours voulu rencontrer son père.

Les planètes s’alignent. Après quoi, la manipulation du bâton dégénère (accident, cris, effroi !), et l’on se retrouve avec une moitié de père dont on ne sait que faire. De surcroît, la moitié qui ne parle pas, bien évidemment. Les cartes de jeu de Barley apportent l’idée d’une piste pour résoudre cette galère et youpi, on y est, l’aventure nous tend les bras ! Ainsi Barley se fait l’intermédiaire entre cette fantasy oubliée et qui renaît à l’occasion de la quête, et les autres protagonistes, Ian en particulier.

Du côté des opposants, Pixar recycle un motif récurrent chez Disney depuis Les Mondes de Ralph : celui d’un antagoniste dissimulé qui figure à lui seul soit un plot twist, soit un personnage pas manichéen pour un sou, et qui agit selon des motivations justifiées selon son rôle dans l’histoire. Les obstacles rencontrés par Ian et Barley, lorsqu’il s’agit de personnages, sont de nature mouvante et évoluent en même temps que le scénario se déroule. Ainsi la Manticore, les fées, et le chef de police se retrouvent, selon un timing différent, d’abord en position d’opposant puis en position d’adjuvant.

En fin de compte, si le film se détache de la bonne vieille recette du conte de fées, c’est en laissant une grande part à l’introspection. L’obstacle à ta propre quête ne réside pas nécessairement à l’extérieur mais à l’intérieur de toi. Les principaux obstacles que Ian aura à franchir seront donc d’ordre psychologique : confiance en soi, deuil, estime, etc.

Hormis cette patte résolument moderne qui fait la signature des films Disney et Pixar depuis quelques années, le scénario en lui-même n’a rien d’innovant, et se révèle même très linéaire. En revanche, s’il y a une inventivité à souligner dans le film, c’est celle de l’incorporation de l’univers et des codes de la fantasy, au sein du scénario et de l’environnement graphique et visuel.

En avant

Artefacts de la fantasy

Les artefacts sont, dans le film, ce qui permet l’incursion de la magie dans un monde qui en était a priori dépourvu. Cela passe par les fameuses cartes à jouer que Barley trimbale avec lui, le coloriage du restaurant de La Manticore qui se transforme en plan, ainsi que d’autres objets plus merveilleux tels que la pierre de Phénix. Y sont incorporés également des codes du jeu de rôle, des livres-jeu (« Le livre dont tu es le héros », paye ton enfance à Gallimard Jeunesse) et du jeu vidéo (avec le Big Boss de fin) en empruntant même ses références à de véritables univers existants, confère le fameux Cube Gélatineux qui est source d’un comique de répétition.

Là où réside le tour de passe-passe, c’est dans la manière dont le film réussit à nous faire croire à ce qui se déroule sous nos yeux, quand bien même cela paraît complètement absurde. Parce que la quête de Ian et Barley s’improvise et se rafistole sur place, au fur et à mesure qu’ils avancent, on est proche du pretending game propre au monde de l’enfance. À mes yeux, cette quête emprunte autant au “play” et au “game” définis dans la sociologie de l’enfance par George H. Mead (dans les années 30), qui représentent respectivement le “jeu libre” où l’on endosse un rôle, et le “jeu réglementé” par des règles (celles de la fantasy, en ce qui nous concerne).

L’exemple le plus frappant de cette impression que m’a donnée le film, c’est lors de la fameuse scène à l’Auberge de la Manticore, où tout est déguisement et pretending, la vraie nature du lieu et de sa propriétaire étant depuis longtemps masquée par une consensuelle et ennuyeuse normalité basée sur le capitalisme et le marketing. Dans ce lieu, tout est purement artefact, jusqu’au set de table-coloriage qui se fait deuxième version de la carte au trésor vieille de 300 ans, rabougrie et mystérieuse dont vous avez toujours rêvé quand vous vous transformiez en pirate ou explorateur. On fait avec ce qu’on a, et ça marche tout aussi bien !

Parce que l’histoire rapproche deux tangentes très éloignées, le spectacle réel du quotidien “inchangé” et celui, onirique, de la magie, il joue de l’un et de l’autre sur le fil de la parodie, de manière plutôt bien maîtrisée, il faut le reconnaître. Et c’est sans doute grâce au ton parodique de l’apparition du genre de la fantasy sous les traits de Barley en geek invétéré, et par le biais d’artefacts que tout le monde peut identifier (même ceux qui n’ont jamais touché une carte de jeu de rôle de leur vie), que le mélange des genres se fait de manière réussie.

Encore une fois, en fin connaisseur des règles et codes de l’univers de la fantasy, Barley se fait le parfait intermédiaire et allié, comme ce personnage référent dans ton jeu vidéo qui te préviendrait à tel moment que le danger est proche, ou te filerait des astuces à retenir pour t’en sortir.

Le lien entre le monde moderne et ces éléments imaginaires est mis en scène de manière intelligente et c’est là que se tient le ressort humoristique du film : confère encore une fois la Manticore et son auberge transformée en un énième lieu de restauration thématique à mascotte. Comme dans tout bon film magique, cependant, une part de mystère est gardée puisque, sans que soit donnée aucune explication tangible, c’est Ian qui a le pouvoir de faire de la magie, et non Barley.

Et ce mystère on l’accepte tout à fait. Cela fait partie intégrante de la quête d’identité du personnage, qui s’effectue en parallèle de la quête aventureuse. Que va-t-il faire de ce don ? Va-t-il l’exploiter dans le futur ? La fin est ouverte mais laisse néanmoins entrevoir un élargissement vers le retour aux sources, et les personnages qui prennent plaisir à retrouver leur nature oubliée.

En avant

La quête d’identité, moteur du récit

De la récurrence du motif

Tout auteur incorpore dans son œuvre un peu de son âme (ça a l’air d’une citation intellectuelle d’un grand philosophe, mais c’est de moi jusqu’à preuve du contraire). Dan Scanlon, le réalisateur du film n’est pas en reste et a projeté dans En avant sa propre expérience pour servir le propos d’un film bien plus personnel qu’il n’en a l’air (puisque le motif de l’orphelin est un classique indémodable, d’abord en littérature, notamment jeunesse, puis dans le cinéma qui s’adresse au même public). Le deuil du parent que l’on n’a pas connu et sur la base duquel on voudrait tant se construire, il l’a traité à partir du manque de sa propre enfance.

Peu importe le contexte, on parle le mieux au jeune public (et aux moins jeunes également) au travers de la quête d’identité ou d’apprentissage, motif inusable qui continue d’alimenter la création intellectuelle. Car le propre de l’être humain (et de l’elfe, visiblement), c’est de se chercher, donner du sens à son existence. L’adolescence est le creuset de ces interrogations, et elle a toujours nourri le propos de bon nombre de films chez Disney comme Pixar : La Planète au Trésor, Rebelle, Vaiana, la Légende du bout du monde, Frère des Ours, Ratatouille

Je ne sais plus qui a dit que l’objet d’une quête est plus important que la quête elle-même. Pour Ian, cette quête représente, avant la réalisation de son rêve premier (celui de rencontrer son père), l’opportunité de créer un vrai lien avec son grand frère qui a toujours été là pour lui. Il n’en prendra conscience qu’à la toute fin, au moment du « sacrifice » qu’il entreprend pour résoudre le conflit (j’entends par “conflit” le motif inhérent à la quête du combat final).

Ce qu’il souhaitait si fort ne s’est pas réalisé, mais il a reçu autre chose de cette expérience. Au bout du chemin, on n’obtient pas nécessairement ce que l’on était venu chercher, mais on repart avec quelque chose de précieux, quoi que ce soit.

En avant

Dernières réflexions sur la fusion entre les deux studios

Je voulais conclure ce long-read avec des questions ouvertes sur l’avenir de Pixar au sein de la firme Disney. Tout au long de cet article, j’ai réfléchi au positionnement d’un film comme En Avant au sein du catalogue disneyen, ainsi qu’à la place qu’y occupe désormais Pixar.

On l’avait déjà remarqué en 2012 avec Rebelle, ce n’est pas la première fois que Pixar fait un écart par rapport à sa patte cinématographique pour investir un terrain narratif nouveau. À l’époque, Mérida avait fait des émules en tant que première princesse Pixar. En Avant fait renouer les studios avec une signature disneyenne par le biais d’un retour à l’élément du conte, de la fable, dans cette quête de fantasy entreprise par deux frères elfes, mais on voit bien que les studios réussissent à conserver dans le film ce qui fait leur identité et ce qui les distingue (encore) des films Disney : il s’agit à mon sens d’un regard sociologique plus ancré dans l’actualité de la société.

Même si les personnages qui évoluent à l’écran sont des créatures relevant du merveilleux et du magique, Pixar les place au sein d’un monde moderne ressemblant au nôtre. Mais on sera malgré tout d’accord pour dire qu’En Avant a bien plus la vibe disneyienne actuelle que ne l’avait Rebelle à l’époque, si l’on regarde le film du point de vue de son inscription dans l’identité moderne de Disney. Qu’il s’agisse du graphisme, du duo que forment Ian et Barley et de l’exploitation des éléments du conte de fées. Il est donc tout à fait légitime de s’interroger, à ce stade, sur le chemin tracé par Pixar chez Disney (ou devrais-je dire, pour Pixar par Disney… ?) dans les années à venir.
Edit : quand je dis que pour moi En Avant est particulièrement disneyen, c’est surtout parce que le film s’inscrit pleinement dans l’identité moderne de ce qui fait la narration d’un film Disney depuis environ 2010, là où Rebelle a une narration certes disneyenne mais qui convoque plutôt l’identité des premiers films de princesses chez Disney. Les deux empruntent donc beaucoup à Disney, mais là où Rebelle se distingue des autres films de son époque, et reste identifiée comme un Pixar parce que son héroïne marque le coup, En Avant se fond bien davantage dans l’identité actuelle de Disney. Mais les deux films posent question quant à l’identité de Pixar, c’est certain.

D’une production à l’autre, il devient parfois difficile d’identifier clairement un Disney d’un Pixar et ce au sein même des communautés de fans, alors qu’en est-il du public lambda ? On l’a souvent entendu dire depuis les premiers visuels et trailers, En Avant aurait pu tout aussi bien avoir été réalisé par d’autres studios d’animation tant son visuel et son synopsis se confondaient avec les produits actuels issus de l’industrie cinématographique à destination du jeune public. Alors, finalement, ce film peut-il vraiment se revendiquer de la patte Pixar ?

Est-ce que la logique d’appartenance qui régit la stratégie des studios Disney va mener vers une fusion totale des deux marques que sont Disney et Pixar, au point où il ne sera plus véritablement possible de distinguer les deux catalogues ? L’identité de Pixar ne sera-t-elle désormais incarnée qu’à travers l’univers des réalisateur.rices de ses films ? Nicolas me souffle à l’oreillette une ultime question : qu’en est-il de la position (controversée) d’auteur des réalisateur.rices, et en l’occurrence de Dan Scanlon sur ce film ?

Il me semble que jusqu’ici, Pixar était encensé et apprécié pour cette identité unique qu’on lui prêtait… Je pose très simplement cette question, tout en sachant que nous n’avons aucun pouvoir de décision là-dedans : préférerions-nous assister à une totale union créative des deux studios ? Quel intérêt cela pourrait-il avoir ? Et quel(s) inconvénient(s) ?

Plus que jamais, cette nouvelle production de Pixar prend place à la frontière créative et narrative réunissant ces dernières années plus qu’elle ne sépare les deux studios, confirmant l’identité de la marque “Disney-Pixar”, qui se veut unifiée. Pour autant, la signature pixarienne ne semble pas vouée à disparaître, en témoigne Soul, leur seconde production de l’année, que je mentionnais en introduction et qui annonce une sorte de “retour aux sources”, surfant sur la thématique et l’approche scénaristique de Vice-Versa.

Le panorama de l’évolution de Pixar depuis quelques années ne préfigurerait-il pas une nouvelle modalité scénaristique à la frontière entre les deux studios ? Ou bien, au fur et à mesure, une lente fusion totale avec la création disneyenne ? La suite donnera une réponse à toutes ces conjectures…

En Avant sortira de manière anticipée en vidéo à la demande en France le 23 avril. Soul a été décalé au 25 novembre 2020.

3 Comments

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