Créé en 1985, le biannuel Festival international du film d’animation d’Hiroshima fait toujours preuve de goût dans ses sélections de courts métrages. Cette année, j’ai eu l’opportunité de découvrir en avant-première Un cœur d’or, réalisé par Simon Filliot et produit par JPL Films, qui va donc y débuter sa tournée des festivals :

Pour son fils, une jeune mère pauvre est contrainte de vendre ses organes à une vieille femme malade. De la chair, contre de l’or. Peu à peu, la nécessité laisse place à l’appât du gain… En vendant son corps, c’est toute son identité qu’elle aliène.

Le réalisateur Simon Filliot possède une expérience riche et variée dans les techniques cinématographiques avec une inclination pour la stop motion, de la pixiliation sur Les Pensées à la mise en lumière sur Raymonde ou l’évasion verticale et Sororelle. Du multi primé La Ravaudeuse à Un cœur d’or, on y retrouve la présence d’une figure maternelle dévorante et un traitement autour de la “réparation” corporelle à la manière d’un docteur Frankenstein tourmenté.

A propos d’un cœur d’or

Dans une ambiance gothique, on approche une vieille mère malade et son fils chirurgien plastique désireux de lui offrir une nouvelle jeunesse. Ce dernier convoite sans scrupule le corps de la jeune mère contrainte par la pauvreté. Cette histoire d’interdépendance corporelle et pécuniaire se dessine sous le regard innocent et perdu du jeune garçon souhaitant avant tout garder sa mère près de lui. La technique de stop-motion embrasse totalement le remodelage corporel par le travail des rides terreuses de la grand-mère et la chair généreuse, souple passant de sensuel à élément de création. On apprécie le regard distancié sur le corps de la mère et de la vieille femme au fur et à mesure qu’elle se fonde l’une dans l’autre.

La figure du chirurgien aux doigts de Midas d’Un cœur d’or se révèle intéressante car sa position sociale et ses privilèges vont petit à petit se retourner contre lui et ainsi laisser de l’espoir dans une histoire dure dans ses thématiques. Cette fièvre de l’or ne quitte jamais vraiment les personnages grâce au travail sur cette lumière enveloppante et cuivrée de Simon Filliot, à la fois réalisateur et chef opérateur de ce court-métrage. Cette atmosphère évoque les lumières de Guillermo Navarro que l’on retrouve dans la filmographie de Guillermo Del Toro (Cronos, Le labyrinthe de Pan, L’échine du Diable).

Un cœur d’or arrive à trouver un équilibre entre fable gothique, approche frontale de la corporalité et émotion, ce qui en fait sans aucun doute un court-métrage à suivre de près dans sa future carrière en festivals qui commence donc avec cette sélection à Hiroshima où sont aussi sélectionnés Le Petit Renard Gon de Takeshi Yashiro, Per Aspera Ad Astra de Frank Dion, l’adorable The Tiger Who Came to Tea de Robin Shaw, Le nid de Sonja Rohleder (vu dans la compilation de courts L’Odyssée de Choum… en trois films courts), Physique de la tristesse de Theodore Ushev, Mimi & Lisa – les lumières de Noël d’Ivana Šebestová et Katarina Kerekesovà.

Un cœur d’or, présent dans le programme n°2, sera donc visible du 20 au 24 août au Festival international du film d’animation d’Hiroshima. ne le manquez pas !

Un grand merci à Emmanuel Renaud de JPL Films pour sa confiance

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