Critique – Jumpers, l’appel de la forêt

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Grosse attente de cette année ! Jumpers, réalisé par Daniel Chong, est présent au cinéma, riche en huile de castor et doté d’une proposition qui vous donnera envie de répondre à l’appel de la forêt :

On entre dans l’histoire par le biais de l’enfance de Mabel qui partage une relation très forte avec sa grand mère, seule personne de sa famille à comprendre son tempérament impulsif et colérique. Elles partagent ensemble la clairière derrière la maison familiale et l’amour pour les animaux de la forêt. En grandissant, Mabel perd sa personne préférée mais garde une rage intense envers tout ce qui peut interférer entre elle et sa safe place, comprenant le projet de rocade locale et son instigateur : Jerry, le maire de Beaverton.

Avec Jumpers, le studio Pixar nous apporte enfin un personnage féminin crédible au travers de ses expressions de la colère et sa détermination à sauver ce qui lui est cher. Jusqu’à présent, ce sentiment a été surtout exploité par le biais des antagonistes, souvent habitées par l’envie de vengeance : Maléfice, Ursula, Cruella et d’autres. Le temps a fini par leur rendre justice, mais leur caractérisation reste persistante dans la culture populaire. Ici, Mabel utilise et use de sa rage, autant pour sa cause mais aussi contre elle-même en prenant parfois de mauvaises décisions. Ce cheminement émotionnel et sa réalisation se déploient par étape jusqu’à la compréhension totale des enseignements de feu sa grand mère.

L’ambition de Mabel va déborder le Roi George, qui essaye de faire de son mieux

Avec la cristallisation des conflits autour de la clairière et l’opposition envers Jerry, l’intrigue recentre l’enjeu politique et écologique au niveau local. Après avoir été abreuvé de l’écologie pompière de James Cameron, il est nécessaire d’observer la difficulté pour Mabel, rebelle en marge de la société, de mettre en place des actions au sein de Beaverton où les habitants ignorent ou pire, se contrefichent de ses revendications. Aussi, au sein même du royaume animal, on constate que le Roi George, alors au sommet des décisions, peine à faire de son mieux pour assurer le bien être de sa communauté dans l’espace restreint dans lequel toutes les espèces cohabitent tant bien que mal. Cette difficulté à diriger sera exploitée par Castor Mabel, mais je ne vous révèlerai pas comment.

L’intrigue que l’on a parcouru jusqu’à présent ne couvre que la première partie du film jusqu’au saut dans l’inconnu pour Mabel vers le royaume animal. Castor Mabel fait face à une surpopulation animale et un système de survie extrêmement précis qui laissent des situations les plus absurdes se produire, car malgré son premier acte un peu plus sérieux, ne vous y trompez pas, c’est une comédie d’aventure que vous allez voir et vous n’être pas prêt pour les tournants qui y seront pris.

Contrairement à l’a priori qu’on pourrait avoir, Roi George, incarnation de l’état d’esprit millénial, fait ce qu’il peut pour gérer les animaux sans reproduire les travers familiaux, tandis que la volonté de Mabel ne suffit pas à l’empêcher à prendre le pire chemin lorsqu’elle devient plus influente auprès de lui. Durant ce deuxième acte, Mabel est sa propre ennemie et ses choix décideront de la fin du film. Une situation en entrainant une autre, Castor Mabel et Roi George se retrouvent alors confrontés au grand conseil animal qui se révèlera un des grands moments d’humour noir du film.

La séquence du conseil des animaux risque de rester dans les mémoires.

Jumpers parvient à alterner entre les designs réalistes pour les humains et les animaux qui passent du naturalisme quasi documentaire à un style très cartoon dès que les robots animaux sont habités par l’esprit des protagonistes. Les animaux possèdent une carrure ronde et douce mais traversés par des actions chaotiques rendant le métrage terriblement fun et propulsant d’autant plus des gags dont je ne pensais pas Pixar capable.

On pense bien sûr au binôme composé de l’impassible Michel (meilleur personnage, je veux rien savoir) et du survitaminé Tom le lézard mais aussi au trio de scientifiques composée du Dr Sam, de Nisha et Conner, dont les réflexions sont bien senties. Tout ce petit monde est baigné dans une lumière extraordinaire, tantôt vibrante et contrastée chez les animaux et plus terne et artificielle chez les humains mais vous l’imaginez bien, sur un Pixar, cet aspect n’est jamais négligé.

L’aspect communautaire et proche de sa ville était déjà très présent dans sa série Cartoon Network We Bare Bears et Daniel Chong arrive à transformer l’essai en long métrage en mettant en exergue le monde animal en tant que société tendant un miroir déformant à la notre. On revoit avec plaisir les lignes courbes des petits lapins propres à Madeline Sharafian (Alerte Rouge), ici head of story et que l’on avait suivi sur le court métrage Burrow.

La ribambelle d’animaux autour de nos héros est aussi adorable que cinglée

La bande originale composée par Mark Mothersbaugh (La grande aventure Lego, Les Mitchell contre les Machines) nous offre un bel hommage au film d’espionnage mêlé à une instrumentalisation ludique de percussions, mais aussi un motif plein de douceur pour la grand-mère de Mabel qui revient régulièrement tout en étant teinté d’autres variation selon le niveau d’impulsivité de notre héroïne. Aussi, on s’est laissé surprendre par l’utilisation de « We’re working for the week-end » des Loverboy pour un montage de construction de barrage, un morceau que l’on avait plus entendu en salles depuis Zoolander.

La version française, avec Artus (le Roi George), Mallory Wanecque (Mabel), Melha Bedia (Ellen), assure le travail. On sent que l’équipe de comédiens.nes s’est sentie investie sur Jumpers pour donner vie aux personnages.

L’arrivée de Jumpers rend optimiste quant à cette créativité retrouvée au sein de Pixar, on pouvait légitimement douter avec l’avalanche de suite en préparation et les tractations sauvages internes subies au moment de la création d’Elio. J’admets être difficile avec la filmographie du studio à la lampe, le dernier à m’avoir conquise étant Alerte Rouge qui n’a malheureusement pas eu le droit à une sortie en salles à l’époque.

Jumpers, actuellement en salles.