Premier blockbuster animé sorti depuis la réouverture des cinémas, on l’attendait en mars, puis on ne l’attendait plus. Scooby ! réalisé par Tony Cervone est enfin là ! L’occasion idéale pour revenir sur ce Danois maladroit qui a bercé notre enfance :

La première aventure animée de Scooby-Doo au cinéma raconte l’histoire inédite des origines de Scooby et la plus grande aventure de Mystère & Cie. Scooby! Dévoile comment les amis de longue date Scooby et Sammy se sont rencontrés pour la première fois, et comment ils ont rejoint les jeunes détectives Fred, Véra et Daphné, pour former la célèbre équipe de Mystère & Cie ! Aujourd’hui, après des centaines d’enquêtes résolues et d’aventures partagées, Scooby et sa bande font face à leur plus grand mystère : un complot pour libérer le chien fantôme Cerberus. Alors qu’ils enquêtent pour arrêter cette « chienpocalypse » mondiale, la bande découvre que Scooby à un héritage secret et une destinée plus grande que tout le monde ne l’avait imaginé.

Mariage à la grecque

Afin de recréer un point d’entrée dans l’univers de Scooby Doo, l’histoire s’attache à explorer le lien spécial qui unit Scooby et Sammy. On les suit enfants depuis leur première rencontre jusqu’à ce que leur chemin croise le reste de de l’équipe : Véra, Daphné et Fred, un soir d’Halloween pour la première d’une longue suite d’enquêtes pour Mystères et Compagnie. Cette amitié homme-chien va se développer autour de la mythologie grecque avec la légende de Peritas et d’Alexandre le Grand, une évocation antique permettant de mettre à l’épreuve le lien unique de Scooby et Sammy et révèlant les relations dysfonctionnelles entre DynoMutt et Bryan Falcon mais aussi Satanas et Diabolo. Autant d’interactions et de confrontations qui poussent les deux amis vers leur destinée mythique et il est d’ailleurs intéressant de noter qu’ils sont qualifiés de “couple” et non simplement “d’amis”, c’est dire le caractère indissociable de ce binôme.

Scooby

Dans la continuité mythologique grecque, le long-métrage prend le contre-pied de la figure (super) héroïque avec tous ses personnages masculins. On découvre Brian, fils de Blue Falcon, parfaitement insupportable d’arrogance et de suffisance, au point où on en vient à soutenir Satanas dans sa quête diabolique. Sammy, bousculé dans son amitié canine, va devoir gérer sa jalousie et son côté sombre malgré cette situation, il reste notre anti-héros déglingo préféré. Et Fred, parlons-en de Fred : il est acquis que ce gendre idéal n’est pas le plus utile de la bande mais là, à part être amoureux de la Mystery Machine, il ne fait pas grand chose. On doit tout de même reconnaître que Fred explore ses émotions et attirances amoureuses qu’il finit par accepter sans agressivité ni animosité, ce qu’on aurait pu craindre au vu du profil classique du personnage.

Les personnages féminins ne déçoivent quant à eux pas, même si Daphné remplit le contrat de la compassion pour toutes les situations, elle n’est pas la groupie de Fred. L’iconique Véra, ça se voit que c’est mon modèle (oui, c’est vrai !), est toujours aussi pointue et intelligente et possède en plus un super ordi vintage bricolé avec une vieille imprimante thermique, ça fait plaisir de la retrouver dans cette aventure. Lili, présentée comme l’assistante de… Brian, est toujours dans l’action et ne cache pas son envie d’aller de l’avant. Elle a toujours plusieurs coups d’avance et se révèle être la partenaire naturelle de Dynomutt avec leur communication fluide alors que Bryan fait bruler la maison (c’est une image, bien sûr, il n’y a pas de maison dans l’espace).

Lupin III The First et Scooby ! ont en commun d’être une réactualisation de franchise maintenant quinquagénaire. Les deux possèdent des personnages fortement caractérisés et des véhicules emblématiques. L’exercice cinématographique implique une adaptation et donc quelques trahisons et pour Scooby ! il s’agit de sortir du format de l’enquête des séries et téléfilms pour aller vers les nécessités du blockbuster. Du coup, les compromis sont présents et ne plairont pas à tout le monde.

Scooby

Scooby Snacks à volonté

Scooby-Doo et sa bande font partie intégrante de notre imaginaire pop culturel de par sa longévité, la première série étant apparue en 1969. Ils ont aussi connu différents traitements esthétiques, des couleurs franches de la série originale au style très discuté de Trop cool, Scooby-Doo !. Scooby, Sammy, Véra, Daphné et Fred se sont même incarnés dans des films en live action sous la plume de James Gunn via Matthew Lillard, Linda Cardellini, Sarah Michelle Gellar et Freddie Prinze Jr., ces mêmes acteurs.ices devenu.e.s iconiques que l’on voyait manier le pieu avec dextérité ou être poursuivi.e.s par des tueurs en séries. Depuis, la bande de la Mystery Machine a croisé Batman et le groupe Kiss, pour ne citer qu’eux. La liste des célébrités n’a fait que s’allonger avec la dernière série Scooby-Doo et Compagnie, actuellement diffusée sur France 3.

Scooby-Doo est une franchise qui embrasse son côté protéiforme depuis maintenant quelques décennies et seules les Tortues Ninjas peuvent prétendre à la même trajectoire avec les séries animées récentes. Le film Scooby ! prend le parti de cette ouverture en incluant des personnages issus de Satanas et Diabolo, de l’inédite  Dynomutt the dog wonder et de Capitaine Caverne à  cette nouvelle aventure. L’apparition la plus impressionnante revient sans aucun doute à Satanas, qui se révèle délicieusement ridicule et menaçant à la fois. Le travail anguleux du character design de Sandro Cleuzo a réussi à préserver l’essence de cet antagoniste. (Hin hin hin) Vous allez me trouver pointilleuse mais j’ai apprécié le jeu cartoony sur les orteils sautillants de Capitaine Caverne qui sont la marque de fabrique de la Hanna Barbera. Yabadabadou !

Scooby

Cet hommage au cartoon se retrouve aussi dans la mise en scène avec la reprise du gimmick des plans de poursuites de profil dans la première moitié du film. La scène la plus brillante dans ses couleurs et sa composition est celle de la confrontation entre Scooby et Satanas dans un palais des glaces. Elle dégage la fantaisie des seventies mélangée à une expertise photographique dans ses jeux de silhouettes, tout en gardant ce qu’il faut d’humour. Ce clin d’œil à l’animation limitée des anciens cartoons s’arrête là car l’animation 3D délivrée par Reel FX permet d’explorer d’autres angles de vue plus en accord avec l’aspect action-aventure de l’intrigue.

Malgré cette somme de références à un potentiel univers étendu, le film arrive à garder une ligne esthétique digeste en s’amusant avec des ambiances colorées digne de James Bond et en préservant aussi les codes couleurs des personnages du Scooby gang grâce auxquels on ne les perd jamais de vue à chaque plan. On se sent à l’aise dans les voyages fait dans l’iconique Mystery Machine et l’antre volante de Satanas est un pur hommage aux machineries loufoques de la série Les Fous du Volant. On serait tenté d’en vouloir plus, mais ces apparitions contentent la fan des cartoons du dimanche matin toujours bien présente en moi.

Scooby

Par contre, Scooby se prend les pieds dans le tapis dès lors qu’il tente d’approcher une certaine modernité dans ses blagues, même si la pique à Netflix fait son petit effet, la vanne Tinder passe plus inaperçue. Et qui se souviendra de Simon Cowell, juré d’American Idol ? J’ai du moi-même chercher qui c’était, vraiment on l’avait oublié et il ne nous marquera pas plus après son passage dans le ScoobyVerse. Satanas est supérieur à Simon Cowell sur son character design et sur l’humour, ne me mentionnez même pas.

Dans un registre similaire, les morceaux de musique pop, mis à part la playlist de Sammy et Scooby, occupent beaucoup de place et ne servent pas la narration, d’autant plus que la musique de Tom Holkenborg n’est pas si distinctive que ça. Ces différents défauts sont le signe d’une production qui a duré très, très longtemps : imaginez qu’on nous annonçait un film Scooby Doo depuis l’ouverture du WAG… en 2013 ! Un rafraîchissement de l’écriture de certains points narratifs aurait été bienvenu mais les règles de la production d’animation ne permettent pas à ce niveau les libertés d’improvisation d’une comédie en live action.

Scooby! se rapproche de la dégustation d’un bon burger : on sait qu’on sera calé, qu’il y en aura peut-être trop, mais on y va quand même pour se faire plaisir. La version française fait un très bon travail sur cette sensation nostalgique avec le retour des voix des séries diffusées sur France Télévisions. Rien que d’entendre Scooby et Sammy provoque le rire, c’est tellement efficace. Avec sa nouvelle esthétique, vous pourrez faire profiter à la fois vos enfants et vos parents. Après ce qu’on vient de traverser, il est agréable de s’accorder un moment de pur divertissement et apprécier la vie avec le film de Tony Cervone !

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