Première créatrice de série originale chez Cartoon Network avec Steven Universe, Rebecca Sugar a commencé en tant que storyboardeuse sur Adventure Time, concevant une partie non négligeable des rapports entre Marceline et la princesse Chewing-gum, ainsi que des chansons désormais inscrites dans le patrimoine du divertissement télévisuel animé comme « I’m Just Your Problem », « Fry Song », « Bacon Pancakes », « Everything Stays » et la chanson de l’épisode final, ”Time Adventure” pour n’en citer que quelques-unes.

Pour les quelques personnes qui n’auraient pas entendu parler de Steven Universe, voici un petit résumé  de la série, qui ne suffit pas à condenser la portée de l’oeuvre en tant que telle (même si c’est un bon point de départ) :

Cette comédie est une tranche de vie centrée sur Steven, le « petit frère » d’une équipe d’extraterrestres magiques — les Gemmes de Cristal — qui défendent la Terre, alors qu’il tente de combler le fossé entre eux et le monde compliqué des êtres humains.

L’artiste est aux commandes de Steven Universe depuis 2013 avec désormais cinq saisons au compteur et un long-métrage prévu pour l’automne, pour un succès qui ne se dément pas et l’équilibre entre épisodes entre tranche de vie et la mythologie de ses personnages fantastiques est ce qui fait l’une de ses plus grandes forces. De passage au Festival International du Film d’animation d’Annecy avec Ian Jones-Quartey pour parler de son processus créatif durant le panel Le Making of de « Steven Universe » de Cartoon Network, Rebecca Sugar m’a accordé un peu de son temps pour parler d’écriture, de musique et de jeu vidéo !

Rebecca Sugar

Steven Universe a désormais dépassé les cinq saisons et un long métrage est actuellement en production. Comment gardez-vous l’inspiration arrivée à ce point ?
Définitivement en continuant de raconter l’histoire et de parler ce ce qui a évolué et ce qui a changé, et de ce par quoi je suis passée. J’ai essayé de garder ça intéressant pour moi et l’équipe en faisant en sorte que l’on puisse passer d’un genre à un autre, que nous puissions faire des histoires de fantasy et, à l’heure actuelle, dans la science-fiction, mais au départ nous étions plutôt dans une série basée sur des mystères avec un côté conte de fées.

J’ai au départ tenté de poser un concept qui puisse soutenir la tension entre ces différents tons et genres afin de d’avoir tout type d’histoires qui nous motivaient à ce moment-là, mais aussi ménager un espace pour que toutes puisent cohabiter. De mon côté, alors que j’étais dans le processus de créer la série, je me suis retrouvée de plus en plus intéressée par ce que je pouvais faire avec cette plate-forme et avec ce public qui était en train de grandir.

Des histoires comme l’épisode « Mindful Education » (La Fusion et l’esprit) qui sont arrivées plus tard sont le type de choses que le public a pu voir et dont il pouvait avoir besoin, et je m’étais laissé submerger par la fabrication de la série, et j’ai été très inspirée par mes collègues, notamment Jeff Liu et Ian Jones-Quartey, pour raconter de plus en plus d’histoires positives qui touchent la vies de notre public, et d’aller vers ça après avoir posé les bases de la série.

La musique prend une une grande place dans l’univers de Steven Universe, quel musicien ou compositeurs vous a donné envie de composer votre propre musique pour la série ?

Eh bien… c’est si passionnant de travailler avec Aivi et Surrashu, mes compositeurs, parce qu’ils prennent les démos très lo-fi et les transforment en de belles compositions donc j’ai eu le sentiment d’être entre de bonnes mains, j’ai toujours su que je pouvais avoir confiance  en leur capacité à prendre mes idées très brutes et de les transcender pour les rendre incroyable, mais je suis également très influencée par les animes…

Améthyste, Grenat et Perle ne sont que les premières de nombreuses gemmes que le public découvre à la vision de la série.

Avec le film qui sort bientôt j’ai pu collaborer avec de nombreux artistes et c’est passionnant, et non pas uniquement par rapport au fait que j’ai le soutien d’incroyables artistes pour lesquels j’écris des chansons et qui sont eux-même de grands compositeurs et paroliers, mais aussi parce qu’être entourée par eux a créé le besoin d’être encore meilleure, car je veux les impressionner et que je veux faire quelque chose qu’ils aimeraient, tout en me permettant d’explorer une facette différente de mon écriture car j’ai l’habitude de faire ça seule, alors que j’aime collaborer sur leur fabrication.

Ce matin, j’ai pu voir le teaser du film, avec les noms des différent.e.s interprètes qui y seront présents, comment s’est passé la ou les rencontres artistiques autour de ce projet ?

Voyons voir… il y a une histoire différente derrière chacun d’entre eux.

Vous pouvez synthétiser si vous voulez.

Lorsque l’opportunité de faire un long-métrage fut de plus en plus probable, j’ai commencé à faire en sorte de me placer au bon endroit et au bon moment et à rencontrer pour demander aux gens s’il pouvaient écrire une chanson et même avant ça, avant même que je sache que je ferai le film, j’essayais de le faire au cas où ça deviendrait une réalité. C’est comme ça que je me suis retrouvée invitée par Chance the Rapper (devenu depuis producteur exécutif sur le film Steven Universe)  à un des ses concerts.

Je suis allée en croisière et sur le même bateau que moi se trouvaient  Eminem et Ted Leo, il m’a fallu peut-être une semaine avant que je ne trouve le courage de leur demander s’ils voulaient écrire une chanson et faire un featuring. J’ai rencontré Gallant, qui avait fait une voix dans la série de Daniel Chong We Bare Bears (dans l’épisode Bears II Men) et qui était passé dire bonjour, et je lui ai également demandé…  Donc oui, dès que j’ai su que ça allait se faire, j’ai su qu’il fallait poser les fondations (rires).

Steven Universe a voyagé partout dans le monde, quel témoignage reçu vous a le plus touché ?

Quand je rencontre des gens qui me parlent de ça… c’est très émouvant pour moi car la série est en partie basée sur des événements et des personnes de mon entourage, donc lorsque je rencontre pour qui ces mêmes situation sont aussi leur vécu, nous partageons quelque part un lien d’autant plus fort qu’à l’origine je n’étais pas vraiment sûre  de comment exprimer ou expliquer toutes ces choses avant que j’ai à les explorer dans la série, donc de savoir que que ça représente pour d’autres personnes, c’est encore plus touchant.

« The Answer », déjà disponible, « The Tale of Steven » sort le 8 octobre 2019 et le jeu vidéo « Save the Light » est téléchargeable sur de nombreuses consoles.

La série se décline maintenant en comic book, en jeux vidéo et en livre pour enfants. Comment travaillez-vous sur ces différents formats ?

Je n’ai pas de connexion avec les bandes dessinées mais j’ai été très impliquée dans le jeu vidéo Save the Light. J’avais des appels hebdomadaires, nous faisons des dessins pour Grumpyface Studios, l’équipe de développeurs. Nous leur envoyions des designs de la série, examinions le look du jeu, j’ai mis les mains sur les dialogues et les images des personnages du mieux que je pouvais.

Ca pouvait être difficile de jongler simultanément entre le jeu vidéo, les livres, la série et le film et ca s’est surtout traduit par de nombreuses journées se finissant tardivement, mais c’est si passionnant de pouvoir raconter une histoire à travers différents médiums, car il y a des choses qui ne sont possibles que dans le jeu vidéo grâce aux options multiples et aussi la manière dont on pouvait montrer Steven et des personnages plus secondaires se réunissant en équipe, faire des fusions ne fonctionnant que dans le jeu, avec des mécanismes de narration ou des choses qui ne fonctionnent que par ce biais.

Le livre « The answer », qui est un livre pour enfant, est aussi une manière de raconter histoire (basé sur l’épisode éponyme « La réponse ») dans un format différent. Il y un nouveau livre qui va bientôt sortir, basé sur l’épisode « Change ta vision du monde », et ce que l’on peut faire avec l’histoire dans le livre est si différent et de tant de manières que ce que nous faisons pour la série, je pense, car ici c’est une manière plus simple et plus abstraite de raconter l’histoire, ce qui me passionne vraiment.

Pour le film à venir, avez-vous travaillé avec la même méthode que pour la série ou totalement différemment ?

Ce qui est fou à propos de ce film est que sa production a fait revenir certains des membres de l’équipe qui nous avaient quitté en cours de route, comme les créateurs de Craig de la crique, Matt Burnett et Ben Levin, donc c’était une sacrée réunion pour Steven Universe dans les coulisses, où se fréquentaient au même endroit le passé, le présent et le futur.

Une partie des saisons de Steven Universe sont disponible en DVD, sur iTunes, Netflix, Prime Vidéo depuis leur première diffusion sur Cartoon Network France. Steven Universe, le film, sera diffusé à l’automne aux USA.

Tous mes remerciements à Valérie Leroy pour la possibilité de cette interview. Pour plus de clarté, cet entretien a été édité. 

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