Interview – Masaaki Yuasa, réalisateur de « Inu-Oh »


Le festival d’Annecy est toujours l’occasion de croiser nos réalisateurs fétiches et de leur poser quelques questions. Masaaki Yuasa n’échappe pas à la tradition avec son dernier né, le brillant Inu-Oh, dès aujourd’hui en salles.

lnu-oh, créature maudite, est né avec une particularité physique l’obligeant à cacher chaque parcelle de son corps. Sa vie de paria solitaire change lorsqu’il rencontre Tomona, un joueur de Biwa aveugle. Ensemble, ils créent un duo singulier qui fascine les foules et deviennent les premières célébrités du Japon. Pour découvrir la vérité sur la malédiction d’Inu-oh, ils devront continuer à danser et chanter, au risque de déranger l’ordre établi.

J’ai vu le film et ce qui ma interpellé c’est la relation au spectacle vivant, au concert, au théâtre. Une influence déjà présente dans vos précédents films. Comment vivez-vous cela et comment cela traverse votre volonté artistique ? 

Masaaki Yuasa : J’ai toujours été attiré par la mise en scène théâtrale, de ce qui se passe sur scène et derrière celle-ci, toute cette machinerie. Pendant la production de Inu-Oh, je suis tombé sur une émission documentaire qui présentait le cirque contemporain, et j’y ai vu une performance d’artistes ou étaient projetées des images de grattes ciels sur de grandes bandes de tissu. Les performers bougeaient, traversaient le décor, ils faisaient des sauts. 

Quand j’ai vu ce tableau, je me suis dit que je pouvais utiliser cela dans mon film. J’ai été influencé par la scène musicale et le spectacle vivant contemporain. 

Inu Oh, de Masaaki Yuasa

Ce que j’ai trouvé intéressant dans la narration de Inu-Oh, c’est cet oubli qui crée le mythe, qu’on ait cette ré-interprétation par la fiction et la transmission de cette vérité historique par l’art. Est-ce que c’était quelque chose de profondément motivant pour vous de mettre en image ceci ? Notamment dans le cadre de l’adaptation du roman…

Masaaki Yuasa : Je ne sais pas si ça rejoint ce que vous dites mais au départ, l’histoire des Heike est une histoire de guerriers ayant perdu leur bataille, et comme vous le savez, on écrit toujours l’histoire du côté des vainqueurs. Dans l’histoire des Heike (abordées dans une autre production de Science Saru, The Heike Story, réalisée par Naoko Yamada, ndr), il y a tellement d’oublis, tant qui n’a pas été écrit. D’où ces séquences de récits des moines aveugles avec leur biwa, où l’on racontait ces histoires de guerriers oubliés. Il y a aussi le théâtre nō où on racontait ces histoires qui n’ont pas été transmises, mais plus formalisées quant à ce qui pouvait y être décrit.

Les personnages d’Inu Oh sont des gens banals et cela, je pense, nous aide à leur porter de l’affection

Masaaki Yuasa

Et c’est l’écrivain Hideo Furukawa qui a écrit sur ces témoignages des moines biwa et du théâtre nō et moi même, aujourd’hui, j’adapte ce roman. J’ai créé ce film sur des personnes inconnues, et dont l’histoire n’a pas été transmise. Je pense que c’est une belle incitation à mieux considérer les gens qui nous entourent, parce que les personnages d’Inu-Oh sont des gens banals et cela, je pense, nous aide à leur porter de l’affection. 

Des histoires comme celle des Heike, qui n’ont pas été vraiment écrites, sans support pour les transmettre fidèlement, font que les gens la racontent avec beaucoup d’exagération. Il y a quelque part dans ces récits des morceaux de l’histoire originelle, mais cela va réconforter ces personnages que l’on raconte leur histoire, même avec ce supplément d’exagération. De toutes façons, il y a une part d’imagination dans Inu Oh que je trouve tout à fait normale. 

Inu Oh, de Masaaki Yuasa

Lorsque j’ai vu le film, il y a quelque chose qui m’a impressionné, et c’est aussi quelque qu’on retrouve dans ses autres films ou séries, c’est le basculement entre le côté exagéré et les moments calmes concentrés qu’il peut y avoir sur les personnages sur leurs ressentis et sur le rythme (du silence ou du montage sonore). Est-ce que sur ce film vous avez voulu pousser ou restreindre cet aspect là ?

Masaaki Yuasa : Sur ce film là, j’ai vraiment travaillé de la même manière que d’habitude. J’ai essayé d’éviter de me reposer sur trop d’expressions exagérées, trop de caricatures.

Depuis que je connais vos œuvres, il y a un profond rapport à la musique. Est-ce que c’est quelque chose que vous avez pratiqué ou que vous pratiquez personnellement ? 

Masaaki Yuasa : Je n’ai jamais vraiment pratiqué et je n’ai jamais composé moi-même, mais si je pouvait maitriser d’un instrument, je serai certainement devenu comme John Carpenter (qui a composé une grande part de la musique de ses propres films, ndr).

Inu-Oh, actuellement en salles.

Tous mes remerciements à All The Anime, Zeina Toutounji et Florence Debarbat, ainsi qu’à Shoko Takahashi pour la traduction.



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