Pablo Berger parle de « Robot Dreams » au Weird Market

Nous vous avons déjà parlé de Robot Dreams, le projet d’adaptation en animation du roman graphique de Sara Varon publié en France chez Dargaud sous le titre Rêves de robot, que Pablo Berger a présenté au Weird Market de Ségovie. Le film possède le budget prévisionnel de 5 millions d’euros.

Dans un univers peuplé d’animaux où il est possible de fabriquer des robots pour palier à la solitude, Dog, un chien new-yorkais, se fait un nouvel ami : Robot. Ils jouent à la console, se baladent à Central Park, et deviennent vite inséparables. Mais lorsqu’un voyage à la plage laisse son ami Robot rouillé et immobilisé dans le sable, Dog doit malheureusement retourner seul à sa vie d’avant. Au fil des saisons, il tente de combler le vide émotionnel laissé par cette perte à travers une série d’amitiés passagères, sans jamais véritablement y parvenir. Pour Robot, seuls ses rêves et ses souvenirs heureux de Dog lui apportent un peu de réconfort. Chacun à leur façon, les deux amis s’accrochent à l’espoir de se retrouver un jour… Mais y arriveront-ils ?

« La seule raison de lancer mon premier film d’animation est que je suis tombée amoureux de l’histoire de Robot Dreams, de son approche et de son thème, parce qu’il parle de l’amitié, de son importance, des relations, de la façon de surmonter une perte… mais avec beaucoup d’humour et d’imagination. Elle est également très proche de mon univers et de mes films précédents. C’est pourquoi j’ai décidé de me lancer dans cette folle aventure ».

Pablo confie qu’il est tombé sur cette histoire par hasard : « Je collectionne les livres sans paroles (romans graphiques, nouvelles, illustrations) et Robot Dreams est tombé entre mes mains au moment où je préparais Blancanieves. Je me suis senti très à l’aise avec sa façon de raconter l’histoire… Je l’ai acheté en pensant qu’il s’agissait d’un roman graphique pour enfants, mais je me suis vite rendu compte qu’il parlait aussi des adultes et faisait le lien avec les comics américains underground d’il y a 15 ans ».

« De plus, poursuit-il, il y avait quelque chose dans sa façon de dessiner, dans ce style analogique… qui me rappelait certains des moments les plus heureux de ma vie, en tant que spectateur, qui était lorsque je regardais des dessins animés, enfant, à la télévision . »

Il avoue donc avoir fait une chose « que personne ne devrait faire. A savoir d’écrire un scénario d’un film sans avoir les droits sur l’œuvre originale. Et quand je l’ai terminé, lors d’un voyage aux États-Unis, j’ai rencontré Sara Varon à New York pour prendre un café, et je lui ai dit que je voulais faire un film tiré de sa BD. Elle m’a pris pour un fou, mais je lui ai donné un exemplaire de Blancanieves et l’ai à moitié convaincue sans lui dire que j’avais déjà un scénario écrit. Quelques mois plus tard, je lui ai envoyé le script, elle l’a aimé et nos représentants ont signé le contrat. »

« Depuis lors, la relation avec Sara est très directe et je l’informe de tous nos progrès », ajoute-t-il. « Sara et moi avons très bien communiqué dès le début, elle était surprise que je vienne la rencontrer à New York avec une proposition aussi spéciale. Et elle a immédiatement compris que j’allais la faire l’histoire mienne, que j’allais apporter de nombreux changements et de nouveaux personnages et situations. Heureusement, elle a aimé le scénario, le teaser, les tests… elle m’a donné carte blanche pour faire le film « .

Robot Dreams

La fin d’une amitié

Bien que l’histoire porte sur l’amitié entre un chien et un robot, la vérité est qu’il s’agit de la fin de cette amitié. « Il était une fois à New York dans les années 80″ évoque Pablo. Le protagoniste est Chien, un chien solitaire qui décide d’acheter un robot. Il le construit, ils deviennent les meilleurs amis du monde, et le destin les oblige à se séparer. Et le film joue avec cette inconnue : Robot et Chien se retrouveront-ils ? Mais en même temps, chacun vit ses propres aventures et mésaventures. »

« C’est une tragicomédie. Il y a de l’humour, du drame… et, surtout, beaucoup d’aventures et de surprises. En créant un monde d’animation anthropomorphique, où les habitants de New York sont tous des animaux, cela permet de jouer dans des situations très irréelles, mais aussi très drôles. »

« J’ai été frappé par le fait que c’était une histoire muette, comme Blancanieves. »

Pablo Berger avoue que l’une des premières choses qui a attiré son attention est qu’il s’agissait d’une histoire sans paroles : « Comme je l’ai déjà dit, je collectionne les livres sans paroles et ils m’ont toujours intéressé. De plus, Blancanieves a été une expérience tellement satisfaisante… non seulement en raison du succès qu’elle a rencontré, mais aussi parce que le processus de création était amusant. C’est pourquoi j’ai voulu me retrouver avec le même producteur et une partie de l’équipe, pour me souvenir de cette expérience « .

Pablo a présenté le film à Ségovie accompagné de nombreux membres de son équipe. « J’ai toujours dit qu’un réalisateur de film est aussi grand que l’équipe qui est derrière lui. Et je me sens très chanceux. Le film s’appelle Robot Dreams et j’ai réuni une équipe de rêve pour le réaliser. La société de production est celle de mes derniers films avec la productrice Sandra Tapia d’Arcadia, le musicien est Alfonso Vilallonga , le même que Blancanieves, le monteur est Fernando Franco (La herida), le même que Blancanieves… Il y a beaucoup de connexion avec Blancanieves parce que ce sont des films sœurs. »

« Mais comme il s’agit d’un film d’animation, poursuit-il, nous avons incorporé à l’équipe des personnes avec lesquelles je n’avais jamais travaillé, comme le directeur artistique, José Luis Ágreda (Buñuel après l’âge d’or), le directeur de l’animation est le Belge Benoit Féroumont (Les triplettes de Belleville, Brendan et le secret de Kells), le concepteur de personnages est Daniel Fernández , responsable de Klaus et du Grinch et le directeur de production est Julián Garrauri , responsable d’Agents Super Zéro… Nous avons une équipe de première division. »

Robot Dreams

Une lettre d’amour à New York

« Le film est ma lettre d’amour à New York, qui est le troisième grand protagoniste de l’histoire » confesse Pablo. « J’y ai vécu dix années très heureuses, avec ma femme et ce que je veux, c’est recréer ce New York des années 80 et 90 que j’ai connu. C’est pourquoi le film se déroule durant cette période. »

« Nous voulons être fidèles à la ville, mais aussi la styliser – ajoute-t-il – pour que, d’une certaine manière, ce New York soit aussi une façon d’exprimer la vie dans la grande ville . »

En ce qui concerne ses références, Pablo avoue qu’au « niveau visuel, je répète qu’elle est la sœur de Blancanieves, mais j’ai aussi utilisé des films que j’aime beaucoup. C’est pourquoi vous trouverez des choses de Ghibli et Miyazaki qui me fascinent. J’adore les arrière-plans de ses films parce qu’ils sont très réels et très vivants. Et je veux associer cela à beaucoup de cinéma d’animation européen, que j’admire. Persepolis est l’un de mes films préférés, tout comme Ernest et Célestine… J’aime aussi le cinéma en stop motion, comme Ma vie de Courgette ou Mary et Max. Ce que nous voulons, c’est créer un film qui excite et qui mélange la 2D avec les dernières technologies. »

« J’ai essayé de faire en sorte que les interprétations des personnages soient beaucoup plus proches du cinéma en images réelles que de celles, souvent très exagérées, du cinéma d’animation. »

Enfin, Pablo Berger a annoncé à quel stade se trouve le film : « Nous sommes en production, nous avons déjà passé les phases de développement et nous avons également le story-board et l’animatique réalisés. Nous avons déjà fait des tests d’animation, et nous sommes dans ce que nous appelons la phase de layout . Il nous reste encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous espérons terminer l’animation pour l’automne 2022 et avoir le film prêt à sortir en 2023 et pouvoir le présenter en avant-première dans un grand festival, parce que c’est une coproduction avec la France et nous savons tous que le cinéma d’animation est  là-bas un medium qui intéresse beaucoup. »

Noodles Production (Girls with Balls), basée à Paris, et sa société associée Les Films du Worso, (TimbuktuEffacer l’historique), coproduisent le film en association avec Elle Driver, qui s’occupe des ventes internationales, et Wild Bunch Distribution, que l’on ne présente plus (Mirai, ma petite sœurLa Tortue Rouge).

Le réalisateur avait présenté de nouvelles images de Robot Dreams durant la 13e édition du Weird Market, le marché international de l’animation, des jeux vidéo et des nouveaux médias, et de 3D Wire Fest, le festival international d’animation. Des filmset projets ont déjà été récompensés ces derniers jours, comme Homeless Home d’Alberto Vázquez, Souvenir Souvenir de Bastien Dubois et All Those Sensations in My Belly de Marko Djeska, remportent respectivement les distinctions de meilleur court-métrage national, international et européen dans la section cinéma.

En ce qui concerne l’appel à projets, Roped de Carmen Córdoba a remporté le prix du projet de court métrage Movistar + et Titan Tofu de María Luquero le prix du meilleur projet de série jeune créateur. La liste est complétée par les prix RTVE qui sont pour Call of the Sea comme meilleur projet de jeu vidéo, Desolatium : Prologue comme le projet de jeu vidéo le plus innovant et Moons of Darsalon comme le projet de jeu vidéo Weird Plus.

Source : RTVE

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Nicolas
Éditorialiste et contributeur occasionnel. Amateur de toutes formes d’animations. Adore fureter sur l’internet avec sa lampe frontale pour dénicher des raretés animées. Écrit ses autres lubies et obsessions pop-culturelles sur Grawr.fr.
Publications: 741