Critique – Spirit l’Indomptable

Dix-neuf ans après le film original et fort du succès de la série Spirit : Au galop en toute liberté diffusée sur Netflix, les studios Dreamworks relancent un long métrage avec l’impétueux étalon : titré Spirit l’Indomptable, le film est réalisé par Elaine Bogan et Ennio Torresan :

Lucky Prescott a très peu de souvenirs de sa mère décédée, Milagro Navarro, cascadeuse équestre à Miradero, une petite ville à la frontière du Grand Ouest américain. Comme sa mère, Lucky n’obéit ni aux règles ni aux contraintes, ce qui ne va pas sans inquiéter sa tante Cora qui a élevé la jeune fille jusque-là sur la côte Est. Mais après une incartade de trop, Cora décide de la ramener à Miradero, au ranch de son père, Jim. La jeune fille s’ennuie ferme dans ce qu’elle considère d’emblée comme un trou perdu. Mais tout change le jour où elle rencontre Spirit, un mustang aussi sauvage et indompté qu’elle et deux jeunes cavalières du coin, Abigail Stone et Apo Granger, la fille d’un propriétaire équestre du coin et meilleur ami de Jim son père. Lorsqu’un cow-boy vénal et son équipe projettent de capturer Spirit et les siens afin de les vendre aux enchères pour une vie de labeur et de captivité, Lucky embarque ses nouvelles amies dans une aventure exceptionnelle pour sauver le cheval qui a su lui insuffler l’amour de la liberté, le goût de la vie et qui l’a aidé à redécouvrir l’héritage de sa mère et la richesse de ses racines culturelles, dont elle n’avait aucune idée.

Spirit l'indomptable

Les choix de Lucky

Cette nouvelle itération autour de Spirit nous offre la trajectoire de Lucky, jeune fille en prise autant avec les carcans imposés par la haute société américaine que son désir d’émancipation. Après une expérience chaotique chez son ambitieux grand-père, elle va devoir confronter les idéaux rigides de son père afin d’en apprendre un peu plus sur sa mère disparue. La jeune héroïne va découvrir progressivement des indices et artefacts laissés par sa mère dans une pièce tenue secrète. Sa trajectoire d’affirmation de soi, bien que classique, se révèle efficace et menée avec fluidité tout au long du métrage. Heureusement, Lucky rencontre des amies en Apo et Abigail qui apportent fun et relief à l’aventure. Apo et Abigail pratiquent un duo d’humour qui souffle un chaud et froid assez réjouissant au détriment de La Mèche, le jeune frère d’Abigail. On peut donner sans ciller une mention spéciale à Abigail et son cheval aux expressions aussi idiotes que mignonnes à la fois.

L’autre figure féminine notable est tante Cora qui gère (trop ?) son environnement à la perfection et ne manque pas de répartie dans les situations difficiles. Elle compense l’inactivité relationnelle de son frère Jim, le père de Lucky, qui lui pâtit d’un manque de modernité dans son écriture. Il ne quitte pas sa grange, on se demande s’il se lave, il laisse de la dynamite trainer partout dans sa maison… L’ère des chemins de fer et la modernisation de l’Ouest sauvage sont peut-être passés par lui mais il n’en a rien retenu, c’est une certitude. Il est à ce point à la traîne qu’il est difficile de le soutenir même face aux choix dangereux de sa fille, car il fait surtout preuve d’un manque d’observation basique.

Spirit l'indomptable

On continue de l’appeler Spirit

Le traitement de la relation entre Lucky et Spirit se fait dans le respect de la liberté du cheval sauvage, ici second rôle ayant une forme totémique proche des animaux de Yakari (bien qu’il ne parle pas) et elle ne cherche en aucun cas à le domestiquer ou à forcer sa nature. Les deux s’apprivoisent mutuellement dans le contexte du chacun pour soi dicté par la violence de la fin de la conquête de l’Ouest. Les environnements, conceptualisés par le vétéran Paul Duncan, s’inscrivent à la fois dans une pureté de la nature et dans la lignée de l’atmosphère poisseuse et parfois crasse digne des westerns spaghetti. Lors de leur descente en gare, Cora et Lucky sont accueilli par les crachats et le comportement machos des cow-boys des environs. On remarque même en arrière plan une blague sur l’impatience d’aller aux toilettes qui n’aurait pas dénotée dans la saga Trinita portée par Bud Spencer et Terrence Hill.

Dans un registre plus poétique, le film sait offrir des moments oniriques qui rappellent au bon souvenir musical d’Ennio Morricone (Le Bon, la Brute et le Truand, Il était une fois dans l’Ouest) évoqué parfois par Amie Doherty (Undone), et d’autres plus bluegrass dans des décors invitant à l’évasion. L’étalon Spirit emmène Lucky à découverte des grands espaces et de décors à couper le souffle, alternant roches arides et étendues verdoyantes. Le dépaysement est présent pour notre héroïne et ses amies et en tant que spectateur, il est facile de se laisser emporter par l’imagerie proposée, à défaut de complètement vibrer avec le cheminement personnel de notre protagoniste.

Animation anglaise pour étendues américaines

L’animation de Spirit l’Indomptable est notable sur les mouvements et la fluidité des chevaux sauvages en pleine nature. Le character -design des différents personnages est quand à lui assez classique, même si ma préférence va aux tenues des héroïnes qui respectent l’adaptabilité à leurs activités plus proche de la ferme. Lucky et Cora arrivent en robes de citadines pour petit à petit adopter pantalons, chemises à carreaux et petit haut blanc fonctionnel. Avec son budget de trente millions de dollars, le studio Jellyfish Pictures, qui a tout d’abord aussi travaillé sur l’animation de Dragons : Retrouvailles, passe très bien l’exercice du long-métrage, sans atteindre l’excellence de Mikros sur Captaine Superslip.

Le casting vocal est tout à fait à la hauteur dans son ensemble. Les comédiennes Kaycie Chase (Ballerina), Marie Facundo (Ernest et Célestine) et Lily Caruso (L’âge de glace 5) insufflent ce qu’il faut de dynamisme et d’enthousiasme à la petite bande de cavalières. Autre point important, aucune voix superflue n’est attribué aux chevaux dans cette aventure.

Spirit l’Indomptable offre une histoire d’émancipation classique pour Lucky dans la lignée de ce qu’offrait la série diffusée sur Netflix, avec un humour efficace soutenu par le trio infernal d’Apo, Abigail et La Mèche. L’hommage aux ambiances western fait plaisir si vous êtes amateurs du genre. Si votre cœur est accroché au film original, évitez ce visionnage car il est inutile de ressasser ses souvenirs et sa nostalgie. Si vous avez déjà vu des épisodes de la série ou que vous êtes ouvert à cette proposition, vous y trouverez un divertissement honnête pour une sortie familiale.

Spirit l’Indomptable sort le 28 juillet en salles, via Universal Pictures France.

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Muriel
Créatrice et rédactrice en chef de Little Big Animation, amatrice de curiosités et bizarreries animées. Vous pouvez aussi m'entendre faire grawr sur Grawr.fr !
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