Regarder l’anthologie de courts métrages réunis sous le titre de Love, Death & Robots fut une expérience un brin atypique. En effet, rien ne distingue réellement cette expérience de la vision d’un module de courts métrages lors d’un festival, et les trois mots clés sont eux-mêmes utilisés de manière assez générique dans les dix-huit films présentés.

De plus, un certain nombre de reproches leur ont été adressés, parmi lesquels l’absence de réalisatrice, l’exploitation gratuite de la nudité et du corps féminin et des character design peu inspirés pour les hommes, le tout au sein d’histoires peu originales et au regard très masculin pour un résultat au final assez basique… cette anthologie tombe pour le coup dans les pièges habituels de ce qui est imaginé et attendu dans une œuvre que l’on considère pour les adultes, et l’un des défis que constitue cette tranche cible pour les entreprises qui conçoivent de l’animation qui leur est destiné.

Pourtant, certains films se détachent, soit par le point de vue adopté pour la narration, soit pour leur esthétique qui tranche avec l’aspect très vendeur de l’ultra-réalisme popularisé par Blur et d’autres compagnie, comme Unit Images ou Axis. A tout seigneur, tout honneur :

Zima Blue (11 min) – Robert Valley

Tiré de la nouvelle qui donne son nom au recueil d’Alastair Reynolds, Zima Blue and Other Stories, le court métrage réalisé par Robert Valley (Pear, Cider and Cigarettes, Tron Uprising, les DC Nation Shorts sur Wonder Woman) possède de grandes qualités : son rythme posé, un fond Asimovien évident qui rappelle L’homme Bicentenaire, le sens de l’esthétique distinctif de Valley sur les personnages, les environnements et les superpositions de couleur, le tout produit chez Passion Pictures Paris. Les dix minutes s’enchaînent avec fluidité et mettent de plus en scène deux personnages afro américain d’une anthologie très, très blanche. La réflexion sur la mise en scène et le cheminement artistique valent également le détour dans ce film qui aura bien été le seul à me donner envie de lire le livre dont il a été tiré.

LUCKY 13 (14 min) – Jerome Chen

A l’amorce de LUCKY 13, rien ne m’a préparé à autant aimer ce court-métrage, d ‘autant plus qu’il fait partie d’un sous-genre dont je me méfie terriblement; celui de la fantasy militaire. On retombe dans les bons vieux trope de la poubelle volante ayant mauvaise réputation couplé au destin d’une pilote fraîchement arrivée, qui vont finalement trouver un terrain d’entente. Avec un personnage principal féminin et afro américain et un second rôle asiatique, tout deux non fétichisés, LUCKY 13 laisse déjà une meilleure empreinte, mais le court est également soutenu par une animation béton faite chez Sony Pictures Imageworks, et le rendu réaliste n’en fait pas trop non plus, ce qui reste appréciable. Vétéran de SPI, Jerome Chen nous délivre ici une belle carte de visite qui je l’espère lui permettra d’aller vers d’autres projets de réalisation.

When The Yogurt Took Over (7 min) – Alfredo Torres et Victor Maldonado

Du fun ! Une conception bizarrement étrangère à bon nombre de métrage de cette anthologie, qui se voulait pourtant au départ de Métal Hurlant, dont l’attrait pour pointer des choses absurdes et partir dans des quêtes maboules est ici un peu perdu au profit d’un futurisme sombre et texturé qui finit par donner l’impression que de nombreux courts se déroulent dans le même univers. A contre-pied de cette tendance, le film d’Alfredo Torres et Victor Maldonado adapte une nouvelle de John Scalzi où du yaourt devient conscient et prend la tête de la Terre avant de la quitter pour les étoiles. Nul besoin de robot dans ce court tordant au character design caricatural qui reconsidère la bêtise humaine sous un nouvel angle.

Three Robots (11 min) – Alfredo Torres et Victor Maldonado

Blow Studio et Alfredo Torres et Victor Maldonado pour un autre court assez fun et à la chute assez inattendue sur à nouveau une adaptation d’une nouvelle de John Scalzi. L’absence d’humains dans le film permet d’éviter facilement le piège de l’uncanny valley et l’humour abrasif de ces trois robots donnent un petit rythme agréable, bien que l’on tombe encore une fois dans un des pièges récurrents de l’animation « pour les adultes », à savoir le côté aussi gratuit qu’ordurier du langage.

 Fish Night (10 min) – Damian Nenow

La poésie étant aussi disponible en quantité limitée dans cette anthologie, c’est avec un certain bonheur que j’ai vu Fish Night, réalisé par Damian Nenow (Another Day of Life) avec une belle animation de Platige Images qui, en marge de très belles vidéos pour le secteur du jeu vidéo, va vers une épure émulant la 2D et les aplats de couleur, une technique reprise ici pour raconter la nuit d’un duo de démarcheurs en panne dans le désert. La chute reste toutefois assez prévisible mais l’exécution reste parfaite et le film sait précisément où s’arrêter pour éviter l’ennui.

Et les autres…

Je ne vais pas dire que le reste des courts n’est pas bon, car on est en face de films techniquement très compétents, par des entreprises qui savent ce qu’elles font. The Witness reprends les expérimentations graphiques aperçues dans Spider-Man : New Generations avec efficacité mais reste aussi léger narrativement que problématique dans ce qu’il tente de raconter. Les scénarios de Suits, Shape-Shifter, Sucker of Souls ou Beyond the Aquila Rift laissent franchement à désirer car outre l’exploitation des personnages féminins, certains notions y sont traitées complètement par-dessus la jambe. Reste l’idée même de regarder de beaux courts métrages qui font de jolies cartes de visite, mais est-ce vraiment suffisant ?

J’espère que la saison 2 de Love, Death & Robots fera preuve de plus de bon sens dans le choix aux postes de la réalisation, tout comme dans l’idée de raconter des choses plus radicales, surprenantes et diverses.

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