La colo magique a commencé sa diffusion sur Cartoon Network France depuis peu ! A cette occasion, voici un entretien ayant eu lieu avec Julia Pott, créatrice de la série et auparavant storyboardeuse sur Adventure Time. Le concept prit tout d’abord la forme d’un pilote produit en 2016 avant que Cartoon Network ne commande une première saison de vingt épisodes diffusés dès juin 2018, puis une deuxième saison qui commencera sa diffusion le 23 juin.

Alors que la première saison a commencé sa diffusion française depuis la semaine dernière, un petit résumé de ce dont parle La colo magique :

Oscar et ses amis séjournent pour l’été à la Colo Magique, un endroit curieux où tout objet s’anime, lieu de vie de yétis sympas, de chevaux qui se transforment en licornes,  et supervisé par des monitrices qui sont en réalité des sorcières.

En 2018, Julia Pott était intervenue lors du panel « Cartoon Network met à l’honneur les femmes dans l’animation » aux côtés d’Eva Lee Wallberg (La Quête héroïque du valeureux Prince Ivandoe) et Lauren Sassen (We Bare Bears) pour parler des difficultés qu’elles ont eu en tant qu’artistes et du contexte de leur travail, montrant à quel point le fait de partager leur expériences respectives est riches d’enseignements quant aux barrières que les femmes peuvent rencontrer dans l’animation. Elle avait évoqué la difficulté d’assumer la fonction même de créatrice de série, ce qui est encore exceptionnel au sein de Cartoon Network, n’étant que la deuxième artiste à assurer un tel poste après Rebecca Sugar.

Julia Pott
Julia Pott

Cette interview a été éditée pour plus de clarté. 

Bonjour Julia, et tout d’abord merci pour le personnage d’Oscar, dont la vérité intérieure est traduite par les objets qui l’entourent, ce n’est pas souvent que l’on a droit à ce type d’animisme dans des séries occidentales.

Merci beaucoup, ça fait plaisir d’entendre ce genre de choses !

Vous êtes intervenue durant le panel à propos de la difficulté que ce fut pour vous de devoir superviser votre équipe sur la série, comment avez-vous géré le fait de devoir leur expliquer en détail la particularité, l’étrangeté de La colo magique.

Je pense qu’on a été très chanceux parce qu’une partie de l’équipe d’Adventure Time est directement passé sur La colo magique, et ce sont des artistes qui sont très doués pour inclure leurs expériences émotionnelles et les appliquer dans leurs storyboards, et la bible qui a été conçue fut la meilleure référence sur les choses que nous voulions explorer.

j’avais également mis a disposition des citations de livres que j’aime et qui donnaient des pistes sur la gentillesse des émotions, tout comme des références à des séries comme Les moomins, à des bande-dessinées comme Snoopy, ce qui donnait le cœur de la série, la direction à suivre : doux, gentil et émotionnel.

C’est d’autant plus évocateurs que les artistes qui travaillaient sur Adventure Time, et qui plus généralement travaillent dans l’animation, sont des personnes introverties. Ce sont des gens comme Oscar, qui comprennent son introversion et peuvent y inclure une partie d’eux-mêmes dans chacun des personnages, et ça a changé des choses.

Ce fut une sacré courbe d’apprentissage, mais ce fut intéressant de voir les storyboards revenir, les lire et se dire « Oh, ok, je ne l’aurais pas fait de cette manière, mais a le voir comme ceci, c’est meilleur ! » (rires)

Je pense que tout le monde est émotionnel et peut inclure de leurs expériences dans les histoires et les outlines que nous fournissons aux artistes, du moment que c’est fait de manière sincère, et je n’ai pas réécrit certains retours de storyboards, ce qui a permis de développer des directions différentes pour la série parce que je sentais que ces éléments étaient plus profonds que ça, ce qui était curieux car ces personnes et moi n’avons pas grandi ensemble.

Différents personnages de La colo magique

J’ai été impressionnée car les artistes ont rapidement saisi qui étaient les personnages et ce qu’il pouvaient leur faire faire.. Au début de la production les outlines étaient plus denses, plus longues notamment parce que les dialogues étaient très spécifiques et permettaient de donner des informations de référence, mais au fur et à mesure, celles-ci maigrissaient car les équipes avaient compris le langage à utiliser, et le processus se réduisait à « plutôt tel mot à la place de tel mot » ou « il/elle le dirait plus de telle manière ».

Je me souviens que dans la bible il était inscrit « pas de blague de pet ! » et l’un des producteurs essayait de me convaincre : « Et une petite blague là, ça pourrait être rigolo ? » et je lui répondais « Non ! » puis il l’a tout de même incluse et ok, elle était marrante alors je l’ai gardé. Puis il a retenté le coup une deuxième, une troisième fois et je suis allé le voir : « une fois ne t’as pas suffi, tu dois recommencer ? » (rires)

C’était devenu un défi ! (rires)

Oui, c’était devenu récurrent et marrant car dès l’épisode suivant, je me suis rendue compte qu’il ne fallait pas forcément être élitiste et que chaque personne de l’équipe s’appropriait les personnages d’où la nécessité de rester ouverte aux autres idées proposées.

Bien sûr, je voulais que la série aille dans une certaine direction mais c’est un processus qui est finalement très organique et le fait d’accepter les formes d’humour proposées a plu à toute l’équipe, car avec le temps la confiance se renforce, on finit par adhérer aux autres propositions car elles vont, au fond, dans le sens de la série.

Oui, au début, vous êtes la capitaine de ce bateau, et à mesure que le temps passe et que votre confiance dans votre équipage grandit, vous tenez plus de l’arbitre.

Définitivement, au début de la production je ne comprenais pas quel était mon rôle, et je prenais le travail à mes collègues pour le modifier, alors que ce qui unit le tout c’est le côté collaboratif du travail, et les indications que je dois donner à mes collègues.

Récemment, le meilleur conseil que l’on m’ait donné fut de regarder les storyboards comme un chirurgien qui examine une opération, et de voir la meilleure manière de raccorder le tout afin que le patient vive. C’est un bon conseil car au début lorsque je donnais des notes à mes collègues pour modifier des boards, et je me disais “oh la la je ne veux pas faire ça car je vais les blesser, je ne vais pas le faire” mais ils ont été si réceptifs et ils sont venus vers moi pour savoir ce qui ne convenait pas.

Passer cet écueil d’expliquer ce qui ne convenait pas en me sentant à ma place et de passer à “ Hey, ceci ne fonctionne pas, essayons de trouver une solution ensemble” sans me sentir mal fut une étape car ça ne me vient pas naturellement de parler des problèmes, car le but n’était de mettre mes collègues dans une situation de vulnérabilité vis-à-vis de leur travail, ni de le dire d’une manière qui ne soit pas productive, voire blessante.

Et ils sont si talentueux et professionnels, les solutions qu’ils ont apportés étaient si bonnes, c’est la nature même de ce type de travail collaboratif et de cette approche.

La colo magique est un double défi : votre première série en tant que showrunner, en plus sur une série originale, et il n’y a pas de mode d’emploi pour ce genre de choses. ça dépend tellement de la personne : Daniel Chong fait de telle manière, JG Quintel d’une autre… et ils ne se croisent pas car il travaillent à des étages différents, donc ne connaissent pas leurs méthodes respectives !

Oui, tout à fait ! (rires)

Tous nos remerciements à Valérie Leroy pour la mise en place de cette interview. 

La colo magique est diffusée sur Cartoon Network France depuis le 30 mai. Retrouvez ci-dessous le premier épisode, « Les badges du mérite ».

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