Interview – Derrière la version française de « Ride your Wave »

Ride your Wave de Masaaki Yuasa arrive dès aujourd’hui en France après une longue attente via Alba Films et All the Anime après un passage au festival International du Film d’animation d’Annecy en 2019, avec des séances en version originale sous-titrée mais aussi en version française.

Hinako, une jeune fille passionnée de surf, déménage dans une ville balnéaire. Lors d’un incendie, elle est sauvée par un pompier nommé Minato. De cet incident va naître une incroyable fusion entre deux êtres que tout oppose. Mais Minato, jeune débutant surfeur, se retrouve un jour englouti par la mer. Alors que tout le monde tente de surmonter sa peine, Hinako s’accroche à l’esprit de son ami, qui rejaillit dans sa vie sous forme d’eau… Commence alors un nouveau chapitre de leur romance.

L’occasion pour nous de pouvoir poser quelques questions à Vanessa Leiritz, qui s’est occupé de l’adaptation française du texte et des chansons de Ride your Wave chez Soundtastic. L’entreprise luxembourgeoise créée par Alexandre Gibert (également le directeur artistique et à l’origine du casting de voix françaises) s’était auparavant chargé de celle de Lou et l’île aux sirènes mais aussi de nombreuses distributions d’EuroZoom comme le dernier Détective Conan ou Lupin III : The First. Ride your Wave étant un film dont la chanson répétée par les deux protagonistes est au cœur de la narration, l’opportunité d’en apprendre plus sur ce sujet était à prendre.

Combien de temps la fabrication de la version française vous a-t-elle pris, depuis l’adaptation du scénario jusqu’à la livraison des voix pour le mixage ?

Vanessa Leiritz : D’une manière générale, il faut compter environ cinq semaines pour faire un long-métrage d’animation. Cela a tendance à se réduire depuis l’arrivée des plateformes de streaming mais on essaie de garder ces délais qui sont un minimum pour garantir un bon travail. Pour Ride Your Wave, il n’y a pas eu de pression et nous l’avons fait en cinq semaines.

Ce n’est pas le premier film de Masaaki Yuasa dont vous vous êtes occupé : quelles ont été les méthodes que vous avez pu tirer de Lou et l’île aux sirènes et qui ont pu bénéficier à Ride your Wave ?

VL : Quand nous avons vu Lou et l’île aux sirènes pour la première fois, nous avons vraiment été séduits par l’originalité du film, c’était un ovni sur tous les plans ! Il était important d’en transposer la poésie et la naïveté. Même s’ils sont tous les deux de Masaaki Yuasa, ces deux films sont cependant très différents, et honnêtement travailler sur Ride Your Wave a été plus simple pour nous car il est plus classique, plus subtil et davantage axé sur l’émotion.

Étant donné la grande place du chant dans l’histoire du film (de plus souvent a cappella), y a-t-il eu une priorisation de son adaptation avant de passer aux dialogues en tant que tel ?

VL : Pas vraiment, car il était important de bien s’imprégner du film avant de passer à l’adaptation de la chanson. Elle a été pensée et travaillée longuement car il s’agit vraiment d’une partie émouvante du film. L’autre difficulté a été de trouver le bon ton lors de l’interprétation. Il fallait qu’elle sonne bien tout en étant imparfaite. Les comédiens étaient capables de l’interpréter beaucoup mieux mais plus que la performance vocale, ce qui comptait c’était que cela reste « normal ». Trouver l’équilibre entre « agréable à entendre » et « je chante sous la douche » a été la partie la plus délicate.

Comment s’est déroulé le casting des voix ? Avez-vous une idée de comédien/comédienne après avoir vu le film en version originale ? 

VL : Le casting est une chose délicate car il faut que la voix corresponde au physique du personnage, mais également que le jeu du comédien soit en adéquation avec ce personnage. Dans ce cas précis la contrainte supplémentaire était de trouver des comédiens étant capables de chanter. Un autre critère est de toujours rester au plus proche de la version originale. Notre choix s’est rapidement porté sur Karl-Line Heller (Mumei dans la version française de la série Kabaneri of the Iron Fortress) et Julien Crampon (voix de Justice Smith dans Détective Pikachu mais aussi celle de Kunio dans Lou et l’île aux sirènes), deux comédiens très talentueux qui avaient la finesse nécessaire pour interpréter ces rôles tout en nuances.

Le choix des mots et des expressions a-t-il été épineux en raison de la synchronisation labiale des personnages ?

VL : Pas vraiment, nous sommes habitués à l’exercice de synchronisation. C’est une gymnastique que l’on acquiert avec le temps. Il y avait un vocabulaire du surf un peu particulier mais rien de très compliqué.

On parle peu du processus d’enregistrement des voix des comédiens de doublage : à ce moment-là, le texte est-il encore modifiable pour des raisons artistiques, plusieurs itérations sont-elles explorées ?

VL : Ce qui compte, c’est que le texte soit fluide, naturel et n’accroche pas l’oreille du spectateur. Pour résumer, notre travail est réussi lorsque l’on ne le remarque pas. À part les chansons, le script VF reste modifiable à tout moment. D’ailleurs, pour s’approprier le texte, les comédiens ont parfois besoin d’y mettre leurs propres mots. Le directeur artistique peut également changer le texte suivant les circonstances, comme par exemple le style de l’interprétation du comédien. On enregistre souvent plusieurs versions, mais au final c’est le directeur artistique qui a le dernier mot. On a plus de libertés avec l’animation, le synchronisme étant souvent plus élastique que pour un film live.

Ride your Wave sort ce mercredi 1er septembre. Tous mes remerciements à Florence Lefevre pour la mise en contact et à Vanessa Leiritz pour sa disponibilité.

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Nicolas
Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d’animations. Adore fureter sur l’internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.
Publications: 741