Critique – Buzz l’éclair


Qui aurait pu dire en 1995 que l’un des personnages phares du premier long-métrage de Pixar, l’inventif et inégalé Toy Story, deviendrait le héros d’un film de science-fiction aussi peu inspiré que ce vingt-sixième film du studio ? Voici donc le spin-off Buzz l’éclair, réalisé par Angus MacLane, sortant en salles cette semaine, un privilège qui n’avait même pas échu au magnifique Alerte Rouge de Domee Shi.

La véritable histoire du légendaire Ranger de l’espace qui, depuis, a inspiré le jouet que nous connaissons tous. Après s’être échoué avec sa commandante et son équipage sur une planète hostile située à 4,2 millions d’années-lumière de la Terre, Buzz l’Eclair tente de ramener tout ce petit monde sain et sauf à la maison. Pour cela, il peut compter sur le soutien d’un groupe de jeunes recrues ambitieuses et sur son adorable chat robot, Sox. Mais l’arrivée du terrible Zurg et de son armée de robots impitoyables ne va pas leur faciliter la tâche, d’autant que ce dernier a un plan bien précis en tête…

Buzz l’éclair commence avec deux cartons successifs, résonnant comme un aveu d’échec créatif : « En 1995, Andy avait demandé le jouet de son film préféré. » puis « Voici ce film », et puis c’est tout. Le film commence, sans jamais revenir sur cette pirouette en forme de triple boucle piqué, qui permet aux équipes de Pixar d’honorer la commande d’un énième film de franchise sans sourciller.

Au-delà de cette décision, qui prouve comme bien souvent que le film a été produit pour de mauvaises raisons (mais c’est le cas de beaucoup d’entre eux), Buzz l’éclair tente de raconter avec beaucoup de sérieux une histoire de science-fiction à l’ancienne que l’on pourrait croire tiré d’un nouvelle et qui aurait pu être réglé en 20 minutes et de la violence graphique dans un segment de Love Death & Robots.

Mais ici, Pixar possède un budget de 200 millions de dollars à brûler et le bébé, écrit et réalisé par Angus MacLane (Le Monde de Dory), se retrouve étiré sur une durée de 105 longues minutes dans lesquelles surnagent quelques bonnes idées, entre des séquences déjà vues trois et en mieux ailleurs et tout un pan narratif copié/collé de La Grande Aventure Lego 2, évidemment en bien, bien moins fun.

Je ne vais pas commencer à vous faire le catalogue des références visuelles que contient Buzz l’éclair car il est de mon devoir de terminer cette critique sans qu’elle ne devienne aussi fastidieuse que ma vision du film, mais sachez que techniquement, le métrage est tout à fait superbe : tout comme Cars 2 en son temps, Buzz l’éclair fait feu de tout bois et propose une esthétique peu inspirée toutefois très travaillée, qui prouve encore une fois toute l’expertise du studio.

Les meilleures blagues du films sont ses hommages à Toy Story 2, et se comptent sur les doigts d’une main

On ressent les efforts de chacun à se tordre comme des bretzels pour fabriquer un univers visuel cohérent autour du ranger de l’espace tout en rendant hommage à la nature toyetique du personnage, sauf que toutes ces tentatives se retrouvent très vite entravées par l’absence de fun induite par la narration : Buzz n’évolue que très peu, et même si c’est le sujet du film, difficile de s’attacher à ce héros qui veut tout résoudre et se refuse à vivre en acceptant ses erreurs passées.

C’est justement là que le film est en partie sauvé : par ses personnages secondaire, depuis sa collègue Alisha (puis sa petite fille Izzy) à l’adorable chat-robot Sox, l’occasion d’être ému avec la trajectoire de la première (dont une scène que Pixar nous devait depuis bien trop longtemps) et absolument mort de rire par certaines postures et réponses du second, interprété en version originale par Peter Sohn (l’artiste qui a tenté de sauver Le voyage d’Arlo du naufrage).

Le mixage sonore du film, très puissant et plutôt en faveur des effets m’a complètement masqué le plaisir d’écouter la musique composée par Michael Giacchino, dont je n’ai retenu aucune note ou thème notable. Le casting vocal original, avec Chris Evans, Keke Palmer, Taika Waititi et James Brolin fait le travail de manière honnête.

Côté version française, les retours dont j’ai eu vent indiquent qu’elle est a fuir de toute urgence (une gageure en France puisqu’en province, peu de cinémas oseront programmer la version originale), seul Michael Gregorio ferait le boulot.

On se retrouve donc avec Buzz l’éclair en face d’un film qui se veut sérieux mais qui se révèle être d’un ennui assez profond, une définition même de l’anti-fun : un paradoxe pour le premier Pixar à sortir en salles depuis le perfectible mais sympathique En Avant.

A l’époque, le film de Dan Scanlon avait fait se poser à Camille la question suivante : où va Pixar ? A en juger par ce dernier film, synthèse même du direct to vidéo au budget bien trop important : dans le mur. Si on prend en compte Alerte Rouge, aller ailleurs et loin de toute franchise existante serait la meilleure trajectoire pour Pixar, et c’est ce qu’on leur souhaite.

Buzz l’éclair, en salles depuis le 22 juin.



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