Succès surprise d’octobre 2016, Les Trolls avaient émerveillé le public français avec pas moins de 2,7 millions de spectateurs en période de Toussaint, propulsé par une bande originale dynamique portée par Justin Timberlake très en forme, ce qui n’avait pas suffit à séduire Coralie à l’époque.

Poppy et Branche découvrent qu’ils font partie de l’une des six tribus Troll éparpillées sur six pays différents dévoués à six types différents de musique : Funk, Country, Techno, Classique, Pop et Rock. Leur monde vient de devenir bien plus grand et bruyant. Un membre de la royauté hard-rock, la reine Barb, aidée par son père le roi Thrash, veulent détruire tous les autres styles de musique pour faire régner le rock en tant que mélodie suprême. Avec le destin du monde en jeu, Poppy, Branche et tous leurs amis partent visiter les autres pays pour unifier les Trolls en harmonie contre Barb.

L’un  des deux co-réalisateurs, Walt Dohrn, est resté sur Les Trolls 2 : tournée mondiale tandis que Mike Mitchell s’en est parti réaliser La Grande Aventure Lego 2 pour le WAG, une dynamique représentative de la production de ce deuxième épisode, où une partie des artisans du succès sont restés et ont accueilli de nouveaux venus pour renouveler l’expérience assez libre que fut le premier film. Entre l’expansion du monde des trolls et les impératifs liés aux multiples genres musicaux à développer pour l’histoire, j’ai pu poser quelques questions au réalisateur le lendemain de la présentation du film au Festival international du film d’animation d’Annecy.

Walt Dohrn
Walt Dohrn

Bien qu’accompagné d’un co-réalisateur (David P. Smith), vous vous retrouvez plus seul aux commandes. Comment avez-vous fait face au défi d’être à la tête de cette suite et de devoir étendre le monde des trolls ? 

Walt Dohrn : Mike et moi travaillions main dans la main, nous étions partenaires sur le premier film et c’était excitant d’être capable de travailler avec tout ces différents départements et d’avoir carte blanche à l’époque. Il n’y avait rien d’existant pour les trolls, une opportunité devenant de plus en plus s’était offerte à nous de faire un film où tous les personnages et le monde sont a créer… une très belle opportunité !

Pour la suite, il était donc important pour nous d’étendre cet univers et d’aller dans de nouveaux endroits, là où dans le premier film nous n’avions que deux pays : celui des trolls et celui des Bergens. Il était donc primordial d’aller dans ces autres pays trolls et c’était notre objectif numéro un : comment montrer ces nouveau lieux, de quoi ont-ils l’air ? Et c’est comme ça que s’est posé l’idée des contrées et des esthétiques se rapportant à des genres musicaux…

Ce que nous avons pu voir dans le pays de la musique country, avec un décorum très confort à base de couvertures et de carreaux

Walt Dohrn : Oui, c’est ce que ça a donné, c’est ce que nous avons développé avec notre production designer, Kendall Cronkhite (de retour après le premier film, ndr), elle est géniale et nous a aidé à concevoir ces mondes à partir de ce qui avait été élaboré sur le premier Trolls où tout était très basés sur des fibres de tissu et des textures pour exprimer les différentes sensibilités propres aux univers qui sont explorés par les héros. Le monde basé sur la musique country a donc un aspect évoquant les traditionnels patchwork et un aspect propre aux matériaux des cowboys, une associations immédiate pour le public. Nous avons utilisé la même méthode sur le monde du hard rock, qui est représentée avec du cuir et du denim, des piques…

Ce qui peut paraître paradoxal car il y a aussi une image du cowboy très rugueuse et agressive. 

Walt Dohrn : En effet, il y une part de cet aspect dans la country, mais il était nécessaire d’avoir une part d’éléments reconnaissables et plus amicaux, et ce malgré le conflit existant entre les personnages. Nous avons du laisser de côté une partie de cette rugosité à ce profit, et ça s’est aussi fait par l’ajout de nouvelles personnes dans l’équipe, qui ont apporté leurs sensibilité et leur influence à ce film, et à des postes clés : si les producteurs sont les mêmes, de nouveaux scénaristes sont arrivés, et de nouveaux talents apportant d’autres points de vue ont été supervisés par les vétérans du production design et de la direction artistique. Tout comme pour les voix,  Anna Kendrick et Justin Timberlake sont de retour, mais entouré de nombreuses nouvelles voix… c’est un équilibre entre les deux qui permet cette ouverture.

C’est un équilibre fragile car vous entretenez des stéréotypes liés aux fans de ces musiques , comme ceux utilisés pour le heavy metal, qui caractérise ici Barb, l’antagoniste, ce qui donne l’impression que leur utilisation peuvent verser dans une sorte de facilité un peu déconcertante…

Walt Dohrn : Oui, oui, c’est difficile , et il est important pour nous de représenter chacun de ces différents genres musicaux d’une manière authentique, sans pour autant les diffamer eux ou les personnages les représentants, et le besoin d’authenticité nous a poussé à préserver le côté un peu limite des hard rockers, tout en restant accessible au plus grand nombre.

Quelle musique avez-vous écouté durant la production, certaines ont-elles eu une influence sur votre démarche créative ou celle de votre équipe ? 

Walt Dohrn : Oh oui, beaucoup de musique, et de tout vu la part essentielle qu’elle occupe dans l’histoire. On en a écouté un maximum et même si au départ je n’aimais pas trop la country, j’ai dû tellement en écouter que j’ai fini par aimer ça, donc oui ce fut une force d’influence mais il faudra attendre d’écouter certaines morceaux car il y aura à la fin une chanson que Justin Timberlake a écrit qui devrait incorporer tous les genres entendus dans Les Trolls 2 : tournée mondiale et qui dans le même temps existera dans aucun d’entre eux. C’est ma chanson favorite et la plus complexe à concevoir et nous travaillons encore dessus à l’heure actuelle, mais l’idée même qu’elle n’appartient à aucune genre et représente la multitude est la clé.

Et c’était très intéressant car un grand nombre d’artistes que nous avons mis dans le film – et je ne peux pas pour le moment vous parler de gens spécifiques –  sont très authentiques dans l’exploration de leur genre de musique : certains viennent du funk, d’autres de la musique classique et jouer un rôle ne faisait pas partie de leur formation, et ce fut un défi pour eux de venir jouer un personnage dans le film, mais il ont fait du beau travail si on prend en compte ces difficultés.

D’autant plus qu’il était important de garder un environnement de travail créatif où il y a une place faite à l’improvisation que j’ai encouragé tout du long, afin que les artistes mettent d’eux-mêmes et joignent à leurs lignes de dialogues leur personnalité, leur manière de parler et obtenir un résultat naturel de leur performance, ce qui est d’autant plus important lorsqu’on aborde l’angle de la comédie.  Car c’est là où il faut obtenir quelque chose, un instant, un moment qui doit être aussi drôle que naturel. d’où l’obligation d’être ouvert pour explorer les possibilités, au delà de la simple ligne de dialogue.

La comédie reste un genre très difficile à aborder, d’autant plus en animation.

Oui, je pense que c’est le genre le plus complexe à faire, et je pense que beaucoup de comédies viennent en fait de la tragédie, car il faut savoir piocher dans la tristesse pour donner du sens aux moments de comédie. Il faut garder un équilibre entre le tragique et le comique, avoir un rythme et pour moi il est impossible de faire l’un sans l’autre. Si c’est de la comédie pure durant 80 minutes d’affilée, c’est moins drôle que si vous avez des moment de comédie qui viennent soulager le public du tragique qu’ils ont vécu auparavant.

Merci pour vos réponses ! 

Les Trolls 2 : tournée mondiale sort le 1er avril 2020.

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